person_outline Me connecter close
Fermer
search
Recher.
menu
Menu

Vous
EN
English

groupRejoignez le Club.
Vous allez adorer Seytoo !


Accueil
share
@

Partager
arrow_back
Retour
OPINION - Une histoire de l’Etat et de la démocratie en Afrique, par Popok - SEYTOO.COM
save

Enregis.
share
@


Partager

Une histoire de l’Etat et de la démocratie en Afrique

Opinion

Et l’on peut constater indéniablement que le culte des morts est toujours au cœur des institutions et pratiques culturelles négro-africaines.

Publié le 28 mars 2020, Popok

Si la démocratie consiste en la création par une multitude humaine d’une société politique autonome, fondée en soi et pour soi; alors l’Afrique Noire possède une expérience démocratique déjà millénaire avant son agression par l’Europe. Par conséquent, si une question de démocratie se pose aux Africains d’aujourd’hui, c’est essentiellement dans cette histoire politique millénaire qu’ils devraient en puiser les éléments de réponse adéquats ; plutôt que de verser dans un mimétisme amnésique d’expériences politiques étrangères.

C’est indubitablement dans les décombres de l’Afrique ancienne qu’il faut rechercher les matériaux essentiels de la refondation sociopolitique de l’Afrique à venir ; évidemment en pleine conscience des circonstances actuelles dites de la mondialisation, qui consistent surtout en l’occidentalisation du monde. Mais encore faut-il que nous apprenions à connaître et comprendre notre propre histoire politique « précoloniale ».

L’Etat, une réalité millénaire en Afrique

On appelle « Etat » un complexe de personnes morales de droit public ayant en charge la destinée collective d’une multitude humaine constituée en société politique sur un domaine géographique de souveraineté. En dépit des élucubrations négrophobes de Jean-François Bayard ou de l’eurocentrisme obtus de Sofia Mappa, l’expérience africaine de l’Etat et de la démocratie est plurimillénaire ; depuis T3 Sti jusqu’à Mwene Mutapa, en passant par Koush, Wagadugu, Kongo-dyna-Nza, etc. Dans « L’Afrique Noire précoloniale », Cheikh Anta Diop a ouvert la voie à une connaissance historiographique approfondie des caractéristiques politiques générales de cette longue expérience de l’Etat en Afrique. Mais c’est Alain Anselin qui a entrepris une brillante généalogie politique de l’Etat africain, particulièrement à travers sa « lecture africaine de l’Egypte nagadéenne ».

De même que le phénomène de l’Etat est millénaire en Afrique, de même il existe un discours africain sur ce phénomène qui est paradigmatiquement différent des traditions européennes de philosophie politique. Il importe d’avoir conscience de cette dualité paradigmatique si l’on veut traiter d’Etat et de démocratie en Afrique, sans se fourvoyer dans la répétition servile de discours hétérodoxes stériles pour ce propos.

« L’Homme est un loup pour l’Homme »

Dans son ouvrage majeur intitulé « Le citoyen ou les fondements de la politique », Thomas Hobbes expose ce qui selon lui fonde la politique. Un texte qui en ferait le « fondateur de la philosophie politique moderne », d’après certains commentateurs. Selon Hobbes, rien ne dispose naturellement les hommes à se constituer en société politique. Toutefois, ils sont contraints par la « droite raison » à constater que « l’état de nature » est en puissance un état de « guerre perpétuelle » de tous contre tous : « avant que les hommes se fussent mutuellement attachés les uns aux autres par certaines conventions, il était permis à chacun de faire tout ce que bon lui semblait contre qui que ce fût, et chacun pouvait posséder, se servir, et jouir de tout ce qui lui plaisait. »

Cette situation du droit de chacun sur tout conduit inéluctablement à la guerre. Mais la « droite raison », qui en l’homme entend les voix de la nature, permet de prendre conscience de cette menace qu’encourt le droit à la vie, un droit naturel dont dispose l’homme en tant qu’être vivant. La crainte de cette menace, de la possibilité d’une « guerre perpétuelle », pousse les hommes à entrer en société, en contractant des « alliances et des ligues soutenues par des articles qu’on a dressées et cimentées par une fidélité qu’on s’est promise ». La société politique de Hobbes n’existe donc que parce qu’elle est explicitement voulue, jugée utile à l’épanouissement du droit naturel, du droit de vivre, qui ne peut s’exercer adéquatement que dans la paix.

