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CHRONIQUE - Identité (2), par Choolida - SEYTOO.COM
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Identité (2)

Chronique

La porte de l’avion est ouverte. Cette sensation commençait à me manquer : l’air d’une fraîcheur nocturne me caressant le visage, mes cheveux au vent. Je hume, un bien fou m’envahit, un sentiment de paix, de plénitude, d’ivresse.

Publié le 01 mars 2020, Choolida

Pourquoi ne les ai-je pas refroidis tous les deux. Je me demande encore comment j’ai pu y résister. Sûrement ma maîtrise innée. Cependant pour l’heure Omar est archivé dans mes souvenirs, je n’ai pas encore le temps de me morfondre. Je prendrais rendez-vous pour ça dès que j’aurais le temps. Le forfait de pensées pour lui est réduit à 10 minutes. Je sais, je suis dure avec moi-même. Ma mère crut que j’avais le palu en cette période estivale. Oui, j’avais le cardiopalu, causé par l’« inamour masculin » (voir l’article sur l’anophèle femelle). Amina m’avait rappelée pour savoir comment j’allais après avoir quitté le restaurant aussi précipitamment. Elle est même venue me voir. Elle a réussi à mettre le grappin sur le mec du resto qui s’appelle Momar en fait. Elle a obtenu son nom, son adresse, son numéro, son mail, son blog, son msn, son facebook, son myspace, son HI5. Dommage qu’elle ne rêve pas de carrière policière, il y aurait moins de criminels en cavale. Amina est une vraie chasseuse d’homme. D’un beau teint noir, sourire immaculé, taille moyenne, visage un peu arrondi, elle n’a pas de problème côté garçon. Mais là j’ai vraiment mieux à faire : j’ai une mission…

La porte de l’avion est ouverte. Cette sensation commençait à me manquer : l’air d’une fraîcheur nocturne me caressant le visage, mes cheveux au vent. Je hume, un bien fou m’envahit, un sentiment de paix, de plénitude, d’ivresse. Je saute. Je peux me permettre des acrobaties à des milliers de mètres d’altitude, c’est mon milieu, ma vie, mon monde, mon identité. Je me retrouve dans une clairière en face d’une forêt. Je sais exactement où je dois aller, ce que je dois faire, ce que je sens et ressens : c’est une habitude, un jeu d’enfant. Je m’enfonce dans cette masse d’arbres sans un bruit me fondant dans la végétation. Je reconnais l’odeur des arbres et du sol humide de la jungle. Les géants s’élancent dans le ciel à la quête de lumière, ils forment une voûte qui plonge l’endroit dans une nuit éternelle. Un sifflement suivi d’un geste d’une précision diabolique à peine calculé et mon canif est entre les yeux du reptile venimeux. Le chemin commence à s’éclairer, une demeure grandiose se dresse devant moi, pleine de gardes armés. Je ne suis pas surprise. Le premier, c’est toujours le meilleur, il ne s’y attend jamais. Je fracture sa nuque, il s’effondre en silence. J’atteins une chambre laissant un sillage humain derrière moi. Elle est immense, très luxueuse. Il est là, il dort, noir comme son cœur, le cou et les doigts lourds de bijoux en or. Sa maîtresse est allongée à ses côtés.

Un cri effroyable se fait entendre dans la nuit m’annonçant qu’elle l’a découvert. Un sourire satisfait se dessine sur mes lèvres. Les gardes encore vivants sont alertés mais il est trop tard j’ai déjà repris les airs.

Le soleil se lève sur un nouveau jour, sur un nouveau monde moins pollué. A la une de tous les journaux : « Le sanguinaire chef de la junte au Tchad a été retrouvé sans aucune goutte de sang dans le corps. L’anarchie n’est plus qu’un mauvais souvenir ».
Un air satisfait se dessine sur le visage de ma mère.

-Félicitation chérie. Tu as fait du bon travail. Je n’en espérais pas moins de toi.
-Merci. J’avais besoin de ça. Je ne me sentais pas très bien ces temps-ci.

