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Coronavirus : quelle est la stratégie de l’Afrique pour s’occuper de son destin elle-même ?

Actualités

La lutte contre le coronavirus par l’Afrique avec des moyens africains

Publié le 12 mai 2020, Kahofi Jischvi SUY, BBC
Coronavirus : quelle est la stratégie de l’Afrique pour s’occuper de son destin elle-même ?

Face au coronavirus, l'Afrique mobilise des fonds et du matériel pour organiser sa lutte à l'image de ses partenaires eux aussi confrontés à la maladie.

Lorsque la maladie à coronavirus Covid-19 se déclenche en Chine et gagne rapidement l'Europe, l'Amérique puis l'Afrique, face à la gravité de la situation, les gouvernements du continent se rendent très rapidement compte que la lutte contre cette pandémie risque d'être différente des autres.

Si dans le cadre de la riposte contre la maladie à virus Ebola l'aide des pays développés a constitué l'essentiel de la cagnotte engagée dans la lutte en Afrique, le coronavirus a bouleversé ce schéma.

Les pays développés, occupés à compter leurs morts, à équiper leurs hôpitaux et à tester leurs malades, ne pouvaient donc pas de sitôt se détacher de leurs priorités pour penser à l'Afrique.

La réalité de la maladie impose donc une forme de lucidité socio-économique aux pays africains : la lutte contre le Covid-19 se fera par l'Afrique avec des moyens africains.

Sonne donc le retour à l'ère de la "solidarité africaine" et de la mobilisation des ressources pour organiser la lutte et soulager les populations.

Car si l'Afrique reste les bras croisés, c'est au moins 27 millions de personnes qui pourraient basculer dans l'extrême pauvreté en raison du Covid-19, selon la Commission économique pour l'Afrique (ECA-ONU) qui fait cette estimation en se basant sur les scénarios les plus optimistes.

Selon une étude de l'Union africaine (UA), environ 20 millions d'emplois sont menacés en Afrique en raison de la maladie.

D'où viendra l'argent ?

L'annonce de la création de fond de lutte contre la pandémie du Covid-19 en Afrique devait donner lieu à un exemple de solidarité à l'échelle nationale.

Les fonds de riposte annoncé font grimacer les africains et suscite des interrogation sur les capacité de mobilisation hors endettement.

Au Cameroun, il est question d'un fonds spécial de solidarité renfloué initialement à hauteur d'un milliard de francs CFA.

Il vise à financer le plan de riposte gouvernemental contre le Covid-19.

Dans l'urgence de la maladie les pays africains ont mis du temps à mettre en place des plans coordonnés de riposte en termes de mobilisation des ressources et de stratégie de communication.

En témoigne les erreurs de communication, de coordination et de transmission de l'information commises lorsque les premiers cas se signalent dans plusieurs pays.

Rectifier ces erreurs et rassurer les populations, passait donc par un nouvel engagement des dirigeants eux-mêmes à tous les niveaux notamment au niveau de la mobilisation financière.

Levée de fonds

C'est l'option prise par le Burkina Faso où un Coronathon a été organisé pour appeler chacune des forces vives du pays à contribuer au fond de riposte.

377 millions de dons et de promesse de dons ont été enregistré au lendemain de l'initiative télédiffusée.

Mais bien avant cet appel au peuple c'est le président Roch Kaboré et son gouvernement qui mettent la main à la poche.

Un geste certes encourageant mais qui n'allait pas pouvoir couvrir les besoins des plans de riposte estimé à plusieurs centaines de milliards.

D'autres actions étaient indispensables et les gouvernements l'ont compris notamment sur l'accès aux produits de premières nécessités et à la nourriture.

Confinées et sous le dictat des couvre-feux, les populations les plus défavorisées - opérant dans le secteur informel - peinent à trouver de quoi manger.

Pour leur venir en aide, le Sénégal opte pour une politique de don en vivres.

Dans de nombreux pays africains, les autorités interdisent les avis d'expulsion et les expulsions de locataires face à la baisse des revenus des ménages.

