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La police et la gendarmerie, inséparables frères ennemis ?

Actualités

Ils apportent aussi leur soutien au ministère chargé du transport, en ce qui concerne le contrôle de la circulation et la sécurité routière.

Publié le 12 avril 2020, Mamadou Sarr
La police et la gendarmerie, inséparables frères ennemis ?

Le commun des Sénégalais prendrait l’un pour l’autre, parce qu’ils ont tellement de choses en commun et très peu de différences. Mais, leurs relations n’ont pas toujours été amicales, de par le passé. Elles ont même, parfois, viré à une rivalité ouverte qui ne dit pas son nom, sans jamais aboutir à l’affrontement.

La rivalité présumée entre policiers et gendarmes est un vieux débat. Les premiers sont à cheval entre le civil et le militaire, c’est pourquoi on les appelle des paramilitaires. Ce sont des agents très futés, à la limite espiègles, ce qui leur donne une certaine aisance dans les enquêtes même les plus compliquées. Ils interviennent le plus souvent dans les centres urbains. Tandis que les seconds sont des militaires, qui peuvent prendre part à des combats, en cas de guerre. En plus de cela, ils sont chargés parfois de missions de police dans certaines agglomérations. Ils sont réputés très rigoureux.

La police est placée sous la responsabilité du Ministère de l’Intérieur, alors que la gendarmerie - que l’on appelle également la maréchaussée - est sous la tutelle du Ministère des Forces armées. Au Sénégal, les policiers et les gendarmes assurent des missions de police judiciaire. Ainsi, ils sont mandatés par l’autorité judiciaire (Procureur de la République ou juge d’instruction) de rechercher et de constater les infractions pénales, d’en rassembler les preuves, d’en rechercher les auteurs et leurs complices, de les arrêter et de les déférer aux autorités judiciaires compétentes. Ils apportent aussi leur soutien au ministère chargé du transport, en ce qui concerne le contrôle de la circulation et la sécurité routière.

14 AVRIL 1987

Dans la répression des foules, ce sont les policiers qui interviennent dans les villes. Toutefois, les gendarmes peuvent aussi être appelés en renfort. Ce fut le cas lors des émeutes de la faim, en 2008, et lors des violences pré-électorales de 2012. S’il s’agit de soulèvements qui se passent dans les zones rurales, c’est la gendarmerie qui est compétente. C’est dire que pendant longtemps, les policiers et les gendarmes se sont gardés d’empiéter sur les platebandes des uns et des autres. Bien plus, ils ont eu à se mener la ‘’guerre’’. Le point culminant de cette rivalité entre les « deux frères ennemis » a été le 14 avril 1987, lors de la grève des policiers, déclenchée au lendemain de la condamnation de deux des leurs à la suite du décès d’un détenu. Ce jour-là, un groupe de policiers avait organisé une marche de protestation sur le boulevard de la République qui mène vers le palais présidentiel, pour déplorer entre autres revendications leurs conditions de travail.

Cependant, ils ont été stoppés net dans leur élan par leurs « frères gendarmes » qui avaient leurs armes à joug et étaient prêts à en faire usage. Il a fallu l’intervention de bonnes volontés pour éviter l’irréparable. Mais, le mal était déjà fait, puisque quelques heures après ces échauffourées environ 6 225 policiers ont été radiés de la Fonction publique. Ils furent invités à rendre leurs armes, à ne pas porter l’uniforme et à rester chez eux.

PATROUILLES MIXTES

Depuis lors, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les « inséparables frères enne- mis » ont appris à travailler ensemble et collaborer main dans la main, dans beau- coup d’enquêtes judiciaires. Mieux, depuis son arrivée au Ministère de l’Intérieur, le Général Pathé Seck a initié quelque chose que l’on croyait quasiment impossible, c’est-à-dire des patrouilles mixtes entre les policiers et les gendarmes qui sillonnent les artères de la capitale à bord d’une voiture de la gendarmerie et vice-versa. La nécessaire collaboration entre la police et la gendarmerie marche également comme sur des roulettes, en matière de police judiciaire. Le procureur de la République qui mène la délicate enquête sur ce trafic présumé de drogue dans la police, mettant aux prises le désormais chef de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS), le commissaire Cheikhna Saad Bou Keita (l’accusateur) et l’ex-Directeur général de la police nationale (DGPN) le commissaire Abdoulaye Niang (l’accusé), ne s’y est pas trompé en confiant l’enquête à des services de la police et de la gendarmerie, spécialisés dans ce genre d’affaire.

Cependant, l’affaire du trafic présumé de drogue au sein de la hiérarchie policière a fait ressurgir ces sourdes rivalités. Certains ont vite fait de voir dans cette affaire le signe d’une certaine désobéissance de cadres supérieurs de la police, qui ne voient pas d’un bon œil l’arrivée d’un général de la gendarmerie à la place Washington. Ce dernier, pour ne rien arranger, est accusé d’avoir profité de cette affaire pour renvoyer tous les « policiers » de son cabinet et pour ne s’entourer que de « gens d’armes . Pis, sa gestion de cette affaire n’est pas pour « pacifier » les relations entre les deux corps, lorsqu’il banalise cela en parlant de « duel fratricide entre chefs de la police ». La décision du procureur de la République de con- fier cette enquête délicate à la Brigade des affaires générales (BAG) de la police et à la Section de recherches (SR) de la gendarmerie pour mener l’enquête décidée par la justice, est à saluer. C’est la meilleure manière de tirer profit de l’expertise de ces deux services complémentaires, au lieu de les opposer.


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