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Et si on sauvait le Sénégal du chaos des partis pris ?

Société et style de vie

Là où d’autres pays, résolument engagés dans le combat du développement, se concentrent sur les priorités de formation, de production et de pérennisation de certains acquis.

Mis à jour le 28 novembre 2020, Malick DIAGNE, Enseignant-chercheur UCAD
Et si on sauvait le Sénégal du chaos des partis pris ?

Dans sa magistrale leçon inaugurale de 2006 à l’UCAD, l’honorable doyen des juges, feu Kéba MBAYE, avait, peut-être, à l’image de tous les grands hommes, senti la fin d’une vie ici-bas bien remplie, lorsqu’il lança, dans une colère saine et magnifique dont seuls les esprits supérieurs ont le secret, à travers la narration d’une rencontre à Roissy avec un professeur de l’ENS (Ecole normale supérieure), ces propos : « ils l’auront bien mérité » au cas où d’outre-tombe il serait informé des conséquences de nos mauvais choix qui ont failli sous Wade plongé le pays dans un chaos généralisé.

Aujourd’hui encore, il faut le reconnaître, nous ne sommes pas sortis de l’ornière au rythme où s’enchaînent les scandales financiers, les tentatives d’immolation pour un rien, les faillites industrielles, les voltes face politiques et autres déconfitures sociales ! Pourtant ce jour là, dit-il auparavant, il a l’intime conviction que ce pays, au-delà des fatalités historiques, recèle le potentiel nécessaire pour gagner le combat de la prospérité. Mais seulement à la condition que nous fassions les bons choix : ceux qui sont résolument orientés vers le développement en rompant avec ce penchant bien de chez nous de ne rouler que pour les combines et autres manies politiciennes. Ne nous eut-il pas aussi posé ce jour-là le défit de demander, au premier passant rencontré, l’objet de la principale préoccupation des Sénégalais, qui répondrait sans ambages : « la politique politicienne» ? Là où d’autres pays, résolument engagés dans le combat du développement, se concentrent sur les priorités de formation, de production et de pérennisation de certains acquis.

Le Doyen, en ce jour mémorable, avait devant lui, à coup sûr, une assistance toute acquise mais tout aussi pathétique, tant le message délivré était peu perçu parce que mal écouté ; la plupart s’étant davantage préoccuper de revêtir les habits d’apparat, dignes des guignols de l’info, avec l’esprit de pouvoir dire à la postérité : « j’y étais ». Et puis rien, nada ! La preuve, peu de temps après cette LECON, les scandales et autres hérésies politiques ont fusé de plus belle. La justice, à l’endroit de laquelle il a pourtant lancé le plus grave avertissement pour ne pas dire la plus grande remontrance, car étant son corps d’origine, se laisse entraîner dans un feuilleton politico-médiatique de très mauvais goût ; se discréditant davantage aux yeux des citoyens épris de justice et d’équité véritables. A côté, la classe politique, comme pour dire aux autres de laisser tranquille sa chasse gardée des scandales politico-financiers, pousse le bouchon à un niveau interstellaire avec des histoires de malversations financières astronomiques pour un pays comme le Sénégal. Et pour couronner le tout, certains hauts fonctionnaires continuent de faire du service public, une affaire de gros sous où les milliards se chiffrent en dizaines voire centaines, sans coup férir.

Pendant ce temps, le Sénégalais ordinaire, souffrant dans son âme, lance inlassablement un cri strident dans cette nuit de la mal gouvernance sans jamais être entendu ; qu’il soit le paysan dans son terroir menacé, le locataire avec son logeur sans scrupule sur le dos, le citadin avec ses factures d’électricité ou d’eau impayées pataugeant dans des difficultés insurmontables et laissé à son propre sort. Ou encore le petit entrepreneur, par suite de coupures d’électricité intempestives et interminables, qui est obligé de mettre la clé sous le paillasson, tout comme le vaillant petit commerçant, laissé à lui-même dans un contexte économique morose et incongru qui baisse rideaux ou se laisse tenter par l’indicible aventure de l’émigration.

