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Coronavirus au Sénégal : c’est quoi ce genre de discrimination de la part du ministre de la Santé ?

Actualités

Quand le ministre de la santé discrimine le discours de vérité : Il faut sauver le soldat Seydi ! (des mots sur des maux)

Publié le 26 mai 2020, Calame, Sud Quotidien
Coronavirus au Sénégal : c’est quoi ce genre de discrimination de la part du ministre de la Santé ?

Selon nombre d’observateurs, moult décisions prises récemment par Abdoulaye Diouf Sarr, ministre de la Santé, ressemblent fort à une volonté de marginaliser le Pr Moussa Seydi, Professeur titulaire de Chaire, chef du Service des Maladies infectieuses et tropicales du Centre hospitalier national universitaire (CHNU) de Fann, le délester de ses prérogatives pour au finish l’enfermer dans une amertume qui étouffe petit à petit toute forme d’enthousiasme et installe dans le découragement.

Jugez-en : Directeur de la Division de lutte contre le Sida et les IST, un médecin-colonel de l’armée a été nommé cumulativement responsable du Hangar des Pèlerins de Yoff, reconverti pour l’occasion à l’accueil des individus testés positifs du coronavirus. Il serait aussi pressenti pour la prise en charge des malades en hospitalisation externe dans les hôtels et autres sites, ce qui de facto, en ferait le responsable du dispositif de la gestion du Covid-19. Une façon de « dégager » le patron des Maladies infectieuses, et de surcroît sans la manière, puisque précise notre source, le Pr Seydi est le supérieur hiérarchique du médecin-colonel qui désormais s’évertue à communiquer à sa place.

Enfonçant le clou, elle relève que le ministre mobilise des moyens importants en faveur des hôtels réquisitionnés et du Hangar des pèlerins. Et notre source de faire observer avec dépit, qu’au lieu d’améliorer les infrastructures de l’hôpital Fann, ils ont plutôt recruté des personnes qui leur sont proches, aménagé des « abris provisoires ». Elle les désigne ainsi parce que ces différents dispositifs sont appelés à retrouver dans un avenir proche leurs fonctions premières. Pour toutes ces raisons, notre source craint qu’une part importante des fonds destinés à la lutte contre la pandémie de coronavirus serve ainsi à enrichir des hôteliers et des intermédiaires médicaux.

Une façon de souligner que bien loin des dépenses productives, le chemin emprunté n’aura aucun impact sur la consolidation des infrastructures de santé. Mieux, elle prend le contrepied de la stratégie prônée par le Pr Seydi. Ce dernier milite en effet pour la construction d’un grand Centre des Maladies infectieuses à Fann, initiative qu’il avait commencé à concrétiser en actionnant ses réseaux internationaux, desquels il avait reçu un financement assez substantiel. Son futur Centre d’excellence, il le voit un des meilleurs en Afrique, doté d’équipements de dernière génération, en phase avec les standards en vigueur au plan international. Ainsi disait-il, dans une interview accordée à la télévision nationale : « Toutes les cabines seront individuelles, nous aurons des espaces pour la recherche, pour l’enseignement, au moins un amphithéâtre de 300 places ».

En appui à ce « grand centre de référence », il encourage aussi l’érection de Centres de traitement des épidémies dans deux ou trois autres hôpitaux au cas où le centre de référence serait débordé. Et notre source de relever qu’il s’agit pour le Pr Seydi « de sécuriser, de contrôler et de pérenniser les investissements matériels et financiers grâce à une utilisation judicieuse des ressources ». Sous-entendu que la voie en cours permet d’ouvrir un grand boulevard à une clientèle politique voulant profiter de l’occasion pour se faire son beurre.

Mise en quarantaine

A bien considérer, l’ensemble des mesures ci-dessus ressemble étrangement à une volonté de mise en quarantaine d’un éminent praticien dont le seul tort aura été lors d’une visite de travail à Ziguinchor, d’avoir attiré l’attention sur le dénuement de la salle de réanimation de l’hôpital régional. Ce qui lui a valu d’être sèchement recadré par le directeur de Cabinet du ministre de la Santé.

Homme de conviction, le Pr Seydi s’était simplement contenté d’exprimer l’importance qu’il y avait à constituer des pôles régionaux susceptibles de prendre en charge les cas qui se développeraient dans leurs zones. Suite à sa sortie, des respirateurs ont été convoyés à Ziguinchor. Toutefois le Pr Ansoumana Diatta, directeur de la structure, a déploré leur non fonctionnalité car « arrivés sans accessoires.» Face à cette fausse alerte aux allures de sabotage avançant masqué, le Pr Diatta, afin que nul ne l’ignore de préciser : « Ziguinchor a un déficit sur le plan matériel, ce qui fait que le personnel médical rencontre souvent des difficultés dans la prise en charge des patients ».

S’adressant aux autorités, il les conjure de « renforcer le plateau médical de Ziguinchor qui souffre de manque d’infrastructures ». Là aussi, confrontées à leurs propres turpitudes, éblouies par la vérité, les autorités du ministère de la Santé ne trouvent rien de mieux à faire que d’éloigner le Pr Ansoumana Diatta du dispositif Covid 19.

