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Faut-il démolir Sandaga ?

Actualités

Politique du patrimoine, le cas Sandaga ! (Par Annie Jouga*) : le pot de fer contre le pot de terre

Publié le 20 juillet 2020, Annie Jouga, Sud Quotidien
Faut-il démolir Sandaga ?

Démolir Sandaga, pour le reconstruire à l’identique ? Réhabiliter Sandaga ? Au moment où le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat s’est engagé à libérer les emprises de l’édifice quelques jours après la fête de Tabaski, Anne Jouga , architecte et citoyenne comme elle se définit, invite au débat qui n’a été initié ni avec les riverains ni avec la ville de Dakar, propriétaire des lieux, sur le sens et l’importance du Patrimoine national.

Sandaga. L’arbre qui cache la forêt, avions nous osé écrire en août dernier, à la suite de la tapageuse annonce de faire tomber l’édifice éponyme, prétendument, pour des raisons de sécurité et après la Tabaski 2020 !

En effet, à voir la ville de Dakar, sous prétexte de se moderniser, de perdre la face, on se questionne. Dans sa conception actuelle, elle reste une création coloniale, tant dans son tracé, son organisation spatiale que dans son expression architecturale, et cela depuis le milieu du 19e siècle. Exit les quartiers traditionnels Lébu implantés dans la presqu’île des siècles avant, sinon quelques traces récalcitrantes que, jusqu’à aujourd’hui, l’administration ne se donne pas les moyens de valoriser, encore moins d’y trouver une inspiration. et sur la trame coloniale, cette administration vient poser son projet de la ville de Dakar post-indépendance.

Mieux, aujourd’hui elle construit ses grands pôles urbains sur une trame quasi similaire, sans aucune remise en question. L’architecture dite coloniale ressemble à l’architecture européenne. Normal me direz-vous, mais elle est fortement inspirée de notre architecture traditionnelle et donc particulièrement adaptée au climat. Elle raconte une histoire, son histoire, et par conséquent la nôtre aussi. À partir des années 30, pour mieux asseoir son pouvoir et question de se faire encore plus accepter du public, c’est à dire nous, changement de cap !

L’administration coloniale demande à ses architectes de France et peut-être d’ailleurs en Europe, de s’inspirer de l’architecture des grands empires d’Afrique et notamment du Mali. Une importante production de bâtiments d’envergure et de style soudano-sahélien voit le jour, construits avec le matériau moderne de l’époque, le béton armé. Beaucoup sont des infrastructures sanitaires : la maternité de Le Dantec, l’actuel institut d’Hygiène public, l’ex service d’Hygiène (ex Polyclinique), et également des stations-services, le marché Sandaga et bien d’autres encore. La même démarche est adoptée dans plusieurs pays de la sous-région, du Mali au Niger en passant par la Côte d’ivoire, etc.

A partir de la fin de la 2e guerre mondiale, et surtout dès le début des années cinquante, on assiste à un tournant important de l’histoire de l’architecture au Sénégal et principalement à Dakar, Thiès, Saint-Louis, avec la construction de grands ensembles répondant souvent à un besoin d’habitat et de gestion du foncier. Le building Maginot, le building des eaux, l’ex building du ministère de la Communication et l’extension de celui des Finances, tous deux sur la place Washington face au ministère de l’intérieur, la version première du building administratif, l’immeuble Brière de L’isle, qui d’ailleurs depuis quelques jours, fait l’objet d’une « sauvage démolition », bien qu’il soit classé patrimoine national.

Dans le même courant architectural viennent s’ajouter presque tous les bâtiments de l’Ucad dont la Bibliothèque, le rectorat, différentes facultés ... Mais aussi l’ex Palais de Justice au Cap Manuel, l’hôtel de Ngor, l’Assemblée Nationale, l’École Thiers (le prochain sur la liste des démolitions semble-t-il ?) etc. Ces architectures modernes sont précurseur du courant architectural dit post-moderne. Elles sont bien localisées, bien conçues, solidement construites, toujours adaptées à notre climat, un réel modèle d’adaptation thermique. Avec les années 60/70, une vision qui nous ressemble vient enfin s’imposer ! Elle est basée sur le parallélisme asymétrique théorisé philosophiquement par le Président poète, Léopold Sédar Senghor.

