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Comment les Talibés deviennent-ils commerçants à Dakar, Sénégal

Société et vie personnelle

De nombreux talibés sont considérés comme des adolescents à risque et finissent dans des centres pour jeunes en difficulté, alors qu’en réalité ils ont besoin d’une assistance plus ciblée.

Mis à jour le 19 octobre 2020, Irin
Comment les Talibés deviennent-ils commerçants à Dakar, Sénégal

On estime à 50 000 le nombre des ‘talibés’ sénégalais, ces garçons qui étudient dans les écoles coraniques, ou ‘daaras’, pour devenir enseignants islamiques et mendient dans les rues pour faire vivre leur chef religieux (ou ‘marabout’). C’est un fait largement admis que bien peu d’entre eux finiront comme enseignants ; la plupart deviendront des vagabonds, des délinquants et des voleurs. Mais des experts en protection infantile disent maintenant que leur avenir n’est pas toujours aussi sombre : les compétences que les talibés développent dans les rues peuvent les transformer en commerçants prospères.

« Il n’y a rien à voir entre ces adolescents talibés et les jeunes qui volent et agressent... Je ne crois pas en ces théories, » a indiqué Biram Mbagnick Ndiaye, chef d’équipe d’un programme pour la jeunesse à Environnement et Développement du Tiers Monde (Enda TM), une organisation non gouvernementale (ONG) qui organise des programmes de formation pour les enfants des rues, y compris les talibés.

« Nous nous occupons de beaucoup de jeunes à problèmes, et ceux qui sortent des daaras sont souvent les moins agressifs et les plus faciles à réintégrer [dans la société], a dit à IRIN M. Ndiaye à Dakar, la capitale.

Un taux d’emploi supérieur à la moyenne

Il y a trois ans, Enda a fait une étude sur 50 talibés sortant des daaras de Kaolack au sud du Sénégal et Dagana au nord : il en est ressorti que quelque 80 pour cent d’entre eux gagnaient de l’argent dans des petites entreprises, et le reste étaient maçons ou menuisiers. Un seul n’avait pas de travail.

Ces statistiques sont meilleures que la moyenne nationale : selon la Banque mondiale, environ 48 pour cent de la population active dans l’économie formelle est au chômage.

« Certains parviennent à échapper [à leur maître religieux] et deviennent de bons commerçants,” a indiqué M. Ndiaye. « D’autres émigrent vers l’Europe et finissent par revenir et investir ici dans des entreprises. »

Pour Yves Olivier Kassoka, responsable de la protection infantile à l’Agence des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Dakar, la plupart des talibés apprennent le Coran par cœur et nombreux sont ceux qui quittent les daaras sans savoir lire ou écrire et sans aucune autre formation, mais ils ont l’habitude de collecter et d’économiser l’argent.

Une enseignante de Dakar, Bernadette Ndiaye, fait remarquer qu’ils possèdent une grande résilience et beaucoup de persévérance, des qualités, qui avec les conseils adéquats, peuvent les aider à réussir dans un marché concurrentiel.

Le défi de la formation

Se lancer dans le petit commerce peut être une solution pour les talibés et les anciens enfants des rues, mais ceux qui veulent réaliser une vocation ou une carrière ont souvent plus de mal. N’ayant pas l’habitude d’apprendre, beaucoup d’anciens talibés ont du mal à se plier à l’apprentissage, disent les formateurs des centres de réhabilitation d’adolescents partout dans le pays. De plus, il n’existe pas assez de centres et de programmes pour soutenir tous les jeunes qui ont besoin d’aide.

Pope Ndoye, directeur d’un des deux centres de réhabilitation publics de Dakar, le Centre de Sébikotane, qui accueille les enfants et les jeunes de 13 à 21 ans, a dit à IRIN qu’ils « ne sont pas éduqués, ils sont désœuvrés, traînent dans les rues, commettent des larcins [et] boivent. »

Springboard, un centre de réhabilitation situé à Pikine, à 30 kilomètres de Dakar, accueille une quarantaine de jeunes entre 16 et 25 ans, dont la plupart restent plus de deux ans. Ils viennent généralement de foyers désunis ou bien ont été talibés, mais certains sont aussi originaires des villages voisins, afin de créer une mixité sociale satisfaisante, a indiqué le co-fondateur du centre, Loïc Tréguy.

