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Maroc, entre racisme ordinaire contre les Noirs et cynisme officiel

Société et vie personnelle

Dans le cours de la conversation, le sujet du racisme