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Entre orgueil et préjugés : quand chacun croit détenir la vérité...

Société et style de vie

Il ne s’agit pas d’un simple refus de porter un jugement sur son environnement mais de reconsidérer ses propres certitudes et par la même occasion sa propre personne.

Mis à jour le 04 décembre 2020, Muhammad Mustapha Ndiaye
Entre orgueil et préjugés : quand chacun croit détenir la vérité...

L’esprit humain est une machine complexe qui intègre bien des mécanismes dont le fonctionnement recèle des zones d’ombres. C’est vous dire toute la gageure qui sous-tend la recherche de la vérité, parce que le bien-fondé de toute réflexion dépend en grande partie de son impartialité mais aussi de son objectivité. Pour déterminer le poids exact d’une charge, il faudrait que la bascule ne soit pas lestée au préalable par un ou plusieurs poids morts susceptibles de fausser la donne. Seul, un esprit débarrassé de tous les préjugés et les faux-semblants qui se sont toujours imposés à lui comme des évidences innés peut prétendre à une certaine forme de raison. Pourtant le sujet pensant est en interaction perpétuel avec autrui. Chacun de nous naît, grandit et évolue au sein d’un milieu qui détermine à la fois, son mode de penser ainsi qu’une grande partie de ses idées et des traits de caractères qui forgent sa personnalité. Comment cerner le vrai dans de telles conditions ?

Chaque groupe social possède son mythe fondateur qui se ramifie en une pluralité de coutumes, d’idées préconçues, de rites et de traditions ; lesquels se fondent en une culture qui, sorte d’alchimie bouillonnant et figée se pose toujours en garant de la vérité. D’où le danger de l’acculturation et de la croyance erronée en la supériorité d’une race ou d’une ethnie. Chacun croit détenir la vérité, et nul ne parviendra jamais à convaincre un papou qui vit encore à l’âge de pierre au fin fonds de la forêt néo-guinéenne qu’il est en marge de toute civilisation et qu’il ferait mieux d’apprendre à vivre et à se comporter comme un new-yorkais. Au moule social, vient s’ajouter le moule religieux qui achève de confiner l’individu dans un cercle d’idées d’où il ne peut sortir sans se retrouver au banc de la société. L’identité sociale étant considérée comme la première bouée de sauvetage auquel doit s’accrocher tout individu ; quiconque perd la sienne devient de facto un paria. L’identité religieuse abonde dans le même sens et peut former avec la première un cocktail explosif.

La première chose qu’on inculque à un enfant est le devoir d’obéissance. On lui apprend à faire ce qui est bien et à éviter ce qui est mal. Ainsi, il acquiert le sentiment de la faute conjugué à la peur de la punition. Donc, il ne s’agit pas à priori d’une simple menace planant au dessus de sa tête comme une épée de Damoclès. L’éducation puis l’habitude finissent par imprimer en nous des traits de caractère dont il nous est difficile de nous départir. Pourtant, bien après l’enfance et, passée l’adolescence, nous continuons à nous mouvoir dans ce qui nous semble être la seule manière de vivre et d’être. Alors que plus rien ne nous interdit de penser différemment ou d’accomplir ce dont nous avons toujours rêvé dans le secret le plus absolu. Cela s’explique d’une part, parce que l’homme a non seulement peur du bannissement social mais d’autre part à cause du fait qu’il est convaincu à la base qu’il ne pourrait être meilleur qu’il n’est et qu’il appartient à la meilleure frange sociale qui soit. Un proverbe wolof magnifie ce trait de personnalité commun à tous les êtres : « Si la cervelle était une denrée et qu’elle se vendait au marché, il n’y aurait personne pour se trouver acquéreur ». Chacun est convaincu à part soi qu’il ne saurait trouver sur la terre meilleure place que la sienne. D’où cette fierté parfois absurde qui justifie bien des ostracismes et qui empêche l’ouverture vers d’autres cultures ou religions. Plus que n’importe quel autre sentiment, l’orgueil est le principal écueil sur lequel se brisent nos tentatives de remise en cause et par conséquent notre quête de la vérité. Car comment l’homme peut il prétendre à la sagesse s’il n’accepte que partiellement ou pas du tout de se remettre en cause, lui et les siens ? Il ne s’agit pas d’un simple refus de porter un jugement sur son environnement mais de reconsidérer ses propres certitudes et par la même occasion sa propre personne.

Les préjugés sont ce qu’il y’a de plus tenace chez un individu. Ils sont le lit de toutes nos fausses certitudes et de nos croyances erronées. Solidement ancrés en nous, ils forment un épais brouillard qui fausse notre perception de la réalité et obscurcit notre jugement. En effet, comment se débarrasser sans arrière-pensées des mythes et des illusions qui ont peuplé notre enfance et auxquels nous nous rattachons encore parfois ? Ici la nostalgie se mêle à la peur viscérale de perdre notre identité en remettant en cause ce en lequel nous avons toujours cru. L’homme a besoin de certitudes, et l’enfant ne mourra jamais en l’adulte. Nous avons besoin de croire en quelque chose, de nous accrocher (parfois à des chimères) pour avoir une raison d’espérer et donc de vivre. Par ailleurs, pourrait-on vivre sans espoir ? Pour échapper au désespoir, l’être humain est parfois prêt à s’inventer des histoires auxquelles même son subconscient ne croit plus. Est-il besoin de dire que la folie participe de cette tentative folle de fuir la réalité ? Doit-on pour autant s’interdire de douter ? Le désespoir est-il pour autant nécessaire à la raison ?

La psychologie de l’homme est fragile car elle repose en partie sur les raisons qui motivent notre existence et sur cet espoir, un peu fou certes, que si nous ne connaissons pas le bonheur à l’instant présent, nous la connaitrions un jour où à défaut dans une autre vie. Supposons en effet que par un effet domino extraordinaire, tout le monde soit convaincu (à tort ou à raison ?) de l’inexistence de Dieu, que se passerait-il alors ? Peut-être que les pauvres s’efforceront-ils d’arracher leur part du gâteau aux riches et ce à tous les prix, plongeant le monde dans une vague de criminalité sauvage, sans précédent dans l’histoire moderne.

Nos idées préconçues finissent par devenir un levier inconscient de notre conscience. Au refus conscient de remettre en causes ses préjugés s’ajoute souvent une paresse intellectuelle motivée par le conformisme de rigueur qui régit toute société. La peur de la marginalisation est plus forte que celle du mensonge.


Du même contributeur, Muhammad Mustapha Ndiaye


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