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À quoi ça ressemble de passer une soirée avec des prostituées ?

Société et vie personnelle

« Tu auras ce que tu veux, c’est notre boulot »... « Il voulait à tout moment coucher avec moi et j’étais tout le temps fatigué »

Mis à jour le 30 octobre 2020, Cédric-Soledad Urakeza, IWACU
À quoi ça ressemble de passer une soirée avec des prostituées ?

Un journaliste d’Iwacu s’est fait passer pour un client et s’est rendu dans un bar qui sert de maison de passe. Il raconte.

Vers 21 heures, je quitte, avec le chauffeur de garde, la rédaction d’Iwacu. Direction : Quartier Industriel. Je vais vers ce bistrot/Guest house.

A l’arrivée, toutes les chaises du cabaret sont vides. Je n’entends que les voix des serveurs. Je leur demande si c’est toujours ouvert et si je peux trouver deux filles pour « m’amuser. » Réponse affirmative. « Cherche une personne du nom de C. et tu auras tout ce que tu veux », me lance à voix basse une sentinelle.

A l’intérieur, on trouve d’un côté un espace couvert par des tôles où sont installés les chaises, les tables et un comptoir. De l’autre, encore des chaises placées dans une sorte de case subdivisée en petits compartiments, séparée par des murs d’un mètre de hauteur. Le reste de la parcelle est occupé par des chambres.

« Tu auras ce que tu veux, c’est notre boulot »

Je me sens un peu gêné. Dépaysé. C’est ma première « recherche » d’une prostituée si je peux dire ainsi. En plus, je veux une mineure…

Nerveux, j’allume une cigarette pour déstresser un peu et décide de m’asseoir dans un des compartiments dans la grande case.

Un serveur se présente devant moi pour la commande. Bon buveur que je suis, je lui demande une Amstel bien froide. A son retour, je lui fais un clin d’œil pour qu’il s’approche. « C’est toi C. ? », lui demande-je. Au lieu de répondre il veut savoir ce que je cherche exactement. Sans hésiter, je lui décris le genre de filles qui pourraient m’intéresser : belles, entre 12 et 16 ans et qui savent bien « s’amuser » avec un homme.

Captivé, le serveur prend une chaise et s’assied à côté de moi. « Tu auras ce que tu veux, c’est notre boulot », me rassure-t-il en me demandant mille francs pour recharger son téléphone pour les contacter.

Mon enquête s’annonce bien et je continue à siroter ma bière mais avec un peu d’appréhension. Je me demande comment je vais m’y prendre…

30 minutes après, le serveur décroche son téléphone. Surprise. Il me dit de payer 6000 Fbu pour leurs déplacements. J’accepte et le serveur me ressert une autre bouteille en attendant les filles.

Le serveur me précise qu’elles pourraient me demander 30 à 40 mille Fbu pour la nuit. Soit tu marchandes avec la fille directement ou tu passes par les serveurs. Je marchande avec le serveur et nous tombons à 15 mille Fbu chacune. Quant aux chambres, il y a celles de 6000, 10000, 15 000 Fbu, …

Il est 22 h 30, j’entends un bruit de moteur d’une moto. Une des deux filles arrive en premier. En zigzaguant, elle s’approche de ma table, me salue et s’assied sur une chaise.

Elle a 16 ans et porte un jeans, « taille basse » comme on les appelle, une chemise rayée, des cheveux naturelles. Elle a apparemment une gueule de bois, ses yeux sont presque fermés. Elle sourit tout le temps sans raison. Elle est visiblement ivre. Elle dégage une odeur bizarre. Je me dis que son odeur me gênerait vraiment si j’avais l’intention de passer la nuit ou quelques heures avec elle…

Je discute un moment avec elle pour savoir qui elle est et d’où elle vient. 23 h 15 minutes, la deuxième « commande » débarque d’un taxi.

Elle porte une mini jupe noire avec un petit chemisier de couleur rose et porte des tresses. Elle est différente de la première. Celle-ci est rwandaise, 17 ans, joyeuse elle aussi, elle pousse des cris de rires tout le temps.

Avant de s’asseoir, elle me donne une bise sur la joue. Elle sent bon et sait mieux se tenir devant un client. J’ai une bonne impression d’elle. Je lui demande comment elle va, elle me répond ‘’Ni byiza’’ avec un accent rwandais.

« Il voulait à tout moment coucher avec moi et j’étais tout le temps fatigué »

Plus on discute, plus les heures avancent. Je décide de passer à l’étape suivante et je leur demande qu’on aille dans la chambre.

