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CHRONIQUE - Déchirure (9), par venusse - SEYTOO.COM
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Déchirure (9)

Chronique

A cette époque-là, les médias n’avaient pas encore cette envergure et ce développement auxquels nous assistons aujourd’hui.

Publié le 06 mars 2020, venusse

Des douleurs terribles, insupportables me saisirent cette nuit-là. Mes parents alertés par mes cris, rappliquèrent aussitôt dans ma chambre, je ne me rendais même pas compte que le sang coulait abondamment sur les draps. Paniqués, ils me conduisirent aussitôt dans une clinique, privée située non loin du camp. Je m’évanouis encore, mais cette fois en cours de route.

Il faisait jour quand je rouvris les yeux. Le décor me semblait inhabituel. Tout était blanc autour de moi, et j’étais couchée sur un lit qui n’était pas le mien. Je tournai la tête, et là je découvris ma mère assise sur une chaise, c’était comme un masque glacial qui laissait transparaitre une souffrance latente, en sourdine.

Elle me fixa longuement :

Pourquoi, Mame Aita, pourquoi mon Dieu ? Réussit-elle juste à articuler avant que je ne sombre à nouveau dans le sommeil.

Stratégie provisoire par peur de l’affronter ? Je ne sais pas. J’étais seulement consciente que les explications que je serai amenée à fournir ne seraient pas faciles. A mon réveil, la chambre était vide. Tout mon corps était engourdi. Fort heureusement, la douleur avait disparu. Une infirmière entra dans la chambre quelques instants plus tard, suivi d’un homme d’âge mur qui était en blouse blanche. Je compris alors que c’était le médecin :

- Eh bien, vous nous avez donné une peur bleue, jeune file. Votre maman est à coté je vais la prévenir après vous avoir examinée.

Aidé par l’infirmière, il m’ausculta soigneusement, et, sans mot, ils ressortirent.
Il revint quelques minutes plus tard, accompagné de ma mère.
Il tira les deux chaises qui se trouvaient au pied du lit, présenta l’une à ma mère qui y prit place, avant qu’il ne s’installe à son tour.
Il se racla la gorge, signe qui trahissait une certaine gêne :
Mademoiselle Niang, je me réjouis d’abord de vous voir rétablie, et revenue auprès de nous.
Mais, il est de mon devoir de vous demander des éclaircissements par rapport à ce qui s’est passé et qui vous a conduite à cet acte dramatique. Vous l’ignorez sans doute, vous avez failli perdre la vie à cause de cela. Je dois normalement informer les autorités policières pour qu’elles se saisissent de cette affaire, mais après avoir discuté avec vos parents, je préfère auparavant en parler avec vous.
Ma mère, durant tout le temps que le médecin parlait, était restée imperturbable. Trop même. Je baissai honteusement la tête et commençai mon récit, depuis la naissance de ma relation avec Pape, jusqu’à ce triste épisode.

Je lâchai les mots dans un débit lent et posé. Et pas une seule fois ils ne m’interrompirent. Ce n’est que quand j’arrivai à la fin que le médecin reprit la parole, en s’adressa à ma mère :
- Ce jeune homme, Pape, il est chez vous présentement ?
- Non il n’a pas donné signe de vie depuis hier. Mon mari l’avait appelé afin de savoir ce qui s’était passé, et savoir s’il connaissait l’auteur de la grossesse de notre fille, mais il n’a donné aucune indication précise. Au contraire, il a versé dans le flou. Et ce matin, on a appris qu’il avait quitté précipitamment le camp en emportant toutes ses affaires. Nous avons contacté sa famille à Dakar, mais il ne s’est pas encore présenté chez lui, expliqua-t-elle calmement. Je comprends maintenant pourquoi il a pris la tangente, après les explications qu’elle vient de nous donner. Ce garçon a trahi notre confiance, conclut-elle amèrement, en essuyant les larmes qui perlaient de ses yeux.

Le médecin, compatissant, hocha la tête, et se tourna de nouveau vers moi :
- Est-ce que vous pourriez nous indiquer le nom et l’adresse de cette dame qui a pratiqué l’intervention ?
Je leur donnai toutes les indications nécessaires.
- Vos parents vont déposer une plainte tout à l’heure, d’une part contre ce garçon pour détournement de mineure et son ami pour complicité du même fait, et d’autre part, contre cette dame pour avortement clandestin.