Pour autant, ce qui caractérise la société c’est moins le fait qu’elle soit voulue que le fait qu’elle soit nécessaire, « à cause de la nécessité que nous avons les uns des autres ». Toutefois, l’auteur préfère voir en la société un acte de volonté librement consenti, même si de fait elle est nécessaire, c’est à dire qu’elle ne peut pas ne pas être, et n’a donc pas besoin d’être expressément voulue pour être. Ce biais semble provenir de l’opposition nature/société abusivement réduite à l’opposition guerre/paix, où l’état de nature serait un état de guerre et l’état de société, un état de paix. Or l’expérience montre qu’aussi bien la paix que la guerre sont des produits de l’échange sociétal, et qu’en particulier les guerres n’ont jamais été aussi nombreuses et destructrices que depuis la multiplication et l’élargissement des échanges sociétaux.

Ainsi, non seulement l’homme à l’état de nature de Hobbes n’existe pas, mais à supposer qu’il existât, il ne peut être caractérisé par une prétendue propension à faire la guerre plus que la paix, c’est-à-dire à se détruire plutôt qu’à se construire. Certes, là où il n’y a pas d’alliance il y a la guerre en puissance, mais l’alliance n’exclut pas la guerre ; pas plus qu’elle ne garantit perpétuellement la paix. Où l’on peut voir que « les fondements » de Hobbes sont bien loin d’épuiser les questions du pourquoi et du comment de la politique, en Occident même où ces questions se sont posées à l’auteur, a fortiori en Afrique dont il ignore tout de la tradition politique millénaire. Or, c’est cette tradition africaine qu’interroge Alain Anselin, dont il extrait que « le Guide des morts est le Père des rois ».

« L’Homme est un remède pour l’Homme »

La réflexion politique d’Alain Anselin se veut plus concrète, s’appuyant sur des documents (archéologiques, linguistiques, etc.) attestés pour tenter de comprendre le processus historique réel (et non fictionnel) ayant amené les hommes en Afrique à se constituer en société politique :

A la fin du Nagada I, vers -3700 / -3500, les établissements humains installés au carrefour des routes et des fleuves sont déjà centralisés autour des « aînés », vers qui l’affluence des offrandes destinées aux cultes des ancêtres qu’ils gèrent les constitue en ressources de pouvoir – en tribut. […] Le contrôle des cultes et de leur logistique assoit le pouvoir de dynasties de lignages aînés […] Les cultes des ancêtres qui clé-de-voûtent les sociétés villageoises, et fournissent leur paradigme au contrôle des cités naissantes au carrefour des routes et des rivières, mobilisent la céréaliculture sur la production d’offrandes funéraires nécessitant des récipients, jarres, bols, cruches, tables d’offrandes, et des ateliers et des artisans à une échelle qui dépasse celle des villages – et exige le développement de l’agriculture et ses surfaces, le recul de la pêche et de la chasse comme mode de production. C’est de ces centres cultuels et « commerciaux » que partent les biens de consommation funéraires, et avec eux, les idées du pouvoir et des dieux qui s’y élaborent, destinés à des centres, à des sociétés et à leurs « aînés », que leur moindre importance clientéliste peu à peu.

En Afrique, la sédentarisation est attestée depuis environ 10000 ans avant notre ère. Et tout se passe comme si des hommes, d’abord tous nomades, vont progressivement se rassembler autour de complexes funéraires, s’organiser auprès de tombes d’illustres aînés disparus ; qui deviendront plus tard « Ancêtres[9] » à l’issue de longs cheminements rituels. Le processus historique négro-africain de socialisation est donc originellement une tentative humaine pour « apprivoiser » la mort, c’est-à-dire la conséquence d’un élan spontané de solidarité entre (sur)vivants, en vue de surmonter cet événement tragique qu’est la mort. Et l’on peut constater indéniablement que le culte des morts est toujours au cœur des institutions et pratiques culturelles négro-africaines.

