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Chronique

Identité (3), par Choolida

03 mars 2020, Choolida

Un oui, ce serait comme si je n’attendais que ça. Je ne vais pas avoir l’air désespérée aussi, surtout que je ne le suis pas, presque pas.

L’odeur du matériel neuf, l’envie de revoir mes amis, rien de tout ça ne me fera aimer un jour la descente aux enfers. Il fait chaud, il y a une foule de diables, diablesses mais les plus terribles sont les petits diablotins. Tu as le trac avec lesquels tu seras coincé pour toute une année ? C’est la rentrée des classes.

On ne le sait pas mais la pire des créatures, c’est l’humain en particulier à l’adolescence. De les comparer aux disciples de Satan répond de ma gentillesse. L’adolescent est très violent, sans s’en rendre compte. Ne nous imaginons pas tout de suite des scalps de profs à l’entrée de l’école. Cette violence est surtout verbale, hélas pour les scalps, des fois ce ne serait pas une mauvaise idée.

C’est donc la rentrée des classes et je dois être en Terminale S2. C’est le jour où pour une fois ton horloge interne marche comme pas possible. Personne ne te réveille. Tu es stressé et excité comme à ta première fois à la boutique et que le boutiquier te pose la question que tu attendais mais qui te fais peur : « Qu’est ce que tu veux ? ». Tu sais ce qui t’amène : acheter, mais quoi !

Tu trouves toujours le service de renseignement à la porte de l’école. Ces élèves qui toujours aident le directeur à se doucher, à s’habiller, à déjeuner ; le gardien à ouvrir le portail, les classes. Leur spécialité : te gâcher la surprise que tu as attendue pendant toutes les vacances : dans quelle classe vais-je être ? Ils ne se limitent pas à te renseigner là-dessus, tu connais tous les belligérants des FSE (Forces qui Souffrent à l’Ecole), ceux des FFSE (Forces qui Font Souffrir à l’Ecole).

Donc là je suis dans ma classe, à ma table. Qui vient s’asseoir à côté de moi ? Le directeur ! Non ce n’est pas lui, qu’est ce qu’il ferait là. Le gardien, non plus, le service de renseignement, encore moins. O comme oublié ou presque, M comme mon Dieu qu’est ce qu’il fout là, A comme aïe j’aurais quand même pu mieux me saper, R comme rien à cirer après tout : Omar. Il est toujours aussi irrésistible, avec son teint chocolaté, ses yeux profonds, ses sourcils épais, ses lèvres si sensuelles.

Quelque part dans mon « cœur », dans un petit espace, un recoin, un interstice, j’ai une cicatrice très fragile qui pouvait s’ouvrir à tout moment. Et ce tout moment c’est maintenant.

- Salut. Comment vas-tu ? Et tes vacances ?

Toute la scène du restaurant me revient en mémoire et je ressens encore cette peine qui ne m’a quittée que depuis peu. M’avait elle même quitté ? Mon Dieu pourquoi ne me laisse-t-il pas en paix ? Qu’est ce qu’il fait à côté de moi ? Pourquoi me salue-t-il ? Il a oublié que je l’ai vu mais pas lui ? Mais dans ma réponse aucune de ces questions n’apparaît. C’est ça qui est cool avec les pensées. Tu y fais et y dis tout ce que tu veux.

Je ne sais pas trop quoi lui dire. Ce que je réponds à tout le monde ? Mais là c’est différent et je le sais. Au fond de moi je ressens une petite excitation inexplicable. Comme ma première fois chez le dentiste. Il m’a dit, le dentiste pas Omar : « Ce ne sera pas douloureux ». Alors là je l’ai regardé l’air de dire en fixant ses dents jaunes : « Oh, entre nous tu n’es même pas convaincu de ce que tu dis sinon tu en verrais un de dentiste ». Pourquoi les dentistes n’ont pas de belles dents ? Bravo pour la pub. Bon, il faut que j'arrête d'éviter le problème, qui est d'ailleurs juste en face.

