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CHRONIQUE - Identité (1), par Choolida - SEYTOO.COM
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Identité (1)

Chronique

Tout à coup j’entends le crépitement de la pluie sur le toit voisin. Que ce passe t-il ? Omar se met à disparaître. Je veux le retenir mais je n’y arrive pas, je panique, je le vois plus, l’espace s’éclaircit.

Publié le 29 février 2020, Choolida

Omar et moi sommes dans le néant : rien ne nous entoure, rien n’existe. Aucun paysage n’est discernable, je me sens légère comme si je n’existais pas vraiment. Il me tient dans ses bras et je ne m’étais jamais sentie aussi bien, aussi tranquille. Une vague de chaleur me submerge, me tirant un sourire béat, un de ces sourires que seul l’amour vous donne…Du moins ce qu’on pense être de l’amour. Nous sommes nous vraiment un jour posés la question fondamentale : est ce que l’amour existe ? C’est peut être un sentiment créé pour satisfaire les rêves comme celui que je fais actuellement et où j’aurais même honte de me voir. Mon esprit sarcastique aurait déjà sorti une vanne si c’était à la télé. Mais là c’est « Mes rêves TV » et les commentaires sont interdits.

Tout à coup j’entends le crépitement de la pluie sur le toit voisin. Que ce passe t-il ? Omar se met à disparaître. Je veux le retenir mais je n’y arrive pas, je panique, je le vois plus, l’espace s’éclaircit. Je suis dans une pièce toute blanche, un lustre avec de petits cristaux multicolores pend au plafond. Je suis dans un doux lit avec des draps roses et une couette aubergine. Une table de travail surmonté d’étagères remplies de livres occupe le coin à gauche. A droite une penderie puis la porte. Je suis dans ma chambre, dans mon lit, les yeux grand ouverts et je me rends compte qu’il pleut. C’est ça l’avantage des toits en tôle : de vrais réveille-matin. Afrique a sa technologie à sa manière. J’habite une maison pas mal du tout mais comme on dit : on ne choisit pas ses voisins, encore moins leur maison. Je maudis ce mois de Juillet si pluvieux mais ma bonne humeur est inaltérable. Je me recouche, repensant à mon rêve.

Omar ! Omar est un ami. Je sais, ce n’est pas avec un ami que l’on fait ce genre de rêve. C’est donc dire que l’amitié entre garçon et fille, soyons honnête, c’est de la foutaise. Faisons la à la Madame De Staël : il a frappé à mon cœur, j’ai ouvert sans m’en rendre compte. D’où mon désir de trouver au plus vite un œil-de-bœuf cardiaque pour prévenir ce genre de situation. Hélas rien de pire qu’un amour qui n’est pas réciproque, du moins c’est ce je pense. Qui sait ? Peut être bien qu’il m’aime lui aussi. Mais comment savoir, là est la question. Je pourrais lui envoyer un message l’air de rien : salut, euh… tu ne serais pas par le plus simple des hasards un soupçon amoureux de moi ? Cela marche à tous les coups, j’aurai certainement une réponse claire qui n’aura même pas nécessité que j’envoie Love (espace) Fanta (espace) Omar au 28822.

Revenons à la réalité. J’ai assez à faire avec Samir, mon petit ami. Je ne suis pas célibataire, il faut bien meubler ma vie en attendant qu’Omar se rende compte de la merveilleuse fille que je suis. Samir est (presque) parfait : la perfection est une utopie. Rien n’est parfait si même la perfection ne l’est pas : si elle l’était tout serait parfait ? Il est grand, clair, très doux, trop doux même. Il est beau en plus. Il ressemble aux Grecs de l’antiquité : nez aquilin, traits fins, bouche fine. Il a tout pour plaire, il me plait, mais le problème c’est que je ne suis pas amoureuse de lui. Encore la question de l’amour. Je pense que j’ai peur d’aimer ceux avec qui je sors. Je n’aime pas être faible. Or aimer, c’est souffrir et souffrir, c’est être faible. La vérité c’est que j’ai fini par céder tellement il est gentil.

Pour l’heure il est impensable de quitter Samir encore moins de draguer Omar ! Je suis de cette espèce en voie de disparition, pas un ours polaire néanmoins, qui pense encore qu’il est méprisable de faire la cour à la gent masculine.
Si seulement je pouvais savoir si Omar rêve de moi autant que moi de lui, ou encore s’il a une copine. Pourquoi ne trouve-t-on pas ce genre d’information sur le net ? Si j’étais amoureuse de Michael Vandetta, mais je ne suis pas encore idiote, j’aurais déjà tous les renseignements. Mais même s’il m’aime comment le saurais-je ? Et oui je suis de ces gens qui ne lisent pas entre les lignes : il faut me dire les choses clairement sinon je ne comprends pas les détours. Ce n’est pas ma faute si je suis une myope affective…

Mon portable vibre : je viens de recevoir un message de Amina ma meilleure amie. On se connait depuis le jardin d’enfant. Je lui dis tout, du moins ce qu’elle peut savoir de mon identité.

