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Kédougou, Sénégal : terre bénie par Dieu, maudite par l’homme

Société et vie personnelle

Exploitation traditionnelle de l’or à kédougou : « Une terre bénie par Dieu mais maudite par les hommes »

Mis à jour le 28 octobre 2020, Bastien Renouil
Kédougou, Sénégal : terre bénie par Dieu, maudite par l’homme

Quatre mètres au dessous du niveau du sol, un mineur cherche de l’or. Il s’affaire à creuser la terre ocre de la mine de Samecouta, à quelques kilomètres de Kédougou. C’est l’un des deux cent hommes qui se relaient sur cette étroite bande aurifère de plusieurs centaines de mètres de long. Comme les autres, il extrait les pierres et les met dans un sceau, vite remonté par l’un de ses collègues. En quelques mois, la zone arborée d’un vert flamboyant s’est transformée en un terrain semblant avoir été pilonné par des obus. Les arbres sont déracinés, des dizaines de puits s’accumulent, déformant la terre de manière irrégulière, plus ou moins profonds en fonction de la présence ou non d’un filon. Pour accéder aux mines, il faut emprunter une piste constellée d’ornières et de trous remplis d’eau. Mais la première chose que l’on aperçoit, ce ne sont pas les puits.

Des dizaines d’étals de nourriture se succèdent bien avant l’arrivée au gisement. Les femmes et les enfants s’y pressent durant la journée, pour vendre aux travailleurs de quoi se sustenter. Passées les échoppes rudimentaires, faites de branches et de tôle, on peut observer les premiers mineurs. Certains possèdent des détecteurs de métaux pour déterminer si les pierres remontées des puits contiennent ou non de l’or. Quand l’appareil sonne, les roches sont broyées manuellement en de plus petits morceaux. Ceux-ci sont ensuite tamisés grâce à des tapis posés sur des plans inclinés, qui retiennent les poussières d’or. Le précieux métal est récupéré grâce à du mercure – un liquide pourtant très toxique – qui l’attire et lui permet de s’agglomérer en de petites pépites. Ce travail effectué, le métal est vendu en périphérie du camp à un homme possédant balances et liasses de billets. Si le prix du gramme n’est jamais révélé à voix haute, tous concèdent que le cours de Samecouta est bien en dessous du prix en vigueur internationalement.

Une scène que l’on retrouve partout dans cette région, à cheval entre le Mali et la Guinée, à plus de 700 kilomètres de la capitale du pays. C’est un tout autre Sénégal que le visiteur découvre lorsqu’il se rend pour la première fois de ce côté ci du pays. La région, dont le vert surprend le visiteur habitué à Dakar, est constellée de collines arborées. Les villages de cases se succèdent le long des pistes qui s’aventurent loin de la nationale goudronnée reliant Kédougou à Tambacoumba. C’est d’ailleurs en empruntant l’un de ces chemins de terre que l’on peut relier Sambrandougou, l’une des plus grandes mines artisanales du pays. Ici, des milliers de boutiques en tôle et d’habitations insalubres ont pris la place des cases traditionnelles. Un panorama impressionnant s’étend sur la colline qui précède la mine, les chemins de terre dessinés entre les habitats précaires agglutinés fourmillent d’ouvriers allant dans les puits, de commerçants proposant des victuailles.

