person_outline Me connecter close
Fermer
search
Recher.
menu
Menu

Vous
EN
English

groupRejoignez le Club.
Vous allez adorer Seytoo !


Accueil
share
@

Partager
arrow_back
Retour
OPINION - Envoyer de l’argent au pays, le drame d’une solidarité à l’africaine, par Miss Epicée - SEYTOO.COM
keyboard_arrow_rightSuivant
save

Enregis.
share
@


Partager

Envoyer de l’argent au pays, le drame d’une solidarité à l’africaine

Opinion

Lorsque l’on vit loin de son pays d’origine ou de ses proches, un décès est toujours un évènement difficile à gérer, alors plutôt que de compter sur les autres, pourquoi ne pas s’assurer et partir le moment venu dans la sérénité aussi bien pour soi que pour les autres ?

Publié le 21 mai 2020, Miss Epicée

La solidarité est un sentiment qui pousse les hommes à s’accorder une aide mutuelle en cas de difficultés. Dans les pays développés, et sur le plan social, cette solidarité est institutionnelle et prend la forme de « sécurité sociale ». Mais dans les régions du monde moins nantis comme l’Afrique, même s’il n’y a pas de sécurité sociale, il existe cependant une véritable assistance mutuelle entre les individus. Dans son ouvrage intitulé « De la division du travail social », le sociologue français Émile DURKHEIM distingue la solidarité organique liée aux interdépendances en raison de la montée de l’individualisme, et la solidarité mécanique fondée sur la similarité des individus dans les sociétés traditionnelles à forte conscience collective.

A l’analyse, on se rend compte que la première de ces solidarités correspond plus à la réalité occidentale, tandis que la seconde se rapproche davantage de la vision africaine. Dans l’imagerie populaire on oppose généralement les deux en vantant la solidarité africaine et en raillant l’individualisme occidental.

On est tous d’accord que la solidarité est une valeur sociale importante non seulement parcequ’elle instaure une certaine fraternité entre les individus, mais aussi parcequ’elle participe d’une vision humaniste et même philanthropique de l’existence. Il n’est donc pas question pour moi de remettre en cause le caractère intrinsèquement vertueux de la solidarité. Cependant me semble-t-il important et opportun de démythifier cette fameuse « solidarité africaine » tellement vantée qu’elle finit par tromper.

La solidarité africaine procède d’une vision du monde où l’homme ne se définit que par rapport au groupe auquel il appartient. Par exemple, chez les africains, les termes «mon frère » ou «ma famille » s’entendent au sens large : un cousin fut-il éloigné est un frère, et quand on parle de sa famille on va parfois jusqu’à y inclure ses voisins. Ainsi, ce qui appartient à l’un appartient à l’autre et ce qui appartient à l’un appartient à tous. Même sur le plan politique, avoir un frère au pouvoir signifie que toute la famille, voire toute la communauté, est au pouvoir. L’aide et le concours que l’on se doit de leur apporter revêt un caractère contraignant, qui transcende l’individu et sa liberté personnelle.

Dans son livre intitulé « Les fondements de la crise économique en Afrique », l’économiste François-Régis MATHIEU mettait en évidence le fait qu’en Afrique « la réussite individuelle est une aubaine pour la collectivité dans la mesure où elle favorisera l’ordre communautaire. En effet, le plus petit aura toujours droit à l’aide du plus grand. Ce dernier voit automatiquement ses obligations ajustées à son statut social, il ne cherchera pas à s’y soustraire car le gain économique tiré d’un refus de donner se traduira par une perte importante de crédit auprès de la communauté et des conséquences aléatoires dans l’incertain communautaire ». Effectivement en Afrique, ceux qui ont réussi à avoir une position sociale confortable sont sollicités en permanence pour aider les autres, au nom de la solidarité. Cette solidarité devient en outre le pendant économique de la conception africaine de la famille, puisqu’il suffit au cousin d’invoquer la fraternité pour bénéficier de la charité de celui qui a réussi.