Il se tourna vers ma mère :

- Je doute Madame Niang, que cette dame soit une professionnelle, parce que c’est un travail d’amateur qu’elle a fait. Enfin, l’enquête de la police nous édifiera. Je vous laisse à présent.
Un silence pesant s’installa après son départ. Ma mère, qui ne voulait pas me regarder, fixait la fenêtre. Une lueur froide et métallique brillait au fond de ses yeux. Je compris en ce moment-là, combien je venais de la décevoir et de la blesser.
- Tu peux d’ores et déjà te considérer comme une damnée, car tu viens de rejoindre le peloton des criminels. Non contente d’avoir forniqué, tu as froidement tué un innocent. Je ne t’aurais jamais cru capable de ce geste. Je ne peux pas parler au nom de ton père, mais pour ma part, sache que désormais je ne pourrai jamais te regarder sans penser à ce que tu as fait. Tu es un monstre, Mame Aita, et tu dois être traitée comme telle, m’asséna-t-elle d’une voix déterminée et glaciale avant de sortir.

Que ressentirait un enfant si sa mère venait de lui jeter à la figure, sans même prendre de gants, son rejet et son mépris ? Il va de soi que cela le chamboulerait totalement. La mienne a toujours été une personne rigide, bourrée de principes, et intransigeante. Elle n’avait pas compris que j’avais voulu coûte que coûte les épargner, les protéger, bref ne point les décevoir, en essayant d’être cette fille vertueuse et droite qu’ils avaient toujours voulu que je sois. Et quel abattement quand je me suis finalement rendu compte que mes efforts venaient de tomber à l’eau ! Fort heureusement pour moi, mon père fit preuve de beaucoup plus de compréhension. Il analysa objectivement la situation et essaya tant bien que mal de me consoler :

- Tu aurais dû en discuter avec nous avant de recourir à cette solution extrême, ma fille.
- Mais papa, j’avais peur de votre réaction, expliquai-je.
- Pourquoi ? Bon d’accord, j’admets que nous avons été trop sévère dans notre manière d’éduquer mais quand même…

Accablée, je baissai la tête :
Maman venait de me jeter à la figure toute l’aversion et le mépris qu’elle a pour moi maintenant.

Il secoua la tête :

- Tu sais qu’avec elle, c’est toujours les deux extrêmes : ça passe où ça casse. Mais ne t’en fais pas, elle reviendra à de meilleurs sentiments. Après tout tu es notre enfant, et il est de notre devoir de te redresser et de te soutenir.

Ses paroles me touchèrent profondément, mais ne me surprirent guère. Malgré sa rigueur d’homme de tenue, il avait toujours fait preuve de compréhension et d’ouverture d’esprit. Il avait toujours recherché le dialogue. Je peux, sans me tromper, que de mes deux parents, il avait toujours été celui dont j’avais été le plus proche.

Les choses s’enchainèrent vite à partir de là. La police, saisie par mon père et le médecin, délégua deux inspecteurs de police dans ma chambre, à la clinique pour m’interroger. J’appris aussi par le biais de mon père, qui me tenait régulièrement informée du déroulement de l’enquête, que la matrone était en réalité une ancienne fille de salle qui se faisait passer pour une infirmière.
Elle était aussi connu des fichiers des fichiers de police et avait déjà été épinglée et condamnée pour des faits similaires. Ce fut donc une récidiviste que la police arrêta et déféra au parquet pour le délit d’avortement clandestin et d’exercice illégal de la médecine.

Les autres prévenus, Pape et Assane, avaient pris la fuite. On les signalait du côté d’un pays limitrophe du Sénégal.

A ma sortie de la clinique, je fus placée sous la responsabilité de mes parents. N’ayant pas atteint l’âge de la majorité légale, qui était de 21ans à l’époque, j’étais donc considérée comme une mineure.
Durant tout ce période, ma mère évita soigneusement de m’adresser la parole. En réalité, elle m’ignora royalement. A partir de ce moment-là mes seuls interlocuteurs dans la maison, furent mon père et la bonne.

J’eus deux séances de discussion avec l’avocat que mes parents avaient commis pour défendre mes intérêts et, le jour du procès, je fus convoquée au tribunal pour témoigner. Ce fut aussi l’un des moments les plus pénibles de mon existence.

Seigneur, ce cauchemar n’allait-il donc jamais finir ? Là encore, mon statut de mineure, « de fille du procureur », me sauva d’une condamnation. Tout le contraire de la « matrone » qui fut condamnée à une peine ferme de cinq ans de prison. Quant à Pape Seye et Assane Lô, ils écopèrent d’une condamnation par contumace.

Fort heureusement les autorités de mon école furent tenues dans l’ignorance des faits.
A cette époque-là, les médias n’avaient pas encore cette envergure et ce développement auxquels nous assistons aujourd’hui. Je repris dons les cours au bout de deux semaines, en leur remettant, à la direction de l’école, un certificat médical délivré par le médecin qui s’était occupé de moi à la clinique.
Je réussis même la prouesse de bien terminer mon année scolaire en étant la 1ere de ma classe, moyen pour moi de me racheter auprès de mes parents, mais cela ne fit pas fléchir ma mère pour autant. 15 années se sont écoulées depuis, mais elle ne m’a toujours pas pardonné cette erreur de jeunesse.


Du même contributeur, Venusse


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