Bref, le Vieux, je ne parle pas de celui qui nous gouvernait naguère mais du vieux sage africain, honorable juge de son Etat devant l’Eternel, combattant infatigable du fair-play sportif et de l’esprit olympique, aujourd’hui tranquillement aux côtés du Seigneur, hochera sans doute la tête et dira peut-être : après tout je ne peux pas rester indifférent à leur sort, il y va aussi de la survie de mes petits enfants qui se comptent en milliers et qui n’ont rien à voir avec l’incurie des adultes. Il faudra intercéder auprès du Seigneur de l’univers pour que ce cher pays retrouve son âme. Car c’est de cela qu’il s’agit avant tout. Retrouver l’âme de ce pays : la chose publique, la res publica comme disaient les Grecs. Oui ! il s’agit, aujourd’hui, prioritairement de réhabiliter le sens de l’intérêt général pour sauver le pays de la déconfiture générale en le libérant des logiques partisanes au sens large de parti pris qui font que maintenant pour défendre l’intérêt d’un groupe, qui restera toujours un intérêt particulier, on est prêt à compromettre l’avenir de tout le monde.

A ce niveau, les exemples ne manquent pas et, en y réfléchissant de plus prés, on est surpris de voir que les politiciens ne sont pas les plus en vue.

On peut citer à la pioche, les notabilités locales qui n’hésitent plus à monnayer l’intérêt des populations, ou les enseignants qui, pour défendre dans un esprit très corporatiste et radical une cause certes syndicale mais de moins en moins opportune, sont entrain de compromettre l’avenir de l’école sénégalaise malgré les efforts consentis en matière de budgétisation depuis quelques années, les médias qui n’hésitent pas à s’adonner à des emballements à mille lieux de toute déontologie ou encore une certaine jeunesse qui pour un rien franchit le rubicond de l’absurdité en se lançant à des tentatives d’immolation.

Autrement dit, le juge Kéba (pour reprendre le sens du mot en manding) avait bien relayé la pensée d’un autre illustre disparu de ce pays, le président poète SENGHOR qui, dans l’Avant-propos de Nation et voie africaine du socialisme, lançait lucidement : «L’indépendance n’est pas dans le refus ; elle est dans le choix. Choix du but, choix des moyens – en fonction de notre situation actuelle.»

Et aujourd’hui, notre situation présente devait nous obliger à transcender les logiques partisanes dans la conduite des affaires de ce pays en conciliant les deux exigences de Platon avec le souci de la justice d’un côté, et d’Aristote pour la poursuite commune d’« une vie bonne » de l’autre, la justice devant se confondre avec l’institution de la communauté politique, et se trouve être la condition d’une vie véritablement bonne. A la place de la dérive partisane qui a malheureusement fini de s’installer dans les pratiques sociétales, nous devions être plus exigeants avec nous-mêmes, en nous inscrivant dans la perspective d’Hannah Arendt où l’ordre du politique excède toute autre forme de sociabilité. Car le lien politique né de l’agir ensemble n’est pas rabattable sur le « lien social », lui-même constitué selon des interactions complexes et pas nécessairement cohérentes en elles-mêmes. L’espace publico-politique qui accueille l’action politique – et qui en même temps naît d’elle – n’est pas, lui, rabattable sur les autres formes de communauté qui le supportent. La politique n’est-elle pas la science architectonique ?

Aussi, la nature de l’action politique efficace d’un point de vue républicain exige que le leader, une fois aux commandes dans l’exécutif ou dans le législatif et davantage dans le judiciaire, s’inscrit dans une dynamique éthique qui l’empêche de privilégier un groupe de citoyens sur les autres parce que seulement les premiers appartiennent à un quelconque clan (partisan, confessionnel, corporatiste, ethnique).

Autrement dit, la leçon du Doyen Kéba Mbaye, que nous n’avons malheureusement pas bien assimilée, est la même que Socrate avait légué aux Grecs dans l’Antiquité qui pose le problème de l’élite à différencier indubitablement de la clique qui est toujours dans des intrigues funestes à mille lieux des préoccupations du peuple citoyen. Aujourd’hui, la nécessité d’un pacte éthique s’impose aux fils de ce pays, à l’instar du pacte écologique que Nicolas Hulot a voulu un moment proposé à la société française à travers l’engagement public et ferme des candidats à la présidentielle de 2012. Sans entrer dans un mimétisme stérile et inopérant, il serait intéressant pour notre pays qu’une personnalité de la société civile, bien connue pour ses engagements et qui a un passé irréprochable, s’investit à rappeler à nos décideurs que la compromission n’est pas concevable quand l’avenir de la Nation tout entière est en jeu.


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