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Chronique

Identité (4), par Choolida

06 mars 2020, Choolida

Peut être l’ai-je refroidi en lui répondant que personne ne m’intéressait en particulier. Il a dû se sentir blessé. Pourquoi il n’y a pas de mode d’emploi pour les garçons.

Comment quitter son copain en 5 leçons :

1. Désolé chéri mais nos routes se séparent là. J’ai longtemps voulu tourner à gauche mais mon clignotant ne marchait pas.
2. On devrait faire une pause. Depuis le début du match l’arbitre n’a pas sifflé la mi-temps.
3. Je ne sais plus exactement ce que je ressens pour toi. Attends que j’appelle le service de renseignement. Je te contacte après.
4. L’amour, c’est de l’amitié enflammée. Il faut croire que les pompiers sont passés. On redevient amis ?
5. Je viens de faire une radiographie et il s’est avéré que je n’avais pas de cœur. Désolé mais je n’ai pas de quoi t’aimer.

Aucune des 5 ne convient à la situation. La dernière peut être. Mais faudrait aussi que l’amour ça soit dans le cœur. Quelle étude à prouver que l’amour se trouve dans le cœur ? Aucune radiographie ou autopsie. Les possibles endroits où l’amour se trouve dans le corps :

- La tête : quand on n’aime quelqu’un, on y pense tout le temps, on en rêve, on se l’imagine.
- La poitrine : c’est là-bas que l’on ressent la peine amoureuse. C’est elle qui se compresse quand on a été déçu.
- Le ventre : ne dit-on pas qu’on a des papillons dans le ventre quand on nous embrasse ?

En somme le lieu le plus probable c’est partout sauf le cœur.

***

Je viens de quitter Samir. Je suis libre comme l’air qui n’attend que d’être aspiré par les poumons omariens. C’est quand même bizarre que ce soit triste et pour celui que l’on quitte et pour celui qui quitte. Je ressens un vide en moi comme si il y avait occupé une place, alors que ce n’est pas le cas. Ou bien si, c’est comme dans un bus quand on met un sac pour garder une place. Le siège se sent bien d’être occupé comme les autres, mais pas assez. Ensuite le sac quitte le siège qui se sent vide avant de ressentir un derrière bien chaud comme tous ses camarades. Mon derrière bien chaud à moi, c’est Omar.

***

Soyons sérieux, je n’ai pas besoin de cours d’éducation physique. La « salle de sport » spéciale dans les souterrains secrets de notre charmante demeure m’offre toutes sortes d’activités : jogging, acrobaties, boxe et celle que je préfère, tirs.

Nous faisons du basket aujourd’hui, les équipes sont mixtes, je ne suis pas dans la même qu’Omar. Mais ELLE si. Elle, c’est Aïcha, une fille qui se prend pour les fesses du monde, à croire qu’on regarde qu’elle. Je n’aime pas cette complicité entre elle et lui. Ils se passent trop souvent le ballon, trop proches, trop de regards : c’est du flirtball.

Peut être l’ai-je refroidi en lui répondant que personne ne m’intéressait en particulier. Il a dû se sentir blessé. Pourquoi il n’y a pas de mode d’emploi pour les garçons. Dès qu’on n’ouvre le dictionnaire on peut lire :
Garçon : si vous regardez là c’est que votre situation est critique, vous en connaissez un ; brouillon de l’individu appelé « fille » raison pour laquelle il a été créé avant, marchandise livrée sans mode d’emploi ni garantie. Bonne chance ou fuyez !

C’est à peine s’il me parle alors qu’on est dans la même classe. Où est passé celui qui m’avait invité l’autre jour ? Il est tout le temps coltiné à Aïcha. Cherche t-il à me rendre jalouse ou je ne l’intéresse plus. Je me sens comme quand j’utilise l’effaceur dans un devoir et que je me rends compte que c’était la bonne réponse celle que j’ai enlevée. Il faut croire que Samir c’était juste. Mais je ne regarde jamais dans le rétroviseur. Je l’ai cassé un jour lors d’un virage serré. Pour l’heure, une envie, un désir, un instinct : m'évader.