La chambre est petite, mais suffisante pour nous trois. Elle est équipée d’un lit et d’une petite table. Il m’a fallu 10 minutes pour lancer quelques blagues avant de dévoiler ma vraie identité.

Surprises, l’enthousiasme sur leurs visages disparaît et laisse place à la méfiance. Je vais déployer tous mes talents de séducteur pour les mettre en confiance. Argument massue (que je respecte) elles ne seront pas nommément citées dans l’article. Finalement, elles décident de parler.

« Coup pressé »

La Rwandaise raconte, sans gène, que c’est un ancien ministre burundais, qui travaille aujourd’hui dans la diplomatie, qui lui a promis une vie meilleure si elle quittait son pays. Orpheline de père et de mère, il lui payait ses études et celles de ses frères vivant au Rwanda.

Ils se sont rencontrés, trois ans déjà, dans un hôtel appartenant à l’Eglise catholique. Lui, était en mission pour une semaine et elle fréquentait une école sous convention catholique qui est jumelée avec l’hôtel. Arrivée à Bujumbura, elle est inscrite à l’Ecole X. « Il voulait à tout moment coucher avec moi et j’étais tout le temps fatiguée. Je ne pouvais pas suivre correctement les cours », témoigne la jeune fille. Nous entretenions, ajoute-t-elle, les rapports sexuels n’importe où : dans sa voiture à vitres fumées, dans le jardin derrière où à l’intérieur de sa maison,… Par après elle abandonne l’école, quitte la maison du diplomate et décide de travailler en solo. L’ancien ministre coupe la relation, se désiste de continuer à payer les études des frères de la fille. « Si je ne trouve pas un autre travail décent, fait-elle savoir, je ne peux pas abandonner la prostitution. Ça me permet de continuer à payer les études de mes frangins. »

Quant à la deuxième fille, originaires de Bukeye, elle a décidé de descendre sur Bujumbura parce qu’elle ne s’entendait pas avec sa famille. Il y a quatre ans de cela. Elle a été accueillie par une de ses familles dans le quartier Mutanga nord. « Je n’étais pas libre de mes mouvements et j’ai décidé de fuguer pour être libre », avoue-t-elle. Dans sa nouvelle vie, elle a mis au monde une fille mais c’est la famille du père qui la prend en charge.

Ces filles racontent qu’elles ont pendant la semaine, un ou deux clients par jour. Le weekend 4 à 5 clients. Le prix d’une « pipe » (sexe oral), varie entre 2000 et 5000 Fbu, un « coup pressé » entre 10 et 15 mille et si c’est toute la nuit, la facture s’élève à 25 000 ou plus.

Ces deux filles racontent qu’il arrive qu’un client demande de les sodomiser mais que pour la plupart du temps elles refusent. Elles reconnaissent qu’elles ont déjà vécu ce fantasme.

La fille de Bukeye dit que si elle trouve un boulot qui est bien payé, elle arrête tout. Comme convenu, vers 1 h 30 du matin, chacune des filles rentre avec 15 000 Fbu et je quitte l’hôtel pour rentrer à la maison. Les filles sourient, elles me disent partir heureuses de « gagner autant d’argent sans travailler. »

Prostituée par choix ou nécessité ?

Les raisons qui amènent les jeunes filles vers la prostitution sont différentes. Iwacu a trouvé trois catégories de prostituées.

Notre enquête montre trois catégories de prostituées. Il y a celles filles qui viennent de l’intérieur du pays pour chercher du travail domestique à Bujumbura. Lorsqu’elles ne s’en sortent pas, elles trouvent refuge dans les différents quartiers populaires et souvent finissent sur le trottoir.

Une autre catégorie de filles est issue des familles vivant des situations familiales compliquées : divorce, pauvreté, veuvage, mésentente entre les parents et les enfants… La plupart de ces jeunes filles justifient leur comportement : payer les études, fuir la tension familiale.

Enfin, la dernière catégorie est celle de jeunes filles des familles plutôt aisées. Elles aiment faire la fête, ‘Ikirori’ comme elles disent, fréquentent de bons restaurants, mettent de beaux habits. Elle disent « profiter du moment présent » et adorent une vie de haut standing et de liberté en trompant la surveillance des parents. « La drogue, les alcools forts sont au rendez-vous, c’est la pure délinquance », juge Christine Sabiyumva, Commandant de la police de mœurs et de la protection de mineurs.

