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CHRONIQUE - Déchirure (7), par venusse - SEYTOO.COM

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Déchirure (7)

Chronique

Combien de fois fis-je les cent pas dans ma chambre cette nuit là ? Je ne peux le dire. Mon dilemme était immense, sans issue.

Publié le 01 mars 2020, venusse

Ma grossesse fut confirmée le jour même par une sage femme exerçant dans un centre de sauvegarde régional où Pape me conduisit dès que je lui fis par de mes soupçons :
- Vous êtes enceinte de 6 semaines, me confirma-t-elle d’une voix calme et monocorde.
Cette nouvelle m’anéantit, je m’agrippai à elle en sanglotant. Qu’allais-je devenir ?
Je passai en revue les différentes solutions qui s’offraient à moi. M’enfuir, oui, mais où ? Je n’avais aps d’argent et je ne savais pas où aller.

Je ne connaissais personne qui accepterait de m’héberger. J’étais consciente que personne dans mon entourage ne rendrait ce risque pour moi, par crainte de la réaction de mes parents.
Une idée folle me traversa l’esprit : mettre fin à mes jours en me suicidant. Mais aussitôt j’écartai promptement cette alternative saugrenue. Non, je ne prendrais pas le risque de pêcher deux fois, pas après avoir offensé le Seigneur en forniquant, en transgressant l’obligation de chasteté jusqu’au mariage.
Je n’entendis même pas la sage femme sortir pour aller chercher Pape. Je ne revins à la réalité que quand la porte s’ouvrit à nouveau. Il était derrière elle, et là ne pouvant là me retenir, je me jetai sur lui en le frappant avec toute la force dont j’étais capable :

- Salaud, inconscient, tu as détruit ma vie ! lui criai-je.
La sage femme s’évertua de me faire lâcher prise, et y parvint difficilement :
- Calme-toi, mon enfant, fit-elle d’une voix douce. Ça ne sert à rien de te déchaîner de la sorte. On va discuter calmement et essayer de trouver une solution ensemble.
Elle tira une chaise sur laquelle je me laissai choir.
Elle débuta alors son interrogatoire. Pape passa le 1er. Elle le questionna sur la nature de notre relation, la fréquence de nos rapports sexuels et l’utilisation d’un moyen de contraception. Il répondit tranquillement J’analysai rapidement la situation, et c’est ainsi que je la scindai en deux parties. D’un coté, il y’a les hommes. A eux le plaisir, la jouissance et même la fuite des responsabilités, s’ils le désiraient. D’un autre coté, nous les filles, avec notre lot : la duperie, l’asservissement, les insultes, la honte, l’humiliation, le rejet.

Injuste, n’est ce pas ? Oui, parce que normalement la poire devrait être divisée en deux.
C’est ce jour là seulement que débuta réellement mon éducation sexuelle. Je sus notamment qu’on pouvait tomber enceinte dès le 1er rapport sexuel. Evidemment lui aussi l’ignorait.
« Le médecin après ma mort « me direz-vous.
- Il aurait été plus sage de prendre les attaches d’un médecin ou d’une sage femme, au moment où vous avez pris la décision d’avoir des rapports sexuels, on vous aurait suggéré une méthode contraceptive à adopter fit-elle en fixant attentivement ma blouse aux couleurs de l’institution d’enseignements privé catholique que je fréquentais. Tu as suivi des leçons d’éducation sexuelle en cours d’économie familiale et de sciences naturelles à l’école. Votre adresse ? me demanda-t-elle après une courte pause.
Je restai silencieuse.
- Votre adresse ? Elle tenait un carnet à remplir
Prise de panique , je me levai brusquement et sortis en courant, indifférente aux cris de mon copain. Il me rattrapa à la porte :
- Tu es folle ou quoi ? Cette dame cherche tout juste à nous aider, essaya-t-il de me convaincre.
J e me rebiffai :
- Lâche-moi. Je ne retournerai pas là bas tu m’entends ? Je ne veux pas qu’elle informe mes parents.
- Mais non, elle ne fera rien de tel. N’oublie pas qu’elle est tenue par le secret professionnel. Ce carnet, c’est pour le suivi de ta grossesse et éventuellement pour te mettre en rapport avec l’assistante sociale du centre.
- Quelle grossesse ? Je ne veux pas et je ne peux pas avoir un bébé ! Tu m’as compris ? Je serais renvoyée de l’école et mes parents ne me le pardonneraient jamais, et toi Pape, attends toi à des représailles de leur part.

Ce dernier argument eut l’heur de le faire réfléchir. Il venait de se rendre compte de ce que cette grossesse pourrait lui coûter : une radiation de l’armée au meilleur des cas, et des poursuites judiciaires pour détournement de mineure avec son corolaire, qui serait un emprisonnement, au pire des cas.

- Viens, rentrons, on réfléchira sur la position à adopter d’ici ce soir, me proposa-t-il.
Apeurée, je refusai :
- Non, je ne veux pas mon père me tuera !
- Ce n’est pas le moment de paniquer, ils ne sont pas encore au courant. Et j’ai promis à la sage-femme de te ramener pour qu’elle continue à remplir ta fiche. Allez viens, on part.
Il me conduisit à la voiture garée un peu plus loin pour tromper la vigilance d’éventuels passants susceptibles de connaitre mes parents.

