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OPINION - Pourquoi l’école publique sénégalaise est-elle une véritable casse-tête ?, par Moustapha Camara - SEYTOO.COM
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Pourquoi l’école publique sénégalaise est-elle une véritable casse-tête ?

Opinion

Ce qui, par voie de conséquence, permettra d’éviter d’embarquer inutilement des jeunes vers l’université sans pour autant les rendre productifs.

Publié le 09 avril 2020, Moustapha Camara

En 1960, le Sénégal, à l’instar de la plupart des anciennes colonies d’AOF, accède à la souveraineté internationale. Mais si l’avènement suscitait l’enthousiasme chez les peuples "libérés", il n y avait cependant pas manqué d’esprits chagrins pour prédire un avenir très problématique à tous les pays nouvellement indépendants. Peter Ritner et René Dumont, respectivement auteurs des ouvrages Death of Africa ("La mort de l’Afrique",1960) et L’Afrique noire est mal partie (1962), figurent parmi les tenants de ces idées « afro-pessimistes ». Ils soutiennent, tous les deux, que les jeunes Etats s’en sortiront difficilement.

Une des nombreuses raisons évoquées est l’amateurisme de la plupart des nouveaux dirigeants, obligés de s’improviser dans la gestion étatique. Le manque de vision de ces premiers chefs d’Etat africains, qualifiés de "coloniaux peints en noir", réside dans leur incapacité totale à s’engager dans la voie des réformes visant à démolir, dès les premières années de l’indépendance, les germes du « néocolonialisme » que les colonisateurs avaient laissés sur place à leur départ. Le principal d’entre ces germes, au Sénégal comme ailleurs dans les pays anciennes colonies françaises, est constitué par le système éducatif : l’école. Issue de la réforme d’août 1945 qui faisait suite à la Conférence "pédagogique" de Dakar du 25 au 30 juillet 1944 et dont le but était, selon le Directeur général de l’Instruction de l’AOF, M. Aubineau, de « dispenser à tous un enseignement de qualité », l’école française, à la différence de l’école coloniale qui la précède, était un véritable outil de dépersonnalisation des peuples africains.

La mission primordiale qui lui était assignée consistait, au sortir de la Deuxième guerre mondiale, à détourner les peuples de leur bonne conscience en s’efforçant de réorienter leurs mentalités vers l’amour de la France. Il fallait, par le canal de l’éducation scolaire, susciter chez les Africains un sentiment d’appartenance à la France métropolitaine. A cet effet, l’école devait les assimiler effectivement pour faire d’eux des Européens noirs "civilisés", imbus de valeurs de culture française. Si l’école coloniale avait toujours observé une attitude prudente par rapport à la question de l’assimilation, l’école française, quant à elle, devait former en terre africaine de vrais "citoyens français", dévoués à la mère Patrie.

Cette école avait nettement été conçue à tous ses niveaux structurels pour la société française. Et le type d’Africain qu’elle était appelé à produire, devait être enraciné, non dans la culture de ses ancêtres noirs considérés comme des "barbares", mais dans celle de ses ancêtres d’emprunt, les Gaulois. Toutefois et, a contrario d’une opinion jadis répandue, les enseignements dispensés à l’école française, étaient d’une qualité hautement supérieure et à tous les niveaux (moral, civique, intellectuel, professionnel, etc.). Elle a produit dans tous les pays, au Sénégal comme ailleurs, des hommes de valeur dont les qualités intellectuelles, les compétences et le professionnalisme ont fait la fierté de leurs pays dans tous les secteurs d’activité et dans les organisations internationales.

L’indépendance de 1960, avait plongé cette école dans une situation d’ambigüité. Conçue pour la société française, l’école devait dorénavant s’adresser à une société dont elle a jusque-là ignoré les réalités et dédaigné, puis combattu les valeurs éducatives. Ayant presque déraciné le Sénégalais qui, par la suite, n’avait pas été suffisamment assimilé à la civilisation française, l’école, obligée de devenir "sénégalaise", formait et continue encore de nos jours à former un type de Sénégalais, plongé dans une situation ambigüe de "ni-Sénégalais ni-français", souffrant de toutes sortes de complexes incommodes. Un tel individu, en vérité, ne peut pas être autonome. Il vit des réalités qu’il ne comprend pas, simplement parce qu’il est "éduqué" selon les valeurs d’une société "fictive" dans laquelle il ne vit pas.

Pourtant, dès les premières années de l’indépendance, les dirigeants africains avaient conscience de la situation d’inadéquation du système éducatif avec les préoccupations des peuples fraichement libérés. Manifeste avait été leur volonté de rompre avec l’entreprise de dépersonnalisation assignée à l’école française depuis 1945. Ce fut le motif de la Conférence des Ministres de l’Education nationale des pays africains et malgaches, tenue à Bamako au mois de mars 1965. L’objectif de la rencontre était de repenser les programmes d’enseignement jugés inadaptés et les méthodes pédagogiques inappropriées.

Les nouveaux programmes élaborés à cet effet, n’avaient produit aucun effet escompté pour la raison qu’on ne s’était pas rendu à l’évidence qu’un système éducatif, une école ne se réduit pas uniquement aux programmes d’enseignement. L’école est le cadre de la mise en œuvre d’une action éducative à ses différents niveaux structurels dont le premier est celui des finalités, correspondant à ce qu’on peut appeler la politique éducative d’un pays. Celle-ci est du ressort des pouvoirs publics qui, à travers une loi d’orientation, définissent le profil du type d’homme que l’école doit former. Comment former un type d’homme que désire un Etat?