Au centre, ils apprennent à lire et à écrire et suivent des cours de maçonnerie, de menuiserie, de jardinage et d’éducation civique. Ils reçoivent aussi des conseils et font du sport. Beaucoup n’ont jamais participé à ce genre d’activités ; ils peuvent avoir pris des drogues pendant des années ou avoir des difficultés d’apprentissage, a indiqué M. Tréguy.

Les élèves et les formateurs du centre font pousser des salades, des betteraves, des papayes, des mangues, du piment, de la citronnelle, des bananes, du gingembre et des herbes aromatiques. Chaque jeune, fille ou garçon, doit planter sa tente en arrivant et obtiendra éventuellement une place dans un des dortoirs si il ou elle se comporte convenablement.

L’un des plus gros problèmes rencontrés par les formateurs est celui du comportement, a indiqué M. Ndiaye d’Enda. « Habituellement dans les écoles coraniques, vous apprenez les valeurs islamiques, telles que le respect des autres, mais ce n’est pas toujours le cas. On voit dans les rues des attitudes qui manquent vraiment de civisme. » Cela peut être par exemple cracher par terre, se battre ou se laver en public, ce que les garçons considèrent comme quelque chose de normal, a t-il ajouté.

Le formateur en maçonnerie de Springboard, Abdoulaye Gueye, a dit à IRIN : « Il nous faut constamment négocier avec eux afin de progresser, même quand ils veulent vraiment apprendre. » Les sept apprentis dont il est responsable construisent actuellement une nouvelle pièce de réserve pour le centre.

S’adapter à la vie du centre peut « prendre longtemps », a dit M. tréguy. « Au début, il y a toujours des problèmes. » Mais malgré les difficultés, la plupart de ces jeunes finissent par se faire aux conditions de la formation. Poussa Diara, 18 ans, qui a vécu autrefois dans la rue, est en train d’élaguer les arbres du jardin.

Jeune adolescent, il s’est enfui de chez lui à Tambacounda, la plus grande ville du Sénégal oriental à 400 kilomètres de la capitale, parce que son frère le battait régulièrement. Maintenant il veut retourner chez lui et aider à subvenir aux besoins de sa famille. « Je pourrais faire du jardinage là-bas et les aider… Je suis fier d’avoir appris ce métier, » a t-il dit à IRIN.

L’aide adéquate

La meilleure façon pour les talibés de s’en tirer est de travailler dans le secteur informel, ont indiqué les formateurs à IRIN. « Le problème cependant, même avec toute la formation du monde, c’est qu’il est difficile de leur trouver du travail, » a dit à IRIN M. Ndoye, au centre de Sébikotane. Nos enseignants essaient de diriger certains des jeunes réhabilités vers l’armée, d’autres vers les académies de football, a t-il dit, mais les opportunités sont rares.

Il faut consacrer davantage de ressources à la formation des talibés et des enfants des rues, a déclaré M. Kassoka de l’UNICEF. L’agence a aidé le gouvernement à moderniser les daaras de Kaolack, et celles de Diourbel dans le centre du Sénégal, pour que les élèves en sortent avec des compétences nécessaires à la vie courante. « Cela marche bien, mais cela nécessite beaucoup de ressources et le gouvernement doit s’engager davantage, » a dit M. Kassoka. « Il a la volonté de s’occuper [de cette tâche], mais pas complètement. »

De nombreux talibés sont considérés comme des adolescents à risque et finissent dans des centres pour jeunes en difficulté, alors qu’en réalité ils ont besoin d’une assistance plus ciblée. Il faut davantage de partenaires pour répondre au « flux constant d’anciens talibés, » a dit M. Kassoka.

Selon M. Ndoye, l’Etat a intensifié ses efforts dans les dernières années en consacrant plus de ressources à ces centres, en particulier en termes de formation du personnel. « Il y a eu un changement de mentalité, » a t-il indiqué. « Auparavant, c’était la honte pour une famille d’avoir un enfant comme ça… Aujourd’hui les choses sont plus ouvertes, les médias en discutent, les gens commencent à essayer de comprendre ces jeunes. »


Du même contributeur, Irin


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