Mon arrivée soulagea ma mère :

- Mais tu rentres bien tard, je m’apprêter à appeler ton école.
Heureusement , on est venu à temps, sinon il nous aurait fallu trouver une parade pour justifier notre retard.
Si ça ne tenait qu’as moi je ne serais pas retournée à l’école. Mais Pape me convainquit d’y aller.
- Crois moi, je vais trouver une solution dès ce soir, me promit-il.
- Comment ? demandai-je sceptique.
- Fais moi confiance, je t’en prie. Garde ton calme et n’en parle surtout à personne.
A qui me confier d’ailleurs ? je ne voyais pas, je n’avais as d’amies, sinon des camarades que je considérais tout au plu comme de bonne copines.

Je serai incapable de vous dire ce qu’on avait fait en classe ce jour là. La sirène sonna 18h. Je fourrai mes affaires dans mon sac et pris la direction de la porte de sortie, sans un regard pour mes camarades qui commençaient à chuchoter sur mon comportement inhabituel à leur égard.
D’habitude on sortait ensemble, dans un brouhaha joyeux. Il m’arrivait même des fois d’en déposer certaines , dont les domiciles sur trouvaient sur notre chemin.
Pape m’attendait dans la voiture. Je montai, et il démarra aussitôt.
On ne s’adressa pas la parole durant tout le trajet. Tiens, je n’avais pas remarqué que le voiture avait pris une direction opposée à celle du camp militaire.
Comme un retour sur les lieux du crime, il m’emmena chez son ami où l’irréparable s’était produit ce jour là. Je refusai de descendre.

- Viens stp on doit discuter.
- On ne peut pas le faire ailleurs ? Je refuse d’entrer dans cette maison.
- Je n’ai pas trouvé un autre endroit pour cela.

C’est alors seulement que je consentis à le suivre.

Assane Lô, son pote comme il l’appelait familièrement, nous attendais dans sa chambre. Il se leva à notre entrée, et me salua respectueusement avant de m’inviter à m’asseoir. Je pris place sur l’unique chaise qui se trouvait dans la pièce.

- Pape m’as mis au courant de la situation, commença-t-il . J’écarquillais les yeux pour marquer ma surprise. Ne t’inquiète pas, cette confidence ne sortira pas d’ici. Il me l’a dit juste pour que je puisse vous aider à régler ce problème. Son regard rencontra celui de Pape, qui l’encouragea par un signe de tête à continuer. Je c rois avoir trouvé la solution. J’en suis arrivé à la conclusion que la seule solution qui s’offre à vous , est… l’avortement !

Prise de vertiges à l’évocation de ce mot, j’allais basculer avec la chaise si je n’avais pas eu le reflexe de m’agripper solidement à l’un des piliers.
AVORTER, Avorter ! Non, non… tout sauf ça

- Mais la religion réprouve cela ! protestai-je, effarée.
- Ecoute, là ! rétorqua Pape. On a pas le choix, c’est soit cette solution, soit laisser les choses comme elles sont avec toutes les conséquences que cela ne manquerait pas de révoquer.
- Je ne suis pas d’accord ! Je te prierai donc de me ramener tout de suite à la maison.
- Assane a trouvé une infirmière qui travaille à l’hôpital et qui est prête à le faire. De plus c’est une personne digne de confiance qui a eu à aider beaucoup de jeunes dans notre situation.
- Je ne grossirai pas cette liste macabre ! clamai-je fermement

Je sortis et allai me poster devant la voiture. Il me rejoignit et sans un mot, monta. J’en fis de même, et il démarra. Quand tous arrivâmes à la maison, i me retint par le bras avant que je ne descende :

- Attends je dois te parler. Voilà, je voulais juste te dire que je n’ai pas l’intention de gâcher ma vie tout simplement parce que tu es bourrée de scrupules. Libre à toi si tu veux garder le bébé, mais ne compte pas sur moi pour partager ton fardeau. Je t’ai expliqué plus d’une fois que mon grand- frère, qui est en Italie, souhaite que je le rejoigne. Je lui ai déjà envoyé mes documents pour qu’il me trouve du travail là bas, et c’est en bonne voie. Alors, je te conseille de bien réfléchir à ce que tu vas faire.
- Et voilà ! Je venais d’avoir une fois de plus, la confirmation de l’égoïsme de mon copain. Ainsi, il était prêt à me lâcher sans honte, ni regret. Ça ne devait pas m’étonner de sa part, Pape à plusieurs reprise m’avait montré cette facette de son caractère. Seule ma naïveté et ma jeunesse, combinée à mon manque d’expérience, ont fait que je n’ai pu avoir la perspicacité de décrypter à temps. Je représentais un fantasme pour lui, le fruit défendu. Imaginez, avoir pour petite amie la fille d’un officier supérieur, quelle promotion pour lui !

Sans un mot, je sortis de la voiture.

Combien de fois fis-je les cent pas dans ma chambre cette nuit là ? Je ne peux le dire. Mon dilemme était immense, sans issue.

Quelle solution adopter ? Me résoudre à garder la grossesse et affronter mes parents. Je ne m’en s entais pas capable.

Voua allez me dire que j’exagère, car des milliers de jeunes filles ont vécu cela avant moi et s’en étaient sorties grâce à leur volonté.

Mais moi, je vous répondrais que je ne disposais ni de cette force ni de cette volonté, encore moins de ce courage. La discipline dans laquelle je vivais depuis mon enfance m’entortillait, comme une proie prise dans un piège sans faille.

Alors, il ne me restait plus qu’à accepter l’autre possibilité : l’avortement :
Seigneur mon Dieu ! Pardonne à ta pauvre servante, je sais que l’ombre de ce fœtus, qui ne verra jamais le jour, me poursuivra jusqu’à mon dernier souffle.
Je porterai indéfiniment ce poids sur ma conscience.


Du même contributeur, Venusse


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