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CHRONIQUE - La force de l´amour (25), par Nabou - SEYTOO.COM
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La force de l´amour (25)

Chronique

La force de l’amour, vingt et cinquième partie. Une chronique de Nabou sur Seytoo.

Publié le 15 mai 2020, Nabou

Monsieur Diouf était rentré à la maison. Il ne courait plus aucun danger, mais il avait besoin de repos.
Son épouse était heureuse de pouvoir materner son Nestor chéri.

Assis au chevet de leur père, Karim et Soda s’observaient. Elle l’avait d’abord regardé à la dérobée pendant qu’il feignait ne rien remarquer. Puis leurs yeux s’étaient accrochés.
Autant l’azur de ceux de Karim était intense, autant Soda avait des prunelles d’un noir de jais.
Le regard de la jeune femme n’exprimait aucun sentiment, mais son frère ne s’y fia pas. C’était un jeu d’enfant pour elle de donner à son regard l’expression qu’elle voulait.

Quelque temps après avoir embrassé leur père, Soda lui souhaita bonne nuit et sortit de la chambre. Deux minutes après, ce fut au tour de Karim de prendre congé de son père en lui serrant la main.

- Du courage, champion, et repose-toi bien, conseilla t-il avant de quitter.

Soda était sortie de la salle à manger et se tenait sur la terrasse donnant sur l’arrière-cour, d’où elle admirait la nuit. Le ciel était splendide et une myriade d’étoiles constellait le firmament. C’était un beau spectacle qui donnait une impression de paix profonde et apaisante à la nature.

De nombreuses roses avaient éclos en début de soirée, sous l’effet de la brise vespérale. Il y a en avait de toutes les couleurs, des blanches, des roses, des rouges, des jaunes qui, à la clarté des lampions du jardin, composaient une symphonie diaprée et odorante.

Yacine Diouf était une grande amoureuse de ses plantes princières qu’elle entretenait avec des soins naturels. Sans doute cette passion lui était-elle dictée par une nostalgie inconsciente née depuis la cour fleurie du château ancestral. Il n’y a ainsi des choses auxquelles on ne renonce jamais tout à fait, même sans s’en rendre compte.

Karim avait suivi sa sœur et se tenait à ses côtés :
- Les roses sont très belles cette nuit, fit-il. Tu te rappelles, petite sœur, quand j’attrapais les cétoines qui vivent dessus et que je te poursuivais avec ?

Soda ne répondit pas à l’interrogation, comme si elle n’avait pas entendu son frère.

- Et quand tu courais te cacher dans les jupes de maman, je faisais mine de m’éloigner, puis …
- Je t’interdis de me rappeler les plus beaux moments de ma vie qui aujourd’hui ne sont plus que de tristes souvenirs ! L’interrompit Soda, le regard lointain.
- Sœurette, tu …
- Je ne veux plus que tu m’appelles ainsi ! Seul un frère qui aime sa sœur a le droit d’user de cette dénomination !
- Frangine …
- Tu n’as pas le droit de me martyriser ! Fit Soda en se tournant enfin vers son frère.
- Oui, petite sœur, c’est ce que je voulais, que tu me regardes. Dis-moi ce que tu lis au fond de mes yeux. Dis-moi si mon regard traduit un quelconque sentiment bas. Y vois-tu la joie mesquine de blesser ma frangine adorée ? Non, cela ne m’a jamais effleuré l’esprit. Je t’aime, sœurette, plus que tu ne peux l’imaginer. Tu as vingt-deux ans ; si je retire les quatre années que j’ai passé au Canada, loin de toi, contre mon gré, ça fait dix-huit ans de vie commune, dix-huit années consacrées à nous cajoler, à nous taquiner, ce n’est pas dix-huit jours, encore moins dix-huit heures. Ça représente une éternité de tendresse partagée que rien ni personne ne pourra jamais remplacer.

Soda avait toujours son regard rivé sur celui de son frère. Karim y lut le cheminement de sa pensée vers le passé. Il décida de battre le fer pendant qu’il était encore chaud. Il ne devait pas laisser le temps à sa sœur de se cabrer.

- Je sais que tu m’aimes également, avec beaucoup de force. Oui, nous nous aimons énormément, et nous sommes faits pour nous aimer, comme frère et sœur. Ce n’est pas un amour moins fort que celui qui pourrait éventuellement exister entre mari et femme. C’est un amour différent, avec ses spécificités, ses normes. Tu veux que je te dise, sœurette ? Ce lien-ci est intangible, donc plus solide. Ces nœuds-ci sont plus étroits, plus chers. Un mariage est tributaire de toutes sortes d’aléas, un divorce est vite venu.

Karim marqua un arrêt pour permettre à sa sœur de s’imprégner de ses paroles. Progressivement, il amenait le plaidoyer au problème essentiel.

- Peut-être ne vivrai-je pas cinq ans avec Marième ? Et même si nous restons ensemble pendant trente ans, cela ne représente rien comparé à ce que nous avons partagé toi et moi. Ça ne pèse pas lourd au regard de ce que nous avons connu ensemble toi et moi. Tu es bien la seule à avoir bénéficié de ma fraîcheur et des grâces de mon enfance. Tu as eu le meilleur de moi, quand j’étais spontanément caressant, prompt à l’humour, l’humeur enjouée. Tu m’imagines aujourd’hui, poursuivant Marième avec une cétoine ? Non, sœurette, cela ne peut plus être. Tu ne perds donc pas grand-chose en me laissant à une autre femme. Et puis, je serai toujours là pour toi, j’accourrai dès que tu auras besoin de moi. Je continuerai de faire tes courses, je t’accompagnerai au cinéma, je serai présent.

Karim s’était rapproché de Soda et voulut la prendre dans ses bras. Mais elle se raidit et résista.

- Tu m’as fait mal, très mal. J’ignore si mes blessures pourront un jour se cicatriser. Je ne sais pas si je pourrai te pardonner un jour. Fit Soda d’une voix chevrotante.

Karim la tira fermement à lui. Il se pencha et posa sa joue contre la sienne. Soda sursauta.

- Tu piques comme un oursin ! S’exclama-t-elle.

Karim avait effectivement une barbe de quelques jours. Depuis qu’il ne partait plus au travail, il ne se rasait plus quotidiennement.

- Tu vois, c’est ce que je disais. Ma peau n’est plus aussi douce au toucher. Je suis rugueux, hirsute comme un hérisson. Alors qu’il y a dix ans …
- Tu étais déjà barbu à seize ans, je m’en souviens ! L’interrompit Soda.

Karim fut heureux d’entendre sa sœur évoquer leur passé ; elle devenait donc réceptive à ses propos. Mais il ne fallait pas crier victoire trop tôt, la partie n’était pas encore gagnée.
Cependant Soda s’était enfin abandonnée. Elle avait posé sa tête sur le vaste poitrail fraternel et lâcha un soupir de contentement. Puis, contre toute attente, la poche de ses larmes creva en gros sanglots. C’étaient des pleurs douloureux, ayant du mal à franchir sa gorge nouée. Elle en avait le corps ébranlé par une continuelle secousse.


Du même contributeur, Nabou


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