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CHRONIQUE - La force de l´amour (22), par Nabou - SEYTOO.COM
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La force de l´amour (22)

Chronique

La force de l’amour, vingt et deuxième partie. Une chronique de Nabou sur Seytoo.

Publié le 12 mai 2020, Nabou

Les jours passaient. Karim avait repris le travail et habitait encore chez sa sœur. Ce jour-là, il avait quitté son bureau à dix-sept heures trente. L’âme endolorie, il n’avait pas le cœur au travail. Sa mère continuait de l’ignorer royalement et son père qui attendait les formalités d’embarquement de sa nouvelle voiture, n’était pas encore rentré de mission.

Son téléphone portable sonna et le tira de sa rêverie. C’était le secrétaire de la direction commerciale. Il laissa l’appareil égrener longuement sa sonnerie en se demandant ce que pouvait bien lui vouloir M.Kwara. Depuis quelques temps déjà, il évitait de le rencontrer, exaspéré par ses regards lubriques. Son directeur, pour se venger de lui parce qu’il ne donnait pas de suite favorable à ses avances à peine voilées, avait réduit ses bons d’essence de moitié sans lui fournir la moindre explication. Mais Karim n’en devinait que trop la raison.

Il fut obligé de prendre la communication parce que le portable sans discontinuer.

- Bonjour M. Diouf, fit la voix chaleureuse de Mademoiselle Baldé, la secrétaire ; M.Kwara vous fait dire qu’il vous attend dans son bureau à dix-neuf heures. Il souhaite vous faire immédiatement le compte-rendu de la réunion qu’il a en ce moment même avec le PDG ; elle porte sur la société.
Quand à l’heure indiquée, Karim pénétra dans le bureau de son supérieur, ce dernier lui dit brusquement le fond de sa pensée.

- Voici une semaine que tu as égaré, comme un vrai idiot, le chèque que t’a remis le client à Bouaké ! Tu ne crois pas avoir commis assez de dégâts ? Je ne te cacherai pas que la réunion de ce soir a porté prioritairement sur ta conduite et ton travail. A l’heure actuelle, les clients de la société des « Papeteries et Libraires » qui nous sont affilées. Ceci est inadmissible ! Un commercial doit trouver des marchés, fidéliser des clients, mais tu ne sais rien faire de tout cela. Tu n’as même pas été capable de garder les quelques-uns que ton prédécesseur t’a laissés. Tu sers à quoi concrètement, tu peux me le dire ? Cracha M.Kwara d’une voix autoritaire.

Karim, comme s’il n’avait pas entendu son Directeur, ne proféra pas la moindre explication. On aurait dit n’était pas concerné. Il était debout, les mains posées sur le dossier d’un fauteuil en face du patron. Deux grandes mains viriles sur lesquelles était rivé le regard fasciné de M.Kwara.

- Autre chose, sans doute le sais-tu déjà le chiffre d’affaires de la société a chuté de 15%. Il est vrai que nous ne sommes pas encore en fin d’exercice, mais à l’allure où tu mènes les choses, un miracle se produira difficilement. Personne n’est satisfait de ton rendement. C’est en accord avec le Directeur Général, que j’ai réduit tes bons d’essence. Quand on ne fait pas rentrer de l’argent, il est inutile d’en dépenser autant. Et ce n’était qu’une première mesure de restriction ; d’autres encore plus sévères suivront, dit M.Kwara en se levant.

Il contourna son immense bureau, s’approcha de Karim comme un chat s’approche d’une souris. Puis, vivement, s’empara des mains du jeune homme dans un geste sensuel.
- Je n’ai qu’un mot à dire demain au PDG pour que tu sois remercié. Mais si d’aventure, je te trouvais des qualités cachées, enfin, des excuses valables, les choses s’arrangeraient facilement pour toi. Tu sais ce que j’attends de toi, tu n’as qu’un geste à faire, la balle est dans ton camp. Fit-il, les yeux brillants de désir.
Son ton sans réplique, sa voix martiale et tranchante s’étaient adoucis, n’étant plus qu’un susurrement qui se voulait envoûtant.

Il exultait. Karim n’avait pas retiré ses mains des siennes, donc il consentait. Enfin ! La chasse avait été dure, âpre, même éprouvante parfois ; mais pour un gibier de ce gabarit, le jeu en valait la chandelle.

« Encore une fois, cet argument massue fait ses preuves. Tout sur terre a donc un prix ? Même ce robuste gaillard au sang froid ? Qui l’aurait cru ? Décidément être le boss, le Grand Manitou a du bon ! Ouf ! », Savourait-il intérieurement.

Pendant quelques instants, les sentiments les plus contradictoires déferlèrent en Karim. Haine, mépris, dégoût, pitié, rancœur et incompréhension s’entrechoquèrent dans sa tête, mais aucun ne cadrait vraiment avec son état d’âme.