***

Je fus surprise une fois dans l’avion. Un garçon de mon âge, calme et déterminé y était. Il a le même teint qu’Amina, un sourire taquin et des muscles saillants preuves de ses éprouvants entraînements. Mon Dieu, je ne vais pas faire la mission avec un représentant de cette race abjecte ? Avec un garçon ? Coup de grâce :

- C’est le fils d’un ami qui travaille dans l’organisation similaire, m’explique ma mère. Vous accomplirez la mission ensemble.
- Mais j’ai l’habitude de travailler seule.
(Se débattre avant de mourir c’est un réflexe humain non et jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas parce que je suis sans cœur que je ne suis pas humaine.)
- Vous vous entendrez bien vous avez des points en communs.

(Il connaît un garçon nommé Omar dont il est amoureux et qui coure le jean d’une Aïcha ?)

Nous voilà donc à l’arrière de l’appareil faisant connaissance. C’est lui qui entame. Parce que moi…

- Salut je m’appelle Birame, Fanta n’est ce pas.

(Non c'est pas moi, je fais comme Ben Laden quand il y a risque de mourir j’envoie mon sosie payer pour ça.)

- Oui. Tu en es à combien de missions ?

(Autant être professionnelle. Bon disons froide. Après tout professionnelle c’est mieux, ça ne me rappelle pas la glace avec celui dont on ne doit pas prononcer le nom…)

- Je ne sais plus tellement ça en fait. Depuis que j’ai 12 ans avec mon père. Mais j’ai pris l’habitude de travailler seul.

(Ah, les fameux points en communs. Après tout pourquoi le punir des fautes de… De toute façon on ne se reverra certainement jamais autant être aimable.)

- On est deux alors. Alors le premier c’est pour toi ou pour moi ?

(J’adore le premier, voilà une occasion pour te faire aimer ou détester.)

- Les dames d’abord.

(Je sens qu’on va bien s’entendre. )

On a atteint la cible. Il me fait signe d’entrer par le Nord, lui, il percera par l’Est. Une fois à l’emplacement choisi, j’installe les charges. J’ai à peine cinq minutes pour ressortir. Je regagne la zone de sécurité en trois minutes mais Birame n’est pas là. J’établis le contact-radio.

- Où es-tu ?
- J’arrive.
- Mais qu’est ce que tu fous ? Tout va péter dans deux minutes. Je viens te chercher !
- Non ! Ne bouge surtout pas !

Il a coupé la communication. Pour la première fois, je ressens de l’angoisse pendant une mission. Est-il assez expérimenté pour ce genre de choses ? Mais oui, sinon on ne l’aurait jamais pris. Ça va exploser dans quelques secondes. Enfin le voilà qui coure en riant. Le bâtiment explose à peine qu’il est à l’abri.

- Tu es fou ! Tu aurais pu te tuer !
- Non pas du tout ! J’ai tout calculé pour sortir à temps.
- Et pourquoi calculer pour sortir à la dernière minute ?
- Adrénaline!

Un seul mot, qui prononcé avec son sourire enfantin me donne envie de sourire aussi.

***

Les titres des journaux du lendemain ? « Nigéria : Les habitants de Leben respirent enfin. L’usine qui polluait leur nappe phréatique explose mystérieusement ». Nous faisons aussi dans l’humanitaire…Birame ? Je n’ai pas le temps de compliquer ma vie encore plus, surtout avec un inconnu. Bon pas si inconnu que ça, faire sauter une usine ça rapproche plus qu’un rencard… Mais nos chances de se rencontrer à nouveau avoisinent ln de 1. Il est dans une autre compagnie, c’est juste un hasard qu’on ait travaillé ensemble hier soir. Mais il faut reconnaître qu’il n’est pas de mauvaise compagnie. Il n’est pas de mauvaise compagnie du tout.
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