« Nous recevons en moyenne 18 plaintes par mois »

Le phénomène de détournement des mineurs s’est amplifié ces 5 dernières années, indique David Ninganza, chargé de la communication à la Solidarité de la jeunesse chrétienne pour la paix, l’enfance et l’éducation contre le SIDA (Sojepae). Selon lui, il y a un réseau de riches hommes d’affaires et de cadres de l’Etat et de la police qui se livrent à grande échelle à ces pratiques. C’est un réseau national bien organisé sur tout le territoire national, raconte-t-il. Les filles sont entraînées par des « commissionnaires » qui y trouvent leur compte. « Nous recevons en moyenne 18 plaintes par mois des mères dont les enfants ont disparu depuis une ou plusieurs semaines. D’autres parents nous disent que leurs enfants ramènent de grosses sommes d’argent à la maison et ignorent la provenance », confie encore David Ninganza. D’après lui, les filles sont recrutées par des intermédiaires qui se rendent sur le terrain :lycées, universités, quartiers…

Dans les registres de la police des mineurs, ces filles ont entre 14 et 17 ans. La Sojepae précise qu’elles fréquentent tant les écoles secondaires privées que publiques (Lycée du lac Tanganyika, Lycée Vugizo, Lycée de l’Unité, Ecole de l’Horizons,…). Cette association affirme que les filles sont originaires de toutes les communes de Bujumbura mairie (Nyakabiga, Kinindo, Kibenga, Musaga, Rohero, Ngagara, Bwiza, etc).

Par groupe dans des maisons privées ou des hôtels…

Toutes les provinces du pays sont également concernées. Les changeurs de monnaie, eux aussi, témoignent que plusieurs filles mineures sont leurs clients. « Elles viennent, assises dans un taxi sur la banquette arrière, par groupes de deux, trois ou quatre, affirme l’un d’entre eux. C’est le chauffeur qui s’occupe de changer les devises pour plus de discrétion. »

A l’issue de nos enquêtes, précise David Ninganza, nous retrouvons ces filles rassemblées par groupe de 3, 4 et même plus, dans des maisons privées ou de passage, dans des hôtels. D’autres filles, préfèrent entretenir ces rapports dans des « chambres mobiles », c’est à dire véhicules privés à vitres teintées. « Le propriétaire gare sa voiture dans un bistrot, par exemple, et ses clients, adultes en compagnie des filles mineures, s’installent à côté et passent la commande. A tour de rôle, ils entrent pour faire leurs trucs. Personne ne se rendra compte de ce qui est entrain de se passer. »

Et pourtant, l’article 89 section 2, chapitre II, du nouveau code de la route, stipule que toutes les vitres, y compris celles du pare-brise, doivent être en substance transparente de telle sorte que la visibilité soit assurée au conducteur sans effort particulier (…), ni aucune modification notable de leur couleur. M. Ninganza estime que la personne qui s’arroge ce droit de teinter les vitres doit être très influente.

Des coupables appréhendés aussitôt relâchés

La Sojepae constate que la police fait rarement des descentes dans les grands hôtels. Et même quand des personnes sont appréhendées, il s’avère que le plus souvent ce sont des hauts cadres de l’Etat, des officiers haut gradés de la police. Ils ont un privilège de juridiction, regrette David Ninganza.
Il arrive que la Sojepae travaille de concert avec la police pour pister et arrêter les coupables. Quelques jours au cachot de la police des mineurs, ils sont relâchés.

Pourtant, le Code pénal Burundais sévit très fort sur ceux qui se rendent coupables. Agents et OPJ de l’unité de police des mineurs, déplore la Sojepae, sont peu nombreux pour mener à bien leur mission : « Elle doit avoir une grande dimension pour agir sur tout le territoire du pays ou créer une brigade spéciale en formant les policiers », propose David Ninganza.

La police des mineurs fait savoir qu’un plan d’action est en train d’être mis en place pour sensibiliser les policiers à bien jouer leur rôle.

Des dossiers sont instruits au parquet sans passer par la police

Christine Sabiyumva, commandant de l’unité de police des mineurs et de la protection des mœurs, raconte que les enquêtes sur le détournement des mineurs occupent la majeure partie de leur temps. « C’est délicat de traiter ce genre de phénomène, reconnaît-elle. Au sommet du réseau nous nous heurtons à des personnes qui se sont enrichies grâce à ce commerce et capables de brouiller les pistes. » Depuis janvier, elle affirme n’avoir transmis qu’un seul dossier concernant le détournement des mineures au parquet.

Valentin Bagorikunda, procureur général de la République, indique que d’autres dossiers sont instruits au parquet sans passer par la police. « Nous sanctionnons tous les coupables qui qu’ils soient », assure-t-il.


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