Je ne leur ai pas fait de cadeau. C’est en partie à cause de la peine qu’Omar m’a fait ressentir. Cette mission m’a permis d’évacuer la rancœur que j’avais. A chacun son anti- stress. Je ne dirais pas que le mien c’est de tuer. Je n’exécute que les «méchants » si on peut dire. Mon histoire peut paraître quelque peu sadique et machinale, mais ainsi a toujours été ma vie; je n'ai pas eu le choix... Ma mère dirige une Organisation Non Gouvernementale. La seule différence avec les autres ONG du pays c’est que nous ne fabriquons ni des boissons ni des tissus teints pour occuper la population féminine. Mais on participe à notre manière à l’évolution du monde à une échelle plus que nationale. Hier j’étais très loin du pays. Nos missions sont diverses mais ce ressemblent plus ou moins : éliminer les éliminables.
J’ai eu une éducation particulière. J’ai été éduquée par ma mère. Je ne sais pas si mon père est vivant ou non mais je ne prends pas le temps de m’interroger sur ça. A 6 ans, j’avais une notion du jeu de cache-cache différente de celle des autres enfants : ne pas se faire découvrir était vital. A 7ans, je savais modeler mes émotions, les cacher, les modifier, mentir avec conviction mais jamais à ma mère. A 8 ans, j’ai commencé les arts martiaux. A 9 ans, l’escrime. Pour mes 10 ans, j’ai eu un silencieux comme cadeau. Ma première mission avec ma mère à 12 ans. Ainsi de suite ; maintenant j’ai 17 ans et j’ai la main. Je fais mon travail toute seule.

Nous vivons tranquillement toutes les deux, avons des voisins, des amis. Je vais à l’école, je vais être en classe de Terminale S2. La biologie prédomine dans cette branche. C’est ma matière favorite. Savoir comment fonctionne cette vie que je peux interrompre à tout moment me plait. Ma mère est médecin, elle sauve des vies tous les jours… Nous avons une vie normale.

Il faut que je récupère. J’ai rendez-vous avec Samir ce soir. Pour me détendre je vais faire un tour en ville.

Dans le bus pour rentrer à la maison. Chose tout à fait étrange il y a une femme aveugle, la cinquantaine je suppose, qui monte à l’arrêt suivant. Elle, comme plusieurs autres ont l’habitude de le faire, est là pour demander l’aumône. J’attends qu’elle arrive à mon niveau pour lui donner une pièce quand j’entends des voix s’élever à l’avant. Quand j’y prête attention je me rends compte qu’elle se dispute avec un passager qui faute de pièce lui a tendu son sachet de beignets. Action absolument justifiée vu qu’elle quémande de quoi déjeuner. Mais la bonne femme ne demande, ne veux et ne prend que de l’argent. Je renonce donc à lui tendre le moindre sou. Ce parasitisme très poussé qui caractérise le pays vous inspire un tel mépris que toute bonne action vous parait dénuée de sens. Il se manifeste par d’autres voies aussi : combien de fois un « pauvre » homme se présente chez vous et « tue » sa famille membre par membre. En somme, 25% de la population est aveugle, 35% handicapé et le reste trop attiré par les hauts postes s’empresse de les engraisser à grandes doses d’aumônes.

J’ai passé un bon moment avec Samir. Il m’a invité dans un coin tranquille et très chaleureux, un jardin plein de fleurs dont l’odeur est anesthésiante. Ce genre d’endroit qui vous réchauffe le cœur, le temps n’a plus de raison d’être et vous oubliez jusqu’à votre existence, vos peines, vos meurtres. Il faudrait que j’aie un cœur aussi. Tout aller bien jusqu’à ce qu’il me dise qu’il m’aime au moment de se quitter. J’ai juste souri comme d’habitude, oui comme d’habitude. Je ne lui ai jamais dit « je t’aime ». Je ne peux pas, je ne veux pas. Bien sûr dans un message je le lui dis. Mais en face, en face ! Je ne peux pas ! Je ne l’aime pas. Je me demande si je suis capable d’aimer, si je SAIS aimer. Ce que je ressens pour Omar ? C’est fort, profond, inexplicable, abstrait, ambigu. Mais est-ce de l’amour ? Peut-être qu’avec le temps j’y verrais plus clair. C’est certainement la déception qu’il m’a causé qui me fait douter. Quand même une personne sans cœur cela n’existe pas. Je veux dire que c’est anatomiquement impossible. Pauvre Samir, je le fais tant souffrir. Je ne comprends pas cette répulsion que je ressens quand on a trop d’intimité. Je pense que si, je comprends. Je veux me tenir loin de toute attache sentimentale. Pour une profession comme la mienne, ce n’est pas interdit mais peu recommandé.


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