Inscrit dans la loi 78-43 du 2 juillet 1978 portant orientation de l’architecture sénégalaise, le parallélisme asymétrique va au-delà de l’architecture, s’ancre dans la modernité à travers notre propre culture et donc la science africaine, et l’on y retrouve comme dans tous les arts africains « une répétition diversifiée du rythme dans le temps et dans l’espace » et ce, contrairement aux différents courants d’architecture européens. et bien qu’il n’existe à ce jour aucune codification, ces années ont malgré tout produit des architectures impressionnantes telles l’Ebad/Ucad, le Building Communal, l’Enam, l’immeuble Kébé, l’ex Musée dynamique, actuelle Cour suprême, le Cices (lui aussi sur une liste de bâtiment à démolir ?), la Bceao, l’hôtel Pullman Téranga, l’hôtel indépendance … démoli ! Et à Saint-Louis, l’UGB, etc.

Le Cices a à peine 45 ans et est lui aussi fortement menacé ! Joyau architectural et symbole du parallélisme asymétrique après avoir été enclavé, enfermé et sa réserve foncière vendue par des marchands de sommeil aux appétits boulimiques dans les années 2000, voilà que des prédateurs pensent en faire…un golf ! Ou je ne sais quel autre projet… le foncier, disais-je ? Le Cices aura coûté 7 milliards en 1974 ! C’est à croire que tout cet argent avec lequel on construit le pays n’est pas le nôtre ! Car le Cices tout comme …

Sandaga, et tout ce que l’on construit, nos parents puis nous-mêmes les avons payés, et ensuite au tour des générations à venir. N’apprend-on pas en économie qu’une patrie s’enrichit lorsque son capital est la base de ses revenus passés, présents et … futurs ? Toutes ces architectures depuis le 19ème siècle, se côtoient et viennent faire l’identité de Dakar. Il nous appartient dès lors de les sauvegarder, c’est-à-dire leur faire traverser le temps et avec dignité. Moderniser une ville ne saurait vouloir dire démolir et reconstruire mais bien au contraire, pour lire la ville, il est important de faire cohabiter avec intelligence ces différentes périodes, d’où la valorisation de ce qui reste des quartiers lébus s’impose ! Elle est même urgente.

Et pour aller au-delà de la ville de Dakar, le problème se retrouve à d’autres endroits du pays, par exemple, les destructions des Tumulus, trace de nos anciens royaumes du Sénégal, qui font pleurer nos archéologues et pourtant ce sont ces lieux historiques qui devraient être valorisés et qui sont un formidable moteur de développement touristique.

Sandaga est construit dans le quartier traditionnel Thieudème, il faut sauver son authenticité en le réhabilitant et en l’inscrivant dans une vision de ville. il ne s’agit pas d’un vieux bâtiment mais d’un bâtiment victime de son manque d’entretien. il a 25 ans de moins que la gare de Dakar qui vient d’être réhabilitée dans les règles de l’art et appréciée de tous.

Réhabiliter Sandaga ou tout autre bâtiment signifie aussi transmettre les savoir-faire, qui aujourd’hui se perdent : les métiers comme la pose de couverture, charpente, plancher bois …, mais également des métiers de restauration (maintenance technique) à créer … Mieux les abords de Sandaga doivent être aménagés pour le valoriser et non lui faire ombrage.

Enfin, aujourd’hui toutes les villes du monde qui se modernisent, mettent l’accent sur le désengorgement des centres villes au profit du bien-être de la population et notamment des piétons ainsi que la mise en place de mobilité douce.

Sous le pavé…… le foncier

Avec le tracé issu de la colonisation, il est difficile d’agrandir les rues d’un coup de baguette magique et par conséquent, les portiques donnent l’illusion d’élargissement. Ils existent encore autour de la place de l’indépendance, sur l’avenue L. s. Senghor, un peu sur les avenues Faidherbe et Pompidou mais sont hélas menacés par l’appât du gain de certains promoteurs et par la faiblesse des services compétents à les conserver ou mieux, à les imposer. il nous faut penser une ville où les prospects (le bon rapport entre largeur de rue et hauteur de bâtiment permis) s’équilibrent et proposent un gabarit d’ensemble d’une grande homogénéité ; et non pas celle qui nous renvoie trop souvent ses façades ventrues prêtes à nous vomir dessus tant elles sont menaçantes au-dessus de nos têtes, et quand péniblement nous essayons de nous frayer un chemin le long d’un trottoir rare voire inexistant, où la voiture est reine.