La proximité entre les habitations insalubres n’est pas sans causer de soucis. Pour Ibrahim Sissokho, le chef de village, cela cause même « des problèmes de santé, d’autant plus que le premier dispensaire est à 15 kilomètres... Les incendies aussi sont monnaie courante, le feu se propageant à une vitesse incroyable entre les cabanes ». Mais l’homme n’a pourtant pas décidé de légiférer et d’interdire aux nouveaux venus de s’installer à proximité de la piste menant vers les mines. Une réaction peu étonnante chez cet homme, qui touche des commissions sur toutes les extractions réalisées dans la mine, et dont la maison est l’une des seules en dur du village. Tous les jours, il récupère une partie des pierres brutes prélevées dans la mine, qu’il exploite ensuite grâce à des ouvriers affairés dans la cour de sa maison, dans ce qui ressemble à une véritable usine. Une exploitation qui semble rapporter gros au chef de village qui, en plus de sa maison, dispose de plusieurs bâtiments, mais aussi de motos, le mode de déplacement le plus prisé dans le village. Au vu de l’état de la piste menant aux gisements, il est en effet plus simple d’avoir un deux roues pour slalomer entre les trous. Sur place, les conditions de vie des mineurs effroyables sautent aux yeux. Ici, les puits font entre 10 et 40 mètres de profondeur. Tous situés dans des abris ressemblant aux habitations des villageois, ils sont occupés à longueur de journée. Un homme creuse la terre à l’aide d’une pioche – ou d’outils automatiques s’il est un peu plus fortuné – qu’il dépose ensuite dans des sacs de riz, remontés par un collègue resté à la surface. L’atmosphère qui se dégage de la zone minière est très étrange, à mi-chemin entre pauvreté extrême et espoir de devenir riche du jour au lendemain. Un fantasme qui ne manque pas d’attirer les populations depuis quelques années.

Des conditions de vie qui se dégradent à vue d’œil

Sénégalais et habitants de tout l’ouest-africain affluent désormais à Sambranbougou. Mais plus la population augmente, plus les conditions de vie se dégradent dans la zone. Pillages, prostitution, drogue et alcool sont monnaie courante dans ce qui était autre fois un village de quelques centaines d’habitants. « Dans toute la région les pillards rôdent », explique Ibrahim Sissokho. Il n’est pas rare d’apprendre qu’une attaque a été perpétrée par des coupeurs de route munis de kalashnikovs, quand il ne s’agit pas de la prise d’assaut d’un hameau... « Tous les jours, des bagarres éclatent dans le village, la sécurité a fortement diminué », ajoute-t-il, affirmant regretter que les forces de l’ordre ne soient pas présentes en permanence dans sa localité.

Avec l’essor des mines, la prostitution aussi est en pleine croissance, dans les villages comme dans le chef-lieu. Un constat que déplore Pape Waly Sadiakhou, l’un des instituteurs de Kédougou. « Certaines femmes venues des autres pays incitent nos sœurs à se vendre... La prostitution a toujours existé, mais avant elle se faisait de manière clandestine, maintenant c’est un vrai business assumé ! ». Avec pour conséquence une forte hausse du taux de prévalence du Sida dans les zones aurifères (7% contre moins de 1% dans le pays). L’instituteur ajoute : « elles ne sont pas éduquées aux maladies, du coup elles ne se protègent pas, avec les conséquences que l’on connaît ». Voulant gagner toujours plus pour pouvoir subsister, il n’est pas rare que les femmes qui disposent de leurs puits vendent aussi leur corps.

Orpaillage, prostitution... La perspective de l’argent supposé facile attire de plus en plus les jeunes de la région, qui sont désormais nombreux à préférer travailler ou vendre leur corps plutôt qu’aller à l’école. Le mythe des millions facilement gagnés grâce aux mines pour les hommes, ou la possibilité de louer son corps « au mois » pour les femmes, qui rapporte de 100 000 à 600 000 FCFA, n’encourage pas la jeunesse à continuer ses études. « Dans un collège de la région, il y avait plusieurs dizaines d’élèves à la rentrée, une année », affirme Pape Waly Sadiakhou, l’instituteur, avant d’ajouter « mais un filon a été découvert, et à la fin du mois de juin… ils n’étaient plus que sept ! ».

Un autre habitant de Kédougou fait le même constat pour les travaux des champs : « les terres de la région sont fertiles, mais les gens préfèrent aller tenter leurs chances dans les mines, avec la perspective de gagner beaucoup et vite, plutôt que d’investir dans des champs, qui apporteront argent et sécurité financière sur le long terme ». Au final, peu remportent le gros lot, se contentant de quelques grammes d’or de temps à autre, permettant tout juste de subsister... Quand ils n’attirent pas les pillards. Avec tout son or, « c’est une région bénie par Dieu, mais maudite par les hommes », résume l’un des Kédoviens, exprimant un sentiment partagé par une grande partie de la population.


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