person_outline Me connecter close
Fermer
search
Recher.
menu
Menu

Vous
EN
English

groupRejoignez le Club.
Vous allez adorer Seytoo !


Accueil
share
@

Partager
arrow_back
Retour
Entre déracinement et « Sénégalités » ! - SEYTOO.COM
keyboard_arrow_rightSuivant
keyboard_arrow_leftPrécédent
save

Enregis.
share
@


Partager

Entre déracinement et « Sénégalités » !

Société et vie personnelle

Au fil des ans, le sénégalais s’est forgé une identité hétéroclite : mélange d’arabisme de mauvaise foi, d’occidentalisme de mauvais aloi et de thiédoïsme.

Mis à jour le 26 octobre 2020, Muhammad Mustapha Ndiaye
Entre déracinement et « Sénégalités » !

Il y’a quelques années de cela, j’ai suivi à la télévision le sketch d’un humoriste qui plaisantait sur le thème de la mort de l’ex-président Boumediene. Il soulignait sur le ton de la plaisanterie qu’en Algérie tous les hommes se prénommaient Mouhamed et les femmes Khadîdja. Le spectacle était si plaisant à voir que j’ai ri sur le moment sans arrière-pensées. Puis comme toujours, je me suis mis à réfléchir sur le sens de cette blague bien tournée et je n’ai cessé de le faire depuis. Lorsque j’ai jeté un coup d’œil dans mon répertoire téléphonique ainsi que dans la liste de mes contacts sur les réseaux sociaux je me suis rendu compte à quel point le constat était alarmant. Le Sénégal n’avait rien à envier aux pays arabe ; du Tchad jusqu’en Indonésie les noms se suivaient et se ressemblaient effaçant la barrière des identités culturelles sous un conformisme aveugle qui ne fût pas sans me rappeler 1984 de Georges Orwell.

Même moi, j’avais du mal à distinguer beaucoup de mes contacts les uns des autres. Pour trouver la parade, je fus obligé, le plus souvent, de les affubler de surnoms grotesques relatifs le plus souvent à leurs activités pour pouvoir faire le tri. Mouhamed et Khadîdja ne sont que des exemples, il y’a aussi les Aïcha, les Souleymane, les Fatoumata et les Ali ou Alioune qui constituent un échantillon représentatif du vocabulaire nominal commun. Pis, à chaque fois qu’une connaissance musulmane m’annonce la naissance d’un garçon mâle, je suis quasi certain qu’il portera le prénom du prophète de l’islam. Plus besoin de poser la question, c’est devenu une évidence. La tradition dit que si un enfant est prénommé de la sorte, il tournera bien car il hériterait d’au moins sept qualités de son homonyme. Bizarre…Les Mouhamed que je connais (moi, y compris) sont loin d’être des parangons de vertus….

Au final, ce sont les prénoms hérités de nos ancêtres qui disparaissent progressivement, s’estompent, s’évanouissent dans le brouillard de l’aliénation culturelle. Où sont passés les Dibor, les Dibocor, les Mahécor, les Birayamb, les Sagar et les Gnilane aux consonances si évocateurs. Les prénoms ont une importance primordiale dans une culture, ils perpétuent la tradition. Ils définissent notre identité. Et mieux, ils font revivre nos si chers disparus. Dans un Sénégal de plus en plus uniforme et déculturé, il devient de plus en difficile de distinguer un toucouleur d’un diola. Surtout n’allez pas me parler de la nécessité de construire un Etat-nation autour d’une identité commune qui n’est pas la nôtre! La construction d’une identité nationale commune se fait autour d’un rendez-vous du donner et du recevoir, comme l’avait préconisé Senghor. Ce n’est pas un acte de renonciation mais d’échanges ou de brassage. La renonciation culturelle n’est bonne qu’à perpétuer la crise identitaire dans laquelle nous nous débattons sans le savoir.

Le Sénégal est curieusement le pays où la dégradation des valeurs sociales est le sujet le plus débattu, en public ou en privé, sans pour autant que le phénomène ne fasse l’objet d’une étude sérieuse susceptible de servir de tremplin à la résolution de la crise des mœurs. Ah j’oubliais qu’au pays de la Téranga, on aime le sensationnel et que c’est le premier levé qui demande à l’autre de se couvrir. Nous discutons pour nous divertir mais nous ne discutons pas pour avancer. Là est le mal. Le proverbe ne dit-il pas : si tu ne sais pas où tu vas, retournes à l’endroit d’où tu viens ? En vérité, nous ne savons plus où nous allons et nous continuons à avancer pourtant sans rien apprendre de nos erreurs. Le véritable problème du sénégalais est qu’il ‘n’arrive plus à se situer dans sa propre histoire parce qu’il a perdu les repères auxquelles se référaient ses aïeux. Il est devenu un aliéné culturel. La disparition progressive de nos prénoms traditionnels n’est qu’une facette de l’immense chantier de déconstruction qui s’opère dans nos mentalités. Ne croyons pas que la colonisation est le seul responsable de notre déracinement ; celui-ci a débuté bien avant lorsque les maures almoravides ont commencé à islamiser le Fouta.

Au fil des ans, le sénégalais s’est forgé une identité hétéroclite : mélange d’arabisme de mauvaise foi, d’occidentalisme de mauvais aloi et de thiédoïsme. Il ne prie que durant le mois de ramadan ou en public et respecte les préceptes de l’islam quand ça l’arrange. Il sacrifie à des génies obscurs lorsque le charlatan le lui ordonne ; et se transforme en «intellectuel » blasé quand le milieu et la situation l’exigent. Dans une société où l’essentiel consiste à sauvegarder les apparences au mépris de la vérité et du bon sens, la franchise et la sincérité sont reléguées aux oubliettes. A cela s’ajoute une pratique religieuse approximative symbole d’une société minée par les mythes moyenâgeux et un déficit éducatif préoccupant. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas la qualifier d’hérésie.

L’ignorance est le commencement de tous les maux mais il l’est davantage quand il est question de croyances religieuses. Au Sénégal tout ce qui est arabe est sacré et il n’est pas rare d’entendre quelqu’un qualifier des chansons en langue arabe de versets coraniques sans se rendre que ce ne sont que des airs à l’image des tubes de mbalakh national qui parlent de sujets tout à faits profanes…N’oubliez surtout pas de porter un beau boubou amidonné le vendredi si vous voulez avoir l’air d’un bon musulman. Si vous persistez à vous habiller de costumes empesés toute l’année, ne vous inquiétez pas, vous passerez néanmoins pour un bon chrétien.


Du même contributeur, Muhammad Mustapha Ndiaye


Partagez votre commentaire...



Dans la même rubrique



Nous vous recommandons

Seytoo
Life
Seytoo
Africa
Seytoo
TV
Seytoo
News
Seytoo
Club



À propos| Contacts| Confidentialité| Seytoo.App|English

© 2020, Seytoo, tous droits réservés. Seytoo n'est pas responsable des contenus provenant de site web externes et/ou publiés par ses visiteurs.