-Salut ! ça te dirait d’aller au resto cet après-midi ?
-Oui il n’y a pas de problème. A quelle heure ?
-Dix sept heures ça te va ?
-Oui c’est parfait. A tout à l’heure. Bye.

Aller au restaurant entre amies ? Pourquoi pas. Vu l’ennui qui m’habite constamment, c’est une excellente idée pour me divertir. Ses vacances me semblent tellement mornes ! Je m’affaire donc le reste de la matinée à me préparer : l’éternel qu’en dira-t-on féminin qui s’efface de plus en plus devant le qu’en dira-t-on masculin. Je suis quelque peux maniaque côté habillement. Il faut que je prépare tout, que les chaussures soient sorties, que le jean et le top soient pendus de côté, que les accessoires soient devant le miroir…

Dix huit heures (l’horaire sénégalais pour les rendez-vous nécessite un retard d’une heure). Une fille arrive au restaurant. Elle est habillée d’un jean bleu et d’un top blanc où c’est inscrit : «Shadow». Si seulement les gens savaient à quel point ce mot est plein de sens. Cette fille est une ombre. Les gens ne voient pas ce qu’elle est réellement et sans doute ne le sauront-ils jamais. Ses tennis blancs lui donnent un air sportif et déterminé. Mais comment la décrire physiquement ? Elle ressemble à une antilope, de sa forme à son regard. Vive, on dirait qu’elle peut s’enfuir avant même que l’on ait le temps de l’observer. C’est moi Fanta Ndiaye. Sur place m’attend déjà Amina.

-Salut ! Désolé du retard. J’espère que tu ne m’as pas attendue longtemps.
Je m’excuse mais c’est juste pour la forme tout le monde sait pour la « loi de l’horaire ».
-Oh, non : je viens juste d’arriver, me répond Amina. Alors comment tu vas, et tes vacances ?
-Bof ça va plutôt bien. Le problème c’est que je m’ennuie beaucoup !
- C’est une épidémie, rassures toi.

Après avoir commandé, nous continuons à discuter de choses très importantes : des nouvelles chaussures à la mode, de la pluie, de notre vie affective…

-Je ne vois pas l’intérêt d’avoir un petit copain, commence Amina. C’est une perte de temps, de crédit et de salive.

Il y a plusieurs significations cependant à ce dernier argument, je n’en dis pas plus.

-Absolument d’accord avec toi.
-Alors qu’est ce que tu fiches avec Samir ?
-Aide humanitaire. C’est vrai que si je n’avais pas accepté de sortir avec lui, l’espèce des beaux garçons serait encore plus en extinction.

Ce restaurant est notre préféré, il est chaleureux avec ses tons ensoleillés. Les tables sont en bois fuselé ce qui le rend encore plus gai. Mais ce qui des plus attirant c’est que sa clientèle est essentiellement jeune. Une sorte de paradis pour ado. Je laisse mon regard survoler la salle quand… Je rêve ou je viens d’apercevoir Omar à la table du fond avec une fille ! Que fait-il là en tête-à-tête avec cette idiote dont les congénères sont des ancêtres lointains de l’Homo sapiens sapiens ? Se pourrait-il que ce soit sa petite amie ? Non, il ne peut pas me faire ça. Bien sûr qu’il peut me faire ça, je suis rien absolument rien pour lui, même pas son premier bonbon si quelqu’un se souvient de son premier bonbon, chapeau. Mais qui pourrait-ce être d’autre, là, avec lui, à lui sourire bêtement ! Il ne lui reste plus qu’à baver sur son assiette cette limace ! Je crois que je vais pleurer quand Amina me fait redescendre sur terre.

-Waouh, on dirait que tu viens de voir Hannah Montana.

Hannah Montana, bien que je déteste ce personnage n’est rien à côté de ça.

-Mais non. J’ai juste un peu mal à la tête.
-Ah ok. Tu as vu le gars tout seul à la table à gauche ? Plutôt mignon non ?
-Oui, oui, dis-je vaguement. Je ne sais même pas de quoi parle Amina. Mon esprit est occupé par Omar. C’est comme si le restaurant, les tables, les clients n’existent plus.
-Je pense que je vais aller lui emprunter son ketchup.
-Ok. Moi j’y vais, je ne me sens pas très bien. Mais vas y, vous pourrez partager sa table.
-Tu as raison. Arrivée chez toi : médicament-dodo ok ?
-D’accord chef !

J’ignore comment j’ai fait pour arriver chez moi. Une fois la porte de la maison ouverte par ma mère, j’ai puisé toutes mes forces pour sourire et faire un résumé de ma « belle sortie ». Ensuite je me suis précipitée dans ma chambre pour libérer les émotions qui m’oppressent, m’étouffent. Mon esprit est embrumé, les images se bousculent : Omar, cette fille, le restaurant…
Il a une copine et rien n’est plus possible entre nous vu que chacun a sa vie de son côté. Les larmes me montent aux yeux, un étau se resserre sur mon cœur, mes poumons sont compressés ; j’ai envie de pleurer, de crier, de hurler mais aucun son ne sort de ma bouche. Juste une coulée amère balafre ma joue et je m’endors de douleur sombrant dans un sombre sommeil sans rêves.


Du même contributeur, Choolida


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