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CHRONIQUE - Déchirure (8), par venusse - SEYTOO.COM

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Déchirure (8)

Chronique

Je me rappelle m’être déshabillée avant de m’allonger sur une table de consultation de fortune que la matrone me désigna.

Publié le 03 mars 2020, venusse

Excuse-moi, je vais m’installer dans la chambre d’amis. J’ai besoin de réfléchir, me dit calmement mon mari avant de me tourner le dos. Les larmes roulèrent sur mes joues.

Vidée j’étais dans l’incapacité d’essayer de le dissuader, et puis à quoi cela servirait ? Je savais qu’il ne céderait pas. Moctar était le plus souvent inflexible dans ses décisions.

Impuissante, je le regardai transférer ses affaires.

Pas un instant, il n’eut un regard pour moi. La mine impénétrable il s’affaira à sa tâche.
Seigneur ! je suis en train de payer ce crime de mon passé, et j’avoue que le tribut est lourd à porter.
Mon ménage va à l’eau, mon mari est en train de se détacher de moi.

Comme si je n’avais pas assez souffert, la fatalité me poursuivait, et ne me laissait aucun répit, donnant ainsi raison à ma mère qui héla ! m’avait mise en garde. Je me souvins alors des paroles d’un célèbre président américain, qu’elle me rappela, en l’adaptant à mon cas, avant que je ne convole en noces avec Moctar : « On peut tromper une personne pendant un temps, on peut tromper une personne pendant une partie du temps, mais on ne peut pas tromper une personne tout le temps. »

Je fis part de ma décision à Pape le lendemain matin, sur le chemin de l’école :

- Je vois que tu es devenue raisonnable, dit-il avec satisfaction. J’irai voir Assane pour voir avec lui les modalités de l’intervention. J’opinai de la tête.

A midi, accompagnés d’Assane, on se rendit chez la matrone. C’était une femme âgée d’une quarantaine d’année tout au plus. Elle m’expliqua les modalités de l’intervention.

- Rassurez-vous ça ne durera que deux heures de temps au maximum. Elle se fera ici chez moi.
- Ici ? je pensais qu’on le ferait à l’hôpital, m’étonnai-je.

Elle m’adressa un sourire ironique :

- L’avortement est interdit au Sénégal, jeune fille, m’informa-t-elle. On ne peut le faire que clandestinement.

- Ah bon ? Et quand va se faire l’opération ? demandai-je terrifiée.
- Demain même, me répondit-elle avec assurance. Votre copain m’a déjà, payé le s 50000FCFA réclamée.
- Oui, mais moi, j’ai cours demain, fis-je.

Je compris lus tard que je cherchais inconsciemment un moyen de me dérober.

- Tu iras en classe demain matin mais vers les coups de 09h, prétexte un mal de tête, comme ça on va t’autoriser à rentrer. Je t’attendrai à l’angle de l’école pour te raccompagner ici m’ordonna Pape.

Décidément il avait tout planifié, ce garçon. Le cynique ! mes états d’âme l’importaient peu ;

- Bon d’accord, capitulai-je finalement.
- OK rendez-vous donc demain matin ; conclut Pape.

J’étais dans un état fébrile le lendemain matin. Incapable d’avaler quoi que ce soit, je mangeai du bout des lèvres le petit déjeuner que notre bonne m’avait préparé. Ma mère, qui était à table avec moi, s’alarma.

- Tu ne te sens pas bien Aita ? me s’enquit-elle, une note d’inquiétude dans la voix.
- J’ai la migraine maman, répondis-je confuse.
- Ah, vas donc prendre un comprimé de la boite d’analgésique, sur la commode de ma chambre, c’est très efficace contre les douleurs.

J’eus un sentiment de culpabilité face à sa sollicitude. C’est vrai que je n’ai jamais su mentir, et je n’avais jamais pensé que les circonstances pouvaient me pousser un jour à le faire. Et puis, n’a-t-on as l’habitude de dire chez nous, au Sénégal « qu’un mensonge conciliateur est préférable à une vérité destructrice » Je pris alors pleinement conscience de la signification de cet adage.

- Merci maman, balbutiai-je. Je dois y aller maintenant.
- Oui mon enfant, emporte le paquet de comprimés avec toi, en général ces céphalées ont tendance à persister. Si tel est le cas tu en reprendras un.

J’acquiesçai, je saisi mon sac et sortis. Pape qui m’attendait déjà dans la voiture me rappela les consignes à respecter. J’étais emmurée dans mon silence ce qu’il prit pour consentement.
Je procédai comme il l’avait planifié. Je pus donc quitter l’école juste après 9h. Pape posté à l’angle de la rue m’attendait déjà.

Sans un mot nous rimes la direction du domicile de la matrone.
Quelle scène vais-je prendre comme exemple pour décrire le trajet ? Peut-être une procession funèbre ? Non l’expression me parait trop inappropriée pour une telle situation. Une condamnée à mort conduite à l’échafaud ? Pourquoi pas ?

A bien y réfléchir, cette formule imagée était plus adéquate. D’ailleurs la lourdeur de mes pas, me donnait l’impression qu’on avait attaché des chaines de fer à mes chevilles. Moi qui avais la démarche alerte d’habitude, je trainais les pieds au point d’irriter mon compagnon.
- Tu ne peux pas te dépêcher un peu ? J’ai de courses à faire pour tes parents, me houspilla-t-il, énervé.
Je haussai tristement les épaules.

Chaque fois que le miroir de mes souvenirs me renvoyait ce sinistre moment de ma vie, je me percevais comme un monstre, un être sans cœur et sans moralité. J’avais beau vouloir effacer de mon esprit les images de cette macabre intervention médicale, elles restaient ancrées en moi, comme un signe indélébile.

Je me souviens avec précision de cette boite métallique, en forme d’haricot sur laquelle était déposée une batterie d’instruments que j’avais cyniquement baptisé « l’arme du crime ».

Je me rappelle m’être déshabillée avant de m’allonger sur une table de consultation de fortune que la matrone me désigna.

Je sentis une douleur intenable, atroce, quand elle eut introduit un objet métallique dans mon ventre. Le sang gicla et je perdis aussitôt conscience. Comme dans un brouillard j’entendais la voix de la matrone qui réclamait des compresses son assistante. A mon réveil je sentis juste un picotement. Mais un froid métallique me compressait le cœur, et j’eus la sensation d’être ceinturée par un vide immense, qui avait subrepticement pris place dans mon corps d’adolescente « mutilé et estropié ». Les deux dames m’aidèrent à me lever et à me rhabiller.

Pape et Assane qui attendaient à coté, me rejoignirent. Je me levai avec peine et, soutenue par eux, je me laissai conduire à la voiture où ils m’installèrent.

La maison était déserte à cette heure de la journée. Ne voulant pas attirer les soupçons de la bonne, j’étouffai ma douleur pour monter dans ma chambre avant de m’écrouler sur le lit.
Si seulement les choses en étaient arrêtées là !

Malheureusement, le plus dramatique restait à venir.


Du même contributeur, Venusse


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