Il s’y ajoute, souligne notre source, qu’en dépit des instructions réitérées par le Chef de l’Etat, le comité scientifique placé sous la direction du Pr Moussa Seydi n’est toujours pas opérationnel. Est-ce la susceptibilité ou l’efficacité, la vérité du terrain ou la cachoterie qui doivent primer en ces temps de « guerre » et d’ « urgence sanitaire » décrétés par le chef de l’Etat ? A l’évidence, Monsieur le Professeur titulaire de la Chaire des maladies infectieuses de la Faculté de Médecine dérange, parce qu’il a pris le parti de dire la vérité. En bon scientifique qu’il est, cela signifie produire un discours qui rend compte de ce qui est, en se démarquant par conséquent des oripeaux de la langue de bois. Le ministre et son directeur de cabinet auraient certainement voulu que le Pr Seydi se comportât autrement avec une approche plus politicienne consistant à travestir la vérité, à maquiller les faits, en leur faisant revêtir la saveur d’un discours convenu. Ils veulent donc le contrôler, oubliant qu’il s’agit plutôt de contrôler le virus. Et qu’après tout, il n’y a rien de plus banal que de constater que la santé a été délaissée depuis des lustres au Sénégal.

S’il est de bon ton de dire que la pandémie nous révèle sur nous-mêmes en mettant à nu nos errements, il est alors à souhaiter un sursaut qui aide à apporter les correctifs nécessaires. Ceux qui, loin de se nourrir de la misère et de la détresse des populations, permettent plutôt de se mobiliser dans un vibrant élan patriotique, au service de la communauté. A l’instar de nos médecins et de l’ensemble du corps médical qui risquent parfois leur vie pour sauver des vies. C’est à se demander si ces Messieurs qui sont en train de dévoyer la formidable mobilisation dans la lutte contre le Coronavirus se rendent compte que nous sommes en période de crise sanitaire, avec l’irruption brutale et soudaine dans nos quotidiens de la pandémie de Covid 19.

Qu’en face de nous, la marche du monde complètement déréglée fait de 2020 une Annus Horribilis, alors que d’aucuns la souhaitaient une année 20/20. Période exceptionnelle en effet que celle-là, qui a réussi à secouer les sociétés occidentales, les faisant chuter de leur piédestal, bousculant au passage des modes de vie désormais réduits à redécouvrir leurs fragilités oubliées. Le Sénégal qui a choisi une voie de semi-confinement beaucoup plus adaptée se trouve néanmoins dans la situation de devoir affronter, comme les autres pays, des lendemains économiquement et socialement difficiles. Il y a donc urgence à promouvoir une gestion hardie et non complaisante, bien éloignée de toute immixtion mortifère de la politique. Notamment au moment où, comme le souligne Seydi Gassama, patron de Amnesty Sénégal, une foultitude de mesures contraignantes ont été levées totalement ou partiellement au niveau des marchés, des transports, lieux des « plus grands mouvements de population », rendant caduque le maintien du couvre-feu. On pourrait ajouter la mise entre parenthèse de la vie démocratique qui donne toute latitude au chef de l’Etat pour gouverner par ordonnances.

L’éthique au cœur

Inconnu du grand public, le Pr Moussa Seydi a été mis en lumière par son engagement, sa compétence, son style tout en mesure et complétement dédié à la science. A ses méthodes. A son protocole. Et c’est justement cela qui en a fait une fierté permettant au chef de l’Etat de se féliciter sur les chaines de télévision de l’expérience sénégalaise. Aussi, en cette période de confusion et de conspiration dirigées contre celui qui apparait comme le héraut de la lutte contre le Covid-19, doit-il se montrer intransigeant pour défendre l’intelligence et la probité sénégalaises. Il lui revient en effet de veiller à ce qu’elles ne souffrent d’être polluées par des considérations extra scientifiques.

Protecteur des Arts et des Lettres, le Président Macky Sall est par conséquent protecteur de l’expression de l’expertise, de l’inventivité, de la créativité, en un mot du génie sénégalais.

Protéger en ces moments troubles le Pr Seydi et ceux et celles qui militent pour la transparence, c’est remettre l’éthique au cœur de la lutte contre la pandémie. C’est aussi susciter des vocations, encourager nos enfants à l’excellence, au service de leur pays. Un pays qui tangue, malmené par les bourrasques d’une drôle de tempête. Celle qui, avec ses pluies de faux billets de banque, ses entourloupes, sa gestion parasitaire, kleptocrate et clanique de la chose publique, cherche à le noyer dans la salissure. Et in fine, à fragiliser les fondations de l’Etat et de la nation. C’est en sens que les humiliations et autres coups bas, en direction du Pr Seydi, lui qui, avec ses équipes de Fann et des hôpitaux régionaux, a contribué grâce au protocole de soins mis en place à avoir de bons résultats avec au jour d’hier, 3130 cas déclarés positifs dont 1515 guéris, sont à dénoncer avec force. Si aimer son pays, c’est promouvoir l’excellence et l’éthique, on comprendra alors l’urgence de sauver le Soldat Seydi. A ce titre, protéger nos icônes des griffes de la médiocrité relève de la responsabilité du chef de l’Etat et de l’opinion publique.


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