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Patriotisme : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait encore » (Opinion)

Mis à jour le 26 février 2021, Ramatoulaye Ba
Patriotisme : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait encore » (Opinion)

La jeunesse sénégalaise doit encore plus développer son sens du patriotisme. Ce qui caractérise le mieux l’américain, c’est son amour pour sa Patrie.

«Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait encore», voilà une phrase que mon défunt grand-père aimait à dire. Cette réflexion sonne sinon comme une préoccupation, du moins comme une crainte. Quel avenir entrevoyait donc mon grand-père pour la jeunesse de ce pays ? Une sagesse africaine ne dit-elle pas justement que : «Un vieillard assis peut voir à l’horizon ce qu’un enfant même perché sur un arbre ne peut voir ». Sans doute avait-il peur que cette jeunesse désœuvrée et désorientée, en déperdition et en perte de vitesse, cette jeunesse malsaine comme l’a qualifié à un moment donné un de nos anciens présidents, Abdou Diouf pour ne pas le nommer, ne vit le jour. Cette phrase m’a souvent intrigué et poussé à la réflexion. Maintenant que j’ai grandi, je tente encore de la décrypter et d’en percevoir la teneur.

Ahmadou Hampaté Ba dit que : «En Afrique un vieillard qui meurt est comme une bibliothèque qui brule». Le monde marche et si la vieillesse en constitue le pilier et la mémoire, la jeunesse en est la locomotive. Aussi, il est aisé de dire que : «Quand un jeune meurt, c’est une chaine de cette locomotive qui rompt». La jeunesse c’est le fleuron de l’Humanité. Le plus bel âge. L’âge où les identités et les personnalités, les talents et les génies se révèlent au grand jour.

Au Sénégal, 60% de la population ont moins de 25 ans et 44% ont moins de 15 ans. Ces chiffres m’inspirent une réflexion sur le triptyque Jeunesse-Travail-Développement ou sur ce que devrait être le rôle de la jeunesse dans l’effort collectif de développement national. Au Sénégal, et dans beaucoup de pays au monde, les jeunes sont confrontés au chômage ainsi qu’à tout ce qui peut en découler comme conséquences : désœuvrement, désespoir, pessimisme et envie pour certains, d’émigrer pour trouver ailleurs une source de revenus susceptible de procurer une certaine reconnaissance sociale.

A ce sujet, notre pays a déjà payé un lourd tribut à l’émigration clandestine depuis que des jeunes ont entrepris de migrer vers l’Europe à bord de maigres pirogues. «Barça wala Barsakh» (Barcelone ou la mort), le slogan de cette frange de la jeunesse, défaitiste et déraisonnée qui ne parvient pas encore à mesurer les enjeux qui existent à participer soi-même à l’essor de son propre pays. Pourquoi tenter de regagner l’Occident à bord de frêles embarcations et risquer de trépasser sur les rives des Iles Canaris ? L’émigration n’est pas un idéal mais plutôt une option. L’idéal étant de concourir à relever les nombreux défis du développement et de trouver l’épanouissement total sur place ici au Sénégal.

Le premier frein au développement est assurément une jeunesse apatride, qui ne cultive pas l’amour de la Patrie et qui choisit de s’exiler pour aider à la construction d’autres contrées au grand détriment de la terre qui l’a vu naitre. Voyager c’est bien. Cela permet de s’ouvrir aux autres et de capitaliser des expériences mais il faut aussi savoir en tirer le meilleur. Dans sa Sunnah (Tradition prophétique), Mohammed (SAW) recommande d’ailleurs « d’aller chercher le savoir, la connaissance quitte à aller jusqu’en Chine »…mais à condition de revenir pour servir son pays, c’est un sine-qua-none. Nous avons de bonnes et valables raisons de combattre l’émigration sous toutes ses formes.

En effet, pourquoi accepter de faire en Europe des tâches et métiers que l’on rechigne à faire chez soi ? Il est vrai qu’un modou-modou, comme on appelle affectueusement nos parents émigrés, peut gagner plus qu’un haut fonctionnaire sénégalais et c’est sans doute cela qui fait rêver ceux qui sont restés au pays. Par ailleurs, ce que je trouve dommage, c’est qu’au moment de rentrer au bercail, nos compatriotes qui travaillent dans les usines à l’étranger préféreront importer au Sénégal, des containers de produits qu’ils ont eux-mêmes fabriqué pour en faire le commerce, alors qu’il serait peut être plus rentable à grande échelle, d’en importer la «matière grise», la technique de fabrication.

La jeunesse sénégalaise doit encore plus développer son sens du patriotisme. Ce qui caractérise le mieux l’américain, c’est son amour pour sa Patrie. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’on parle de citoyenneté plus que de nationalité américaine. Et à ce niveau, il est plus question d’Instruction Nationale que d’Education, l’éducation étant l’apanage de la Cellule Familiale.

