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La triste histoire d’un couple Africain-Européenne devant le racisme au quotidien (mariage mixte)

Amour, couple et famille

Personne ne peut imaginer qu’elle est mariée à un homme de couleur et, le comble, amoureuse... Le couple doit également s’assumer en Russie, un pays où les démonstrations racistes sont importantes.

Mis à jour le 26 novembre 2020, Maureen
La triste histoire d’un couple Africain-Européenne devant le racisme au quotidien (mariage mixte)

Paul a 38 ans, il est camerounais. Anna a 28 ans, elle est russe. Mariés depuis 5 ans, ils témoignent de leur vie de famille imprégnée par de fortes différences culturelles et un environnement plus qu’hostile envers les gens de couleur.

Paul est médecin de formation mais travaille dans une compagnie suisse de montres comme contrôleur qualité. Il est arrivé en Russie en 1993 pour faire ses études de médecine, à Moscou puis à Ivanovo, à 300 km de la capitale. Anna est Moscovite, économiste de formation. Elle ne travaille pas et s’occupe de leur enfant, une petite Sophie, née ni noire ni blanche mais « café au lait » comme dit Paul.

Paul et Anna ont pris du temps pour s’habituer à la culture de l’autre. Il a fallu, dans la mesure du possible, changer, s’adapter, trouver des compromis…finalement comme dans tous les couples.

La Russie et le Cameroun sous le même toit

Paul affirme pourtant « fermer les yeux sur beaucoup de choses » notamment sur la façon dont une femme russe peut parler à son mari :

« Elle peut se permettre de me critiquer en public comme si c’était tout à fait normal alors que ce serait une tragédie au Cameroun. Ici les femmes sont moins soumises et ont de l’audace. Les femmes africaines n’affrontent jamais leur mari, surtout sur les sujets intimes. Un homme frustré est un homme en instance de divorce en Afrique alors qu’ici, la femme peut frustrer son mari sur le plan sexuel sans problème. »

De son côté, Anna a dû s’adapter. « Un homme africain n’a pas la même conception de la vie que les Russes : il ne rentre pas tous les soirs à la maison ou ne sort pas les week-end avec sa femme et son enfant. Il a besoin de sortir, de bouger, d’être avec ses amis pour discuter ». Et Paul semble du genre fidèle au proverbe africain qui dit « tu ne peux rien trouver en restant à la maison ».

Petits arrangements

Anna a du également accepter que Paul s’occupe financièrement de sa famille au Cameroun. « Mais tant qu’il y a de l’amour et la volonté d’être ensemble, tout se règle entre nous », confie Anna. Aussi les sommes investies en Afrique sont aussi investies en Russie. « Nous avons construit une datcha parce que ma femme et ma belle-mère le souhaitaient, alors que ce n’était pas important pour moi d’avoir de l‘immobilier en Russie car je ne compte pas y vivre éternellement », explique Paul.

Anna sait que tôt ou tard leur famille ira vivre en Afrique, et si elle a accepté l’idée, elle pose ses conditions. L’une d’elle est la garantie d’une stabilité financière là-bas. Une autre est de pouvoir rentrer une ou deux fois par an en Russie avec ses enfants.

Face à leurs différences culturelles, Paul précise : « je n’ai jamais accepté, j’ai toléré. Le désir d’être ensemble et l’amour doivent être très forts pour passer au-dessus de ces contraintes. » Ce à quoi Anna répond : «Dés le départ, on doit savoir qu’on épouse une autre tradition et on doit l’accepter. »

A l’annonce de leur relation, la mère est sous le choc, le père veut se suicider

Le couple doit également s’assumer en Russie, un pays où les démonstrations racistes sont importantes.

Anna en fait les frais régulièrement lorsqu’elle sort avec sa petite fille. Les regards des gens en disent long et la soupçonnent d’avoir eu « une relation douteuse dont la conséquence est (ma) petite fille métisse ».
« Quand je vais à la polyclinique, le médecin me demande sous forme d’affirmation : « évidemment il n’y a pas de père ? » Sous entendant que je ne peux être qu’une fille mère. »

Personne ne peut imaginer qu’elle est mariée à un homme de couleur et, le comble, amoureuse.

Un problème de taille quand Anna a dû annoncer à sa famille qu’elle vivait avec un Africain. Ce fut une situation « normale », plaisante Paul: « la mère était sous le choc et le père voulait se suicider. »

Lors de la première rencontre, la mère d’Anna était seule. « Elle a eu du tact et m’a posé beaucoup de questions pour connaître mes projets d’avenir, mon niveau intellectuel… nous avons bu un verre de vodka ensemble et le contact est passé même si elle n’était pas pour notre union».

Le père, lui, a longtemps résisté. « Puis à notre retour d’un voyage en Afrique, il a voulu nous rencontrer. Il était gêné et ne pouvait pas me regarder en face. Il était très nerveux, ne souriait jamais, et puis, au bout de plusieurs rencontres, nous sommes devenus les meilleurs amis du monde.»

Le rôle de la belle-famille russe

Paul et Anna savent que leur histoire ne ressemble pas à toutes celles des couples mixtes en Russie.
Avant de rencontrer sa femme, Paul a vécu une histoire tragique avec une jeune fille russe rencontrée à Ivanovo, « où ils n’ont jamais vu un noir de leur vie ». Après 5 années de vie amoureuse intense, son amie est tombée enceinte. Alors qu’ils voulaient garder l’enfant et se marier, la mère de la jeune fille s’est opposée. Elle qui nommait Paul « créature », « comme (s’il)’était un animal », a fini par convaincre sa fille d’avorter.

Paul raconte cette expérience douloureuse pour insister sur le fait que si un couple afro-russe doit surmonter de nombreuses difficultés en Russie, c’est la relation avec la belle-famille russe qui reste la composante essentielle de sa réussite.


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