- Salut ça va, et toi ? Bof, les vacances étaient ennuyantes et les tiennes ?
(Que veux-tu je ne sais pas quoi te dire mais cette réponse manque d’originalité quand même.)
- Plutôt moyen mais dans l’ensemble je me suis bien amusé. Pourquoi t’ennuyais-tu ? Tu ne sortais pas ?
(Oh que si, des sorties dans la jungle et en passant c’était qui l’idiote avec laquelle je t’ai vu.
- Si mais j’étais un peu souffrante pendant ces vacances.
(Le fameux cardiopalu)
- Ah ok. Et tu vas mieux j’espère.
(Plus maintenant que tu te montres, tu es l’agent pathogène.)
- Oui. C’était juste le palu. Ça va mieux.
(Car-dio-pa-lu.)
- Je préfère ça. Alors qu’est ce que tu as prévu pour cet après midi ?
(Je ne sais pas, peut être une autopsie d’un Homo sapiens sapiens nommé Omar.)
- Euh rien.
- Parce que j’avais prévu d’aller manger une glace et je me disais que ton palu serait un mauvais souvenir après ça.

Quoi ? Il m’invite à sortir ou je rêve. Oh, il est trop mignon. Mais attend on dirait qu’il me drague là. Et sa "copine" qu’est ce qu’il en fait.

Oui, oui, oui ai-je envie de lui répondre mais je ne peux pas :

1. Il m’a brisé le cœur. Mais tout compte fait s’il aimait vraiment cette fille il ne m’aurait pas invitée. En plus faudrait que j’aie un cœur pour qu’il me le brise.

2. Je suis avec Samir qui est dans la classe d’à côté et qui va peut-être me proposer de sortir. Mais je ne l’ai pas entendu de la journée donc il a certainement un empêchement.

3. Mais qu’est ce qu’on va bien pouvoir se dire. Mais il me doit bien une glace pour éteindre le feu de vengeance que j’avais gardé pour lui. Donc…

- Pourquoi pas.

Un oui, ce serait comme si je n’attendais que ça. Je ne vais pas avoir l’air désespérée aussi, surtout que je ne le suis pas, presque pas.

- D’accord, je te prends à 16 heures. Ça me fait plaisir que tu viennes.
Des fois j’aimerais vraiment avoir un cœur pour qu’il fonde comme du chocolat au bain marie- le beurre au soleil ce n’est pas très subtil, qui mettrait son beurre au soleil ?

Et me voila partie pour le marathon S.C.S.A.O : « Sortir Ce Soir Avec Omar ».

***

Qu’est ce que je fais à 16 heures 30 assise en face d’Omar chez un glacier ? N’ai-je pas quitté les joies du célibat. Mais il est si bon de nager dans l’adultère. Je n’ai pas enterré la mitraillette de guerre, avant la fin de ce « rencard », il goûtera à mes talents d’inquisitrice. A tes déballages - prêts - partons.
- Tu sors souvent ? me demande t-il.

Omar qui commet une faute en surface de réparation. A moi de frapper le penalty.

- Non pas trop. Et toi ? Je pense t’avoir aperçu un jour je ne sais plus trop quand à LGM.
(Le 15 Juillet 2009 à 18 heures 45 minutes. Mais ne jamais parler avec certitude en enquêtant.)
- Ah oui ! Ma cousine devait retourner en Italie et elle voulait goûter les pizzas d’ici avant de partir.

Mon Dieu, sa cousine ! Pourquoi n’y avais-je pas pensé ! Sa cousine. Mais ce n’était quand même pas écrit «Cousine- venant- d’Italie sur son front». Heureusement que je ne l’ai pas envoyé tenir compagnie aux crapauds du canal. Mes relations de diplomatie avec l’Italie en seraient corrompues.

- Ah ok, j’espère qu’elle a apprécié.
- Oui. Il y a quelqu’un qui te plait?

Tu pourrais mettre tes clignotants quand tu changes de direction ? Merci.

- Euuh... Pas en particulier. C’est ton cas ?

Comment te dire que tu me plais ou encore que je sors avec Samir. A l’amour si c’était aussi facile qu’on l'espère...

Oui mais j’hésite, me confie t-il avec un regard insistant.

***

Me voilà à la maison après la plus belle après midi de ma vie. Je me sens si légère. J’ai envie de vivre et de revivre ce moment. Si je devais avoir un pouvoir ce serait le contrôle du temps. J’adorerais appuyer sur « replay » encore et encore. Omar est libre, moi non. Il faut y remédier…
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