Il devient donc une nécessité pour l’Etat ainsi que ses démembrements concernés, d’aider les jeunes à s’organiser et à se structurer par une politique d’emploi centrée sur la formation professionnelle mais aussi et surtout sur la qualification aux métiers, faire en sorte qu’il existe une adéquation entre les filières enseignées et les besoins du marché de l’emploi et les objectifs de développement. A ce stade de la vie sénégalaise, la jeunesse doit répondre à des besoins de structure plus qu’à des besoins de conjoncture. Les jeunes doivent accepter certes de se former et de se diplômer mais ils doivent aussi se qualifier. Au Sénégal, la Fonction Publique peine à absorber toutes les demandes. L’Offre est inférieure à la demande et il convient donc d’orienter les jeunes ailleurs. Tout le monde ne peut pas occuper une fonction bureaucratique. Il devient une nécessité d’orienter les jeunes vers les secteurs que sont l’agriculture, l’élevage, la pêche, le commerce, l’industrie et l’entreprenariat leviers économiques incontournables pour booster la croissance économique.

Le Sénégal est une grande société de consommation alors qu’il peine à asseoir son autonomie au plan alimentaire, technologique et dans bien d’autres domaines. Il serait judicieux que l’Etat et les Collectivités locales mettent en place des « Centres de Métiers » dans toutes les Communes et Localités du pays, pour que les jeunes diplômés ou non qui le souhaitent de se qualifier aux techniques de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche, de l’industrie avec le concours de l’expertise étrangère. Les jeunes feront surement preuve de volonté et d’adhésion à une telle dynamique mais à charge pour l’Etat d’accroitre le foncier agricole, industriel, pastoral, commercial etc…pour qu’au sortir de leur formation les jeunes puissent avoir assez d’espace pour créer et entreprendre et monter leurs propres entreprises.

Au Sénégal, plus de 90 % des entreprises sont la propriété ou sont gérées par des étrangers ou des binationaux. Ce pourcentage peut être assez frustrant quand on veut défendre les valeurs nationales. A ce sujet, on accuse à tort ou à raison les pouvoirs publics de favoriser les étrangers mais c’est une iniquité pour ne pas dire injustice et il est temps que les nationaux soient davantage impliqués dans les investissements.

Mon intime conviction est qu’il n’existe pas de pays assez fort ni assez parfait pour faire de grands hommes mais il existe de grands hommes pour faire de grands pays. Nous avons plus que jamais besoin de bras valides pour forger notre destin national. La jeunesse ne doit pas baisser les bras ni chercher des raccourcis. « Seul le travail paie » quelqu’un l’a dit et ce n’est pas avec une jeunesse « oiseuse » qui en exige plus des autres qu’elle n’en exige à elle-même que l’on arrive à quelque chose.

La jeunesse doit faire de l’auto saisine. Apprendre à s’en sortir pour elle-même d’abord. Dans ses enseignements, le vénéré Cheikh Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul prône le « Niaxx Jarignou » (travailler à la sueur de son front pour subvenir à ses besoins). Cette doctrine est curieusement assez analogue du modèle américain et des pays les plus avancés économiquement parlant. Quand un américain dit « Time is money » (le temps c’est de l’argent), ce n’est pas par manque d’humanisme mais c’est surtout un état d’esprit, un « modus vivendi » (mode de vie).

Chaque jeune doit se sentir investi d’une mission. C’est là que toute existence devrait trouver son sens. Se rendre utile et se dévouer à sa Communauté et par extension à la Communauté mondiale, par la Recherche, la Création, l’Invention, la Sensibilisation, suivant le domaine dans lequel on évolue. J’interpelle les médias et le patronat sénégalais à cerner d’avantage leur rôle dans le processus de développement.

Les médias et les entreprises ont une mission d’orientation à mener auprès de la jeunesse afin de cultiver l’excellence. Il suffit de regarder nos chaines de télévision pour en faire la remarque, les programmes audiovisuels les plus sponsorisés tourne autour de la lutte, le théâtre, la musique, le football. Ces activités doivent constituer des loisirs et des moments de détente et on ne saurait avoir la prétention de faire du ludique un métier. Chez nous, ces activités drainent du monde et ont un fort taux d’audience c’est vrai et cela rapporte un bon retour sur investissement et une bonne visibilité pour les entreprises qui décident de faire de la publicité mais mon humble avis est que les entrepreneurs doivent aussi sponsoriser la Recherche, l’Enseignement et la Formation. Cela participerait beaucoup au travail d’éducation que nous devons entreprendre pour avoir une jeunesse de valeurs et de probité.

Comment aider à la promotion d’un nouveau type de sénégalais et d’un nouveau type d’africain ? En réformant par exemple les systèmes et programmes d’enseignement dispensés dans nos écoles et universités. Faire connaitre aux africains leur histoire, leurs penseurs, leurs chercheurs... Inculquer aux jeunes africains l’amour de leurs terroirs. Faire en sorte qu’ils puissent s’enorgueillir et être fiers de leurs écoles, de leurs universités, de leurs hôpitaux. Faire en sorte qu’ils ne puissent pas penser que l’Afrique n’a rien à leur offrir. Fixer les africains chez eux. La Renaissance Africaine, puisqu’il faut en parler, n’est rien d’autre qu’un changement de mentalité : penser, agir et consommer local. Une belle réponse à l’ « afro-pessimisme ».

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait encore !!! Vous, jeunesses sénégalaise et africaine, prenez-vous en main avant que ne sonne le glas de la retraite. La vieillesse c’est le savoir mais la jeunesse c’est le pouvoir. Il existe un âge pour tout mais ce qui est sûr, c’est que l’on a jamais une seconde jeunesse. Cela ne tombe pas du ciel, les pays les plus développés le sont par leur amour du travail. Le « Yonu Yokkuté » c’est le Culte du Travail, « The sense of pride in the job well done».

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sourboti
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