Or, qui sinon l’Aîné peut le mieux assurer les prestations d’intermédiation entre les vivants et les morts : par son grand âge, il a démontré sa viabilité, son intelligence et autres capacités à vivre le plus longtemps ; ce en quoi il est exemplaire pour les autres vivants. Et par ce même grand âge, l’Aîné est le vivant le plus près de la mort, partageant avec elle une intimité quasi-quotidienne, qui le fonde à communiquer avec ceux qu’elle a déjà accueillis. Ainsi, se retrouvant au cœur de la socialisation, l’Aîné va aussi se retrouver au carrefour de la circulation des biens, services, personnes, idées, valeurs, etc. Et cette position sociale nodale va lui procurer un pouvoir simultanément, ontologiquement, religieux et profane – spirituel et matériel.

En conséquence, aux fondements de la politique en Afrique, il n’y a pas la prise de conscience craintive de ce que « l’homme est un loup pour l’homme », il y a le libre rassemblement des uns avec les autres, en vue de s’imprégner profondément (du sens) de la vie, c’est-à-dire de mieux appréhender (le sens de) la mort : l’homme est un remède pour l’homme face à la mort !

Ainsi, l’examen des données archéologiques et linguistiques disponibles a permis à Alain Anselin de montrer qu’en Afrique, il y a plusieurs millénaires, des hommes se sont mis ensemble pour faire société à partir de préoccupations d’ordre radicalement spirituel : l’instauration de liens « invisibles » (spirituels, sentimentaux, affectifs, mémoriels, etc.) réguliers, voire permanents, entre les vivants et les morts. Par là-même, ces hommes ont conçu la vie comme procédant des interactions entre le vivant et le non-vivant ; comme l’énergie que dégagent lesdites interactions. Si bien que faire société, en Afrique, cela revient fondamentalement à se rassembler, en vue de gérer au mieux collectivement l’énergie-vie ; c’est-à-dire le produit des interactions vivant-mort : la mort est l’événement catalyseur des processus historiques négro-africains de socialisation. La société négro-africaine originelle est d’abord une société spirituelle, religieuse ; qui pour vivre sa spiritualité va se pourvoir en infrastructures organisationnelles et autres ressources matérielles, dans le cadre d’une économie inaugurale dite « «économie funéraire ».

Dans cette conjoncture des origines de la socialisation, « le Guide des Morts » est le leader social par excellence, et c’est un Aîné, Prêtre, Sage. Ainsi, en Afrique « précoloniale », le Chef de l’Etat est d’abord un leader spirituel, un intermédiaire entre les Ancêtres et leurs descendants ; c’est-à-dire un véritable expert dans la connaissance (scientifique) approfondie des interactions vivant-mort : un Grand-Initié. Cette dimension consubstantiellement spirituelle/cultuelle de l’activité politique est une des caractéristiques majeures de l’histoire politique millénaire de l’Afrique[10]. Elle distingue radicalement l’expérience politique africaine de celle de la Renaissance européenne surdéterminée par la « séparation » de l’Eglise et de l’Etat-nation. C’est aussi par son prisme que l’on comprend mieux à quel point le monde politique nègre a été profondément impacté, depuis le VIIè siècle, d’une part par l’irruption de l’islam au Bilal-el-Sudan des Mansa Manden ; d’autre part par la conversion au christianisme des Mwene Kongo.


Partagez votre commentaire...



Dans la même rubrique



Nous vous recommandons

Seytoo
Life
Seytoo
Africa
Seytoo
TV
Seytoo
News
Seytoo
Club



À propos| Contacts| Confidentialité| Seytoo.App|English

© 2020, Seytoo, tous droits réservés. Seytoo n'est pas responsable des contenus provenant de site web externes et/ou publiés par ses visiteurs.