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Société et style de vie

Attention à la colère d’une femme trahie ! : « La vieille qui marchait dans l’amer. »

24 octobre 2021, Seytoo
Attention à la colère d’une femme trahie ! : « La vieille qui marchait dans l’amer. »

Tout d’abord outrés et sous prétexte de protéger leur ami, les habitants de Colobane rejettent cette offre inacceptable : « Nous sommes en Afrique mais la sécheresse n’a pas encore fait de nous des sauvages ! » s’indignent-ils devant les ricanements.

Depuis 30 ans la petite cité de Colobane, endormie dans la chaleur poussiéreuse du Sahel est plongée dans la misère et la famine. Lorsqu’est annoncé après 30 ans d’absence le retour au pays de Linguère Ramatou, devenue multi-millionnaire, la ville se met en émoi et entrevoit des jours meilleurs, espérant que le retour de cette vieille dame « plus riche que la Banque Mondiale » va relancer leur économie et changer le paysage. Linguère, majestueuse, vêtue de noir et d’or, arrive accompagnée de sa cour. Elle est accueillie comme une reine par une délégation officielle et la foule en liesse montrant « la tendresse d’une ville qui retrouve son enfant », et déclamant à la vieille un discours pompeux dans lequel, sournois et intéressés par ses largesses, ils chantent sa bienveillance et ses louanges.

Malheureusement pour eux, Linguère n’est pas revenue pour le plaisir mais pour un motif plus séditieux. Elle propose en effet aux habitants de Colobane un marché très simple : elle leur offrira 100 milliards de francs à une condition : que son ancien amant, l’épicier local et futur maire Draman Drameh, soit condamné à mort pour l’avoir autrefois trahie. En 1945, lors d’un procès en paternité, Draman avait réfuté être le père de l’enfant de Linguère et avait produit lors du procès deux faux témoins prétendant avoir couché eux aussi avec la jeune fille. Linguère fut donc humiliée, marquée au fer par le jugement du tribunal et dut fuir la village, s’adonnant à la prostitution et perdant son bébé, avant de faire fortune bien des années plus tard. Aujourd’hui, la vieille dame est bien décidée à laver son nom jusqu’à ce qu’il redevienne pur. A celui qui a choisi sa vie d’épicier fauché et lui a imposé la sienne, elle ne laisse qu’une alternative : la mort.

Tout d’abord outrés et sous prétexte de protéger leur ami, les habitants de Colobane rejettent cette offre inacceptable : « Nous sommes en Afrique mais la sécheresse n’a pas encore fait de nous des sauvages ! » s’indignent-ils devant les ricanements de la vieille qui leur dit « j’attendrai. » Et puis… Appâtés par les milliards, les bonnes gens de Colobane vont dès lors changer d’attitude vis à vis de Draman. Petit à petit, de la manière la plus insidieuse qui soit, ces « hyènes » vont tenter de faire comprendre à Draman qu’il est temps de prendre ses propres responsabilités et, sans se salir les mains, vont tenter de le convaincre que son suicide est sans doute la meilleure solution pour tout le monde. Craignant pour sa vie, Draman va chercher de l’aide à la mairie, à la police, criant à la provocation au meurtre… mais tout le monde lui tourne le dos.

Comme souvent dans les œuvres de Dürrenmatt (dont la pièce « La Visite de la Vieille Dame » est adaptée ici pour la deuxième fois au cinéma après The Visit (1964), de Bernhard Wicki, avec Ingrid Bergman et Anthony Quinn), le concept de responsabilité est évoqué de fond en comble : comment y échapper et comment tout en manipulant son voisin la rejeter sur celui-ci… Conte cruel sur la lâcheté, l’avarice et la corruption, fable féroce sur le pouvoir de l’argent, métaphore de l’Afrique dépendante de l’aide occidentale, Hyènes montre avant tout l’hypocrisie présente de chaque bord : celle des habitants bien entendu mais aussi celle de Draman et ses erreurs passées, sans oublier la duplicité présente également dans les attitudes doucereuses de la vieille dame intéressée uniquement par sa vengeance.

La scène finale en particulier s’avère si cruelle qu’elle en devient drôle. Il faut voir la foule inquisitrice de Colobane s’apprêtant à lyncher Draman tout en chantant bien haut à qui veut l’entendre que « C’EST POUR LA VERITE, PAS POUR L’ARGENT », convaincus du bien fondé du sacrifice de leur « ami ».

Comme le répète Linguère avant de savourer sa victoire, « Le monde a fait de moi une putain. Je veux faire du monde un bordel. » Son plan cruel mis à exécution, Linguère révèle les habitants de Colobane pour ce qu’ils sont vraiment : des hyènes qui, tel ce vautour tournoyant au-dessus de Draaman pendant tout le film, attendent juste de récupérer les morceaux.

Jo
Jolofman

Ce fut un excellent film qui suscite beaucoup de reflexion.

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