La réponse est donnée dans un deuxième niveau structurel où l’on se propose de traduire les orientations de la politique éducative en action pédagogique. Ce sont les experts en science de l’éducation, les pédagogues, les administrateurs, les inspecteurs de l’éducation qui interviennent à ce niveau pour traduire l’option des hommes politiques en programmes d’enseignement et de formation. Et, c’est seulement après que, par des méthodes et des procédés, on arrive au niveau de la réalisation de l’action éducative à des moments déterminés, dans des lieux précis et avec des acteurs interactifs dont les enseignants qui doivent être dotés d’une formation initiale adéquate pour une réalisation efficiente des programmes.

On comprend alors pourquoi la Conférence de 1965 n’avait servi à rien. A l’occasion de cette rencontre, les participants auraient dû porter la réflexion sur les niveaux structurels que nous venons d’évoquer pour jeter les bases d’une véritable refonte du système éducatif des pays et bâtir une école capable de répondre concrètement aux attentes des Etats en termes d’éducation, d’enseignement et de formation professionnelle.

En 1969, au lendemain de la crise de mai 68, un projet de réforme de l’école sénégalaise avait été adopté dans le but de la réconcilier avec la société sénégalaise. A cet effet, les autorités étatiques estimaient qu’il était important de "barrer la route aux idéologies importées", identifiées comme un "facteur de déstabilisation et une menace à l’indépendance". Par le canal de l’instruction, il fallait ancrer dans les esprits les grands principes du "socialisme africain", selon les termes du Président Senghor. Cette fois-ci, et pour une première fois depuis l’indépendance, les pouvoirs publics optent pour une redéfinition de la politique éducative de l’Etat, ce qui a conduit à l’adoption de la loi d’orientation n°71-36 du 3 juin 1971, destinée à faire de l’éducation nationale une « éducation sénégalaise et africaine ». L’école doit, dans cette perspective, former un sénégalais enraciné dans sa culture et ouvert au reste du monde.

Cela signifierait à terme, le "retour aux sources", ce qui, naturellement, présuppose un effort d’adaptation de l’école aux réalités sénégalaises en y intégrant, bien entendu, les valeurs morales, les langues, les coutumes de nos ancêtres, les principes d’éducation traditionnelle et les enseignements des chefs religieux. Toutefois, les différents programmes qui se sont succédés entre 1972 et 1978 ainsi que les méthodes pédagogiques qui les ont accompagnés, n’ont pas porté un impact significatif sur la "sénégalisation" et l’"africanisation" de l’école, encore moins sur l’efficacité des méthodes pédagogique et la performance du système tout entier. Et la situation globale de l’école sénégalaise n’a cessé de se dégrader au début des années 80.

C’est ce dépérissement qui, en 1981, avait motivé l’organisation des «états généraux de l’éducation» dont les conclusions n’ont été validées que dix ans plus tard, en 1991, sous la forme d’une nouvelle loi d’orientation : la loi n° 91-22 du 16 février 1991. Cette loi comporte les principes de base d’une refonte totale du système éducatif sénégalais, jugé toujours inadapté avec un enseignement extraverti, des contenus déphasés et des méthodes pédagogiques plus théoriques que pratiques. Le législateur propose une rupture radicale avec cette approche et préconise l’édification d’un système d’éducation qui « lie l’école à la vie, la théorie à la pratique, l’enseignement à la production ».

Nous considérons cette disposition de la loi d’orientation (Titre I, Art.2-1) comme une option d’envergure révolutionnaire, une vision «altermondialiste » de la question éducative, car militant en faveur de l’idée qu’une autre école sénégalaise est possible. Une école qui ne sera plus confinée au rôle d’un simple outil de transmission de connaissances stériles, mais une école au sens legendrien du terme, c’est-à-dire un établissement à la fois d’enseignement, d’éducation et de formation professionnelle. Il s’agit d’une école "défrancisée", adaptée aux réalités sociales, religieuses et culturelles du Sénégal, sans pour autant être en décalage avec les normes internationales d’enseignement et de formation scolaire.

Et, c’est par une symbiose des différents modèles d’éducation (coutumière, arabo-islamique, chrétienne et occidentale) que l’école sénégalaise, débarrassée de toutes les maladies qu’on lui connait aujourd’hui, deviendra performante et efficace, apte à produire un sénégalais de type nouveau, bien ancré dans sa culture et ouvert au reste du monde. Il s’agira dans cette école de former un citoyen autonome et responsable, un intellectuel capable d’analyser des situations, de comprendre les problèmes de sa société et de proposer des solutions idoines. Une telle école sera celle qui éduque, forme et rend tout le monde utile dès l’Elémentaire. Ce qui, par voie de conséquence, permettra d’éviter d’embarquer inutilement des jeunes vers l’université sans pour autant les rendre productifs.

C’est pour éviter de produire des "déclassés", que l’école aura l’obligation de donner un privilège aux sciences, surtout à l’enseignement pratique et à la formation professionnelle de nature à favoriser l’autonomie des individus, capables de prendre des initiatives propres y compris celles qui les amèneraient à promouvoir leur propre auto-emploi et de devenir moins dépendants des emplois qu’offre la Fonction Publique.


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