La Ville de Dakar, propriétaire du Bien Sandaga, a élaboré un plan stratégique pour Dakar 2025 avec la promesse de transformer la ville pour un meilleur épanouissement de ses habitants : ville attractive dans une perspective de vie améliorée. Son programme d’aménagement urbain s’inscrivant dans le cadre du développement durable, la réhabilitation de Sandaga prend tout son sens dans ce programme. Aujourd’hui l’exemple semble être le Rwanda, alors regardons du côté de Kigali qui est la première ville africaine à avoir créé un quartier piéton dans le centre-ville, depuis 2015. espace vert, aire de repos et de jeux, wifi gratuit … sur le boulevard le plus emprunté du centre-ville … interdit aux voitures. « Et ce n’est que le début du projet urbain », disent les autorités municipales qui y travaillent depuis le début des années 2000. Cela est donc possible chez nous. Il suffit d’en avoir la vision et d’aller jusqu’au bout, il suffit d’arrêter de prétendre que le temps politique n’est pas le temps technique. Une vision si elle est bien structurée doi

Derrière la question de Sandaga, tout comme d’autres bâtiments, se cache un problème de foncier, je veux parler bien entendu de ce foncier qui permet un enrichissement sans cause ! Aujourd’hui comme déjà il y a quelques années, on assiste à une course effrénée autour de milliers de m2 en ville et sur le littoral, autour de centaines d’hectares dans les campagnes… d’autres que moi en parlent et mieux ces temps-ci. Alors, oui Sandaga n’est pas épargné, peu importe ce qu’on pourrait y mettre pourvu que l’on dispose du sol et bonjour la spéculation !

Autre exemple, comment comprendre la démolition de l’immeuble Brière de L’Isle qui au-delà de son architecture remarquable est un bâtiment techniquement sain, simplement victime lui aussi d’un manque d’entretien. Cet ex-building ainsi que d’autres maisons de ce quartier déjà démolies sur l’avenue Carde X Kléber notamment, elles aussi classées au patrimoine national, valent leur pesant d’or du fait de leur emplacement dans la ville appelée le haut-plateau. Aujourd’hui une grande partie de l’avenue de la république est en train de changer de face, un nouveau style s’impose dorénavant, avec des façades peu adaptées à notre climat, construites de matériaux aluminium, verre venus d’ailleurs et difficiles d’entretien. Attendons de les voir vieillir et surtout, cherchons l’- histoire qu’ils peuvent raconter et à travers laquelle nous pourrions nous retrouver…

La “customisation” du rondpoint de la place Washington arrive à grand pas Le prochain building sur la liste sera sûrement le building Maginot. L’actuel Building administratif, un bloc de verre et de fer ! Patrimoine national classé jusqu’en 2010 et qui comme par enchantement ou par je ne sais quelle magie n’apparaît plus sur la liste officielle des monuments classés de 2011 ! “Architecture intelligente” s’était targué le ministre de la Culture de l’époque, lors d’une interview dans la presse nationale. La bonne blague, quand on fera la comparaison des charges récurrentes on en reparlera … avec ses façades vitrées. il y avait là pourtant une incroyable opportunité pour un projet de réhabilitation, en lui gardant sa ligne directrice et surtout, en rectifiant le réel problème d’ensoleillement de ses façades. Quelle incohérence de vision architecturale, quel symbole de modernité à côté du Palais de la république qui, si on va dans la même logique devra lui aussi changer de face. D’ailleurs doit-on appeler cela de l’architecture ?

Faire de l’architecture c’est arriver avec humilité à “dialoguer” avec les architectures qui nous ont précédé…, et leur rajouter de la valeur. Je perçois cela plutôt comme un maquillage inadapté, customisé dit-on ! Les États-Unis ont créé l’école de Chicago, mouvement d’architecture et d’urbanisme marqué par une construction rationnelle et utilitaire, basé sur la durabilité des matériaux utilisés et produits chez eux : l’acier, le verre, le ciment. C’était il y a … 150 ans !

Alors oui, il est l’heure de créer notre mouvement avec notre matériau, nos matériaux à partir de notre matière première et avec le génie de nos inventeurs. Nos architectures résultant de notre culture, notre façon de vivre, d’habiter, d’être, ne seront conformes qu’à partir de matériaux adaptés.

Alors oui, le problème de Sandaga est ailleurs ; ne nous trompons pas d’objectif. Non, Sandaga ne doit pas être démoli parce qu’il appartient à ce passé que nous partageons ! Assumons-le. il faut s’en approprier, il faut le documenter pour que le public en ait une meilleure lecture. il doit rajouter de la fierté à notre sentiment d’appartenance, il doit nous enrichir. La réhabilitation de Sandaga est un vecteur de développement, de stabilité et de renouveau économique.

* ARCHITECTE ET CITOYENNE


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