Il laissa ses mains dans celles de M.Kwara puis les pressa fortement. Ce fut la seule et unique fois qu’il le fixa intensément dans les yeux et le dévisagea. Karim constata bouleversé que son directeur n’avait même pas l’excuse d’être moche. Il aurait été laid comme les sept péchés capitaux qu’il le comprenait, que ses penchants s’expliqueraient : « Ce n’est pas sa faute, les femmes le rejettent … », aurait-il excusé.
Ses tendances n’étaient donc pas que vice et devraient être plus profondes, prendre leur source plus loin. Peut-être même n’eut-il pas à faire un choix de vie. Sans doute les dés étaient-ils jetés avant sa venue au monde, comme on naît avec une tare, comme on est affligé de cécité congéniale. Sauf que ce défaut-ci relevait de l’invisible, du comportemental. Oui, c’était cela ; un trouble incrusté dans l’âme et antérieur à la vie.

- Je ne peux pas faire ce geste que vous attendez de moi ; c’est impossible ! Je n’en éprouve aucune envie, je suis différent de vous. Il m’est inconvenable d’imaginer pareille chose ! Finit par dire Karim en regardant toujours son vis-à-vis dans les yeux duquel il lisait une incrédulité sans borne.

Ils restèrent face à face absolument immobiles, pendant une éternité. Le temps semblait suspendue, inquiet et guettant la suite des événements. Puis Karim poursuivit :

- Jusqu’à cette minute, je vous haïssais et je vous méprisais de toute ma force. J’ai même songé à vous battre avec acharnement comme un gosse fautif à qui j’apprendrai à vivre correctement et marcher droit. Mais je sais à présent que c’aurait été un coup d’épée dans l’eau parce que c’est plus fort que vous. Aujourd’hui, le sentiment qui m’anime à votre endroit, c’est de la compassion. Pas une pitié méprisante, mais une poignante et impuissante compassion comme en a éprouvé pour un être cher atteint d’une maladie incurable ! Termina Karim en retirant fermement ses mains de celles de son interlocuteur.

M.Kwara était stupéfait, effaré à un point tel qu’il en resta sans voix pendant de longues minutes. Hein ? La bête n’était donc pas encore à sa merci, l’échine brisée, si précis ne pouvait, ne devait que faire mouche ! Qu’allait-il faire à présent ? Et dire que c’était sa dernière cartouche ! Cette viande-là était-il si coriace ? Plus encore que lui ? Pourrait-il supporter cet affront ?

Car il n’était pas évident que l’imbécile fût renvoyé. Cette rentrée scolaire avait été influée par de nombreux impondérables et tous les secteurs d’activités étaient ébranlés. Le PDG l’avait lui-même relevé. Mais lui, Teddy Kwara, ne pouvait plus faire marche arrière ; il lui fallait le consentement ou la démission de ce Karim.

- C’est à moi que tu as l’effronterie de servir ce prêchi-prêcha ? Pour qui te prends-tu ? Qui es-tu donc pour avoir une telle audace ? Tu crois être un juge de conscience, de ma conscience ? Toi, qui n’es tout au plus qu’un psychologue à interner ? Et depuis quand me vouvoies-tu ? Tu n’as pas compris un traître mot de ta litanie divagante, tu n’as tout de même pas la prétention de cerner ma vie, mes élans, mes motivations ? Comment peux-tu oser comprendre mes pulsions, mes impulsions ? Tu n’as d’ailleurs pas à comprendre, mais à consentir ! Ce que tu éprouves...

- C’est votre fille sur la photo, n’est-ce pas ? Elle est très mignonne ; pensez à elle de temps à autre quand vous posez certains actes ! L’interrompit Karim en se dirigeant vers la sortie.

Piqué au vif, M.Kwara sauta au plafond.

- Que veux-tu insinuer ? Hurla-t-il ; si tu quittes ce bureau, si tu oses franchir cette porte, tu me déposes ta lettre de démission demain à la première heure. C’est d’ailleurs ce que tu as de mieux à faire ; tu es un gros nullard indécis, un minable apprenti rhétoricien qui n’a pas le courage d’aller au bout de ses actes et masque ses médiocres velléités par des phrases alambiquées, vides de sens ! Je t’aurais pardonné, tout pardonné sauf d’être un « allumeur » qui a osé me prendre comme un jouet ! Oui, parfaitement ! Tu m’as pressé, tu m’as caressé les mains tout à l’heure, je n’ai pas rêvé !

- Oui, je vous ai pressé les mains. Mais avec une incommensurable commisération, comme je l’aurais fait au chevet d’un ami cloué sur son grabat, en phase terminale de cancer ! Assena Karim en faisant un autre pas vers la porte.

- Je t’aurai prévenu ! Si tu sors de cette salle, considère-toi comme viré. Et je te mets au défi de trouver à ta disgrâce un motif, un prétexte autre que la monumentale incompétence et les bévues inimaginables que tu n’as cessé de collectionner depuis ta prise de fonction. J’en tiens un registre détaillé ; les lieux, les dates, les heures, les libellés, rien n’y manque !

- Advienne que pourra ! Conclut Karim en refermant tranquillement la porte.

PS: le temps me manque pour être régulière mais merci de la compréhension.
Bisous à tous !


Du même contributeur, Nabou


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