Les immigrés africains en savent quelque chose, eux qui sont constamment harcelés par la famille et les amis au pays afin qu’ils «fassent un western union», expression qui désigne le fait d’envoyer de l’argent au pays. Il est fréquent qu’un immigré entretienne par «western» la famille de son frère qui a deux femmes et une flopée d’enfants. En 2010, selon un rapport de la banque mondiale, les transferts d’argent de la diaspora africaine ont atteint un montant de 21,5 milliards de dollars (15,4 milliards d’euros). Ce sont ainsi des milliers de personnes qui dépendent très largement de cet argent pour vivre, manger, se loger et, dans le meilleur des cas, étudier.

Une manne indispensable qui n’a, en l’espèce, rien de céleste puisqu’elle est le fruit du dur labeur de ceux là qui se tuent à la tâche pour entretenir ces autres qui leur en demandent toujours plus sans avoir aucune idée de la peine éprouvée pour gagner cet argent. Certaines familles n’hésitent pas à mettre la pression et faire du chantage, poussant même le vice jusqu’à faire croire que si vous vous écartez du chemin de la solidarité, vous serez maudits par les ancêtres.

La solidarité à l’africaine peut aussi prendre la forme d’un soutien logistique. C’est par exemple le cas lorsqu’un parent du pays vous sollicite afin que vous puissiez accueillir chez vous un neveu ou un gendre. Votre minuscule appartement devient alors le lieu de séjour ou de transit de plusieurs villageois de passage dans votre ville. L’immigré se voit ainsi confier des personnes à charge, sans les connaitre plus que ça et sans avoir vraiment le choix.

Si vous semblez réticent, on aura tôt fait de vous rappeler qu’à un moment de votre parcours, vous avez bénéficié de l’aide d’un quelconque membre de la famille; c’est une façon de vous faire comprendre que vous êtes redevable à vie car c’est grâce à cette aide que vous avez réussi. Il en résulte que ceux qui répondent à toutes ces sollicitations sont considérés comme des dignes fils de la famille ou de la communauté, tandis que ceux qui n’y répondent pas favorablement sont traités comme des méchants, des égoïstes.

Être solidaire, c’est donc en quelque sorte accepter de se faire ruiner sans broncher. Les conséquences de cette solidarité africaine sont parfois fâcheuses. La pression familiale pousse certaines filles à la prostitution. Elles sont nombreuses ces otages de la « solidarité africaine » qui proposent leur chaleur vaginale à vil prix pour entretenir la famille. Il en faut des passes pour réunir les centaines d’euros à envoyer au bled. De toutes les façons les bénéficiaires de la manne sont très peu regardants sur la provenance de l’argent. Ce qui compte, c’est de recevoir ses euros.

Aussi, nombreux sont ces immigrés qui n’arrivent pas à réaliser leur projet de vie parcequ’ils sont obligés d’arrêter tôt leurs études pour chercher un emploi leur permettant de prendre en charge des «parents», d’autres se privent de bien de choses pour pouvoir satisfaire aux attentes des leurs. Beaucoup parmi ceux qui n’arrivent pas à supporter le poids des demandes, ou qui refusent de jouer le jeu de cette drôle de solidarité, se retrouvent en rupture de ban avec leur famille.

Même au niveau sentimental, cette pression familiale fait peser des risques sérieux sur la cohésion de certains couples, notamment lorsque un époux est africain et l’autre est européen. L’européen n’ayant pas la même conception de la solidarité que son conjoint africain, il peut finir par en avoir marre que l’autre fasse primer sa famille sur le foyer. Cette situation entraine souvent de nombreux divorces. Voilà autant de zones d’ombres de la solidarité africaine, voilà la face cachée d’une mentalité qui gagnerait à être exorcisée.