Le 3 avril au Gabon, le président Ali Bongo Ondimba dans un discours à la Nation annonce un moratoire sur les loyers des personnes sans revenus, compensé pour les petits propriétaires par un fonds d'aide de 2,5 milliards de F CFA, ainsi que la gratuité des transports publics.

Allégement de factures d'électricité et d'eau

Suit une politique de paiement de facture d'eau et d'électricité pour aider les familles à faire face à une consommation exceptionnelle liée au confinement.

Politique en vigueur certes au Gabon, mais aussi au Sénégal et au Niger, pays en proie à des défis sécuritaires et désormais à la lutte contre le Covid-19.

L'aide de l'Etat touche aussi le secteur privé et les entreprise.

La République du Congo a décidé de ramener l'impôt sur le bénéfice des sociétés (IS) de 30 % à 28 %, ainsi que l'impôt global forfaitaire de 7 à 5 % du chiffre d'affaires des opérateurs vendant des produits à marge libre, et de 10 à 8 % pour les produits à prix réglementé.

Ces mesures, ainsi que la défiscalisation totale des dons effectués dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, seront insérées dans la loi de finances rectificative en préparation.

Des mesures similaires ont été prises en Côte d'Ivoire où trois fonds de soutien pour les entreprises ont été créés.

L'un de 100 milliards de francs CFA pour les grandes entreprises, un autre de 150 milliards francs CFA pour les PME, et un troisième de 100 milliards de francs CFA pour l'appui au secteur informel.

La lutte contre le Covid-19 consiste certes à soulager les populations en vivres, non-vivres et services mais d'autres aspects comme la prise en charge sanitaire et la sensibilisation sont d'actualité.

Ces actions visent à freiner la propagation de la maladie à tous les niveaux et notamment dans l'univers carcéral déjà surpeuplé dans plusieurs pays africains.

Désengorgement des prisons

C'est dans ce cadre que le président nigérien Issoufou Mahamadou a annoncé vendredi 27 mars la remise gracieuse des peines pour 1.540 détenus.

En Côte d'Ivoire, le président Alassane Ouattara lui emboite le pas en autorisant la libération de 2.004 prisonniers, soit environ 10 % de l'effectif carcéral dans un pays qui compte 21.000 détenus pour 7.000 places dans les établissements de détention.

En Ethiopie, 6.000 prisonniers ont recouvré la liberté dans cette politique de désengorgement des prisons pour lutter contre le Covid-19 encouragé par les Nations Unies.

En effet, Michelle Bachelet, la Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU a exhorté "les gouvernements et les autorités compétentes à travailler rapidement pour réduire le nombre de personnes en détention".

Elle a notamment suggéré de libérer par exemple "les détenus les plus âgés et ceux malades, ainsi que les délinquants présentant un risque faible".

Chacun peut aider

Les initiatives d'aide ne sont pas seulement des actions gouvernementales.

Des internautes contactés par BBC Afrique confirment que des compagnies de téléphonie ont offert du crédit internet ou des pass pour suivre les cours en ligne.

Des citoyens - connus ou non - a tous les niveaux participent également à cet élan de solidarité.

En annulant la tenue du Festival des musiques urbaines d'Anoumabo (FEMU), le groupe Magic System voulait ainsi s'engager dans la prévention de la maladie en évitant les rassemblements.

Mais l'action du groupe leader de la musique ivoirienne ne s'est pas limité à cela.

Avec l'appui de l'Union Européenne, le groupe va lancer une caravane de distribution de vivre.

Une action à laquelle s'associe dans la foulée le footballeur Didier Drogba.

Si les artistes peuvent faire des dons, ils utilisent surtout leur talent pour booster la sensibilisation à travers pour certains des graffitis, des sketchs diffusés via les réseaux sociaux ou des refrains humanitaires.

Les rappeurs du collectif Y'en A Marre, connus pour leurs prises de position politique au Sénégal mettent en stand by les sorties sur la bonne gouvernance et sortent le titre "Fagaru Ci Coronavirus" le 19 mars.

Dans cette chanson, ils appellent à la prévention et à la mobilisation face au Covid-19.

Comme face à Ebola, cette chanson reprend en boucle les principales mesures de prévention contre la maladie.


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