person_outline Me connecter close
Fermer
search
Recher.
menu
Menu

Vous
EN
English

groupRejoignez le Club.
Vous allez adorer Seytoo !


Accueil
share
@

Partager
arrow_back
Retour
« Courant coupéna ! » (Encore une coupure d’électricité !) - SEYTOO.COM
keyboard_arrow_rightSuivant
keyboard_arrow_leftPrécédent
save

Enregis.
share
@


Partager

« Courant coupéna ! » (Encore une coupure d’électricité !)

Société et vie personnelle

Ces salons de coiffure, couture, à tout ce monde qui reste des journées sans réaliser de chiffre d’affaire, et qui, à la longue, met la clé sous le paillasson.

Mis à jour le 26 octobre 2020, Rabia Diallo
« Courant coupéna ! » (Encore une coupure d’électricité !)

20H42, je joue tranquillement avec mon enfant, profitant des maigres moments que je passe avec elle, me délectant de son rire, riant à gorge déployée, entendant, d’une oreille distraite, les infos que mon mari, lui, suit avec une concentration extrême. Bintou, la ménagère, est, elle, obnubilée par « Marina » que Ricardo ne cesse de supplier pour revenir avec elle et par le meurtre non encore élucidé de Laura. Mon frère, quant à lui, est en pleine discussion sur skype, défilant et uploadant ses photos sur facebook, wizzant sur MSN. Bref, un tableau classique d’une famille lambda sénégalaise que notre chère COUPELEC va briser un 1 TEMPS, 1 MOUVEMENT.

D’une seconde à l’autre, on ne se voit plus, et, chacun y va de son exclamation : les OH !!!, les AH !!! LES CHEUEEUTTT !!!! Et le DAMN !!! Rivalisent de longueur et d’intensité. Tout le monde est dégouté parce que tout simplement, l’électricité est devenue une nécessité vitale. Un minimum qui, plus est, est très loin d’être gratuit.

On commence alors à se tourner les pouces, mon frère, qui avait commencé à concrétiser avec une bombe de facebook au moment des faits, en veut à la terre entière. Bintou, qui suivait avec un intérêt démesuré l’interminable suspense du dénouement du meurtre de Laura est complément abattue car elle sait que même la rediffusion est très hypothétique. Mon mari, quant à lui, se lance dans un speech interminable avec mon frère, empreint d’une amertume et d’un dégout certains pour cette société sensée nous apporter de la lumière et qui nous plonge dans les ténèbres.

Pour ma part, pour la première fois depuis mes débuts, je prends une bougie, ouvre la commode, cherche péniblement un stylo et tombe par hasard sur un répertoire vide. Je me lance alors sur ces lignes assise à même le sol, éclairée par la flamme tremblotante d’une bougie, comme au moyen âge.

Je pense alors avec amusement à Kouthia et à son freestyle dédié à Samuel, à qui il promet des coups de cravache électrifiés, je pense aux tailleurs qui refusent de payer leurs factures, aux imams qui ont décidé de descendre dans la rue, à toute cette masse populaire qui, n’en pouvant plus, s’est transformée en rébellion qui casse tout sur son passage, faisant exploser sa colère longtemps accumulée par une misère sans nom. A ce jeune Abdoulaye, mort dans des circonstances accablantes, selon le rapport d’autopsie, pour la police. A ce milliard de francs investi durant la coupe du monde pour éviter les coupures. A ces milliards injectés dans la construction de notre cher monument et dans le cinquantième anniversaire de notre indépendance. Je pense à tous ces milliards investis dans de très belles routes, vue sur mer, qui, finalement, ne sont même pas éclairées. Et, devinette entre parenthèses : un sénégalais meurt de faim, peut-il se nourrir de goudron ?

Je pense à toutes ces micros entreprises, ces acteurs de l’informel, qui ne peuvent assurer la DQ, faute d’électricité. Ces salons de coiffure, couture, à tout ce monde qui reste des journées sans réaliser de chiffre d’affaire, et qui, à la longue, met la clé sous le paillasson.

Je pense à ce poisson, cette viande qui risquent fort de se décomposer dans mon frigo, à cet argent, donc, jeté par la fenêtre Je commence à m’énerver à cause du bruit assourdissant du groupe électrogène de notre voisin, qui nous enfume, nous réchauffe davantage en plus de nous déranger au plus haut point au moment où les gens n’ont qu’une envie, trouver le sommeil dans ce cocktail exaspérant d’inconfort, fait de chaleur, de la chorale nationale des » yoo » et d’obscurité, il ne manquerait plus que le chant des grillons pour qu’on se croit à la campagne. Je pense à la banlieue, qui, en plus d’être sous l’eau verdâtre, vit quotidiennement dans les ténèbres. Je pense alors à la renaissance africaine qu’on prône et je me rends compte qu’elle est même plus lointaine qu’une utopie, qu’un rêve. Mes pensées vont vers toutes ses infrastructures, cette corniche si bien aménagée, ce trajet, si long jadis, et qui me prend maintenant 10 mn pour arriver en ville, ces hôtels luxueux, ces résidences uniques dans toute l’Afrique de l’ouest et mon cœur se gonfle de fierté ; je reviens alors très vite sur terre car, car, quoiqu’on dise, le paradoxe entre luxe et misère est trop flagrant dans ce pays « émergeant », en « voie de développement », éclairé à la chandelle…

… Et là, la phrase préférée du moment des sénégalais me sort de mes pensées : AH !!! COURANT NIEUWNEU !!!


Du même contributeur, Rabia Diallo


Partagez votre commentaire...



Dans la même rubrique



Nous vous recommandons


▼  Rejoignez la discussion
Jo
Jolof
12 juillet
Je me demande quand va finir les coupures d'electricite .

Ad
Adama
08 juillet
Peut-etre qu'avec la decouverte du petrole les choses vont changer.

Mb
Mbeissa
08 juillet
Un article interessant. Je me demande quand est-ce que les coupures de courant vos finir au Senegal !

1
Seytoo
Life
Seytoo
Africa
Seytoo
TV
Seytoo
News
Seytoo
Club



À propos| Contacts| Confidentialité| Seytoo.App|English

© 2020, Seytoo, tous droits réservés. Seytoo n'est pas responsable des contenus provenant de site web externes et/ou publiés par ses visiteurs.