Comme l’a si bien relevé Cédric KALONJI, journaliste à RFI, dont nous avons repris quelques bribes, les milliers d’euros envoyés de l’étranger au nom d’une certaine solidarité ne créent-ils pas une culture de l’assistanat et de la dépendance plutôt que celle du travail, de l’autonomie et de la réalisation personnelle ? Cela n’encourage t-il pas l’irresponsabilité de ces parents qui pondent des enfants, en laissant le soin aux autres de s’en occuper ? La question se pose sérieusement quand on sait que l’essentiel des fonds transférés sur le continent par sa diaspora financent les petits besoins du quotidien, dans le cercle familial. Il n’a jamais été question d’investissements de masse sur des projets d’envergure, susceptibles de sortir le continent d’un marasme économique quasi-endémique. Or l’aide ne peut être véritablement efficace que si elle permet à un moment donné à son bénéficiaire de se passer d’aide.

Pour briser cet engrenage, il est impératif d’imaginer, comme le suggère Lucien KOFFI KOUADIO dans ses réflexions à l’Institut Africain de Développement Économique et Social, des solutions originales tenant compte des capacités propres à l’environnement humain et matériel. Cela nécessite de repenser la solidarité vécue en Afrique par les africains, de promouvoir la rigueur et la fermeté dans la gestion des différentes pressions et des affaires familiales, de se fixer des projets ou objectifs de vie à réaliser, de créer de nouveaux cadres formels d’appui, de soutien ou d’entraide entre populations. En effet, plusieurs moyens existent pour rendre moderne cette solidarité africaine : les tontines, les coopératives, les associations de développement, la micro-finance et même l’assurance !

Par exemple : j’ai pu observer qu’au sein de la diaspora africaine, on a cette fâcheuse tendance à privilégier la solution curative (la solidarité), à la solution préventive (l’assurance). C’est ainsi que beaucoup n’hésitent pas à lancer des appels à cotisation ou à contribution pour le rapatriement du corps d’un compatriote décédé en Europe ou en Amérique.

Si l’on peut éprouver de la compassion pour les familles qui perdent ainsi leurs enfants, il n’en demeure pas moins que nous devons apprendre à prendre nos précautions pour ne pas laisser les nôtres dans des situations embarrassantes après notre départ. Il existe une panoplie d’opérateurs qui propose une assurance « rapatriement corps » en cas de décès du concerné ou d’un membre de sa famille en France. Une telle assurance offre également d’autres facilités optionnelles comme le transport du défunt jusqu’au lieu d’inhumation, la mise à disposition d’un billet d’avion Aller/Retour pour le voyage d’un accompagnant désigné pour assister aux obsèques, le paiement des frais funéraires, et même une assistance administrative (démarche et formalité auprès des ambassades et consulats, déclaration de décès à la mairie…).

Tout ceci pour des sommes qui ne sont pas du tout onéreuses. En effet, pour un jeune la cotisation se situe autour de 12€/an, tandis que pour une personne âgée c’est autour de 30€/an. Mais le fait est qu’on joue les radins, on préfère dépenser 20€ pour un saut de KFC, plutôt que 12€ pour la tranquillité de soi et des siens. De plus, on se croit trop jeune pour mourir, et pourtant il n’y a pas d’âge pour mourir. L’assurance est une nécessité, il est temps que nous prenions conscience de son importance en l’intégrant dans nos cultures et nos mentalités.

Lorsque l’on vit loin de son pays d’origine ou de ses proches, un décès est toujours un évènement difficile à gérer, alors plutôt que de compter sur les autres, pourquoi ne pas s’assurer et partir le moment venu dans la sérénité aussi bien pour soi que pour les autres ? Voilà un exemple concret d’alternative à la solidarité, qui peut contribuer au développement de l’Afrique si les Africains y croient et s’y mettent avec sérieux.


Du même contributeur, Miss Epicée


Partagez votre commentaire...



Dans la même rubrique



Nous vous recommandons

Vie
Réussite
Vous
Regardez
Actualités
Seytoo.Africa



À propos| Contacts| Confidentialité| Seytoo.App|English

© 2020, Seytoo, tous droits réservés. Seytoo n'est pas responsable des contenus provenant de site web externes et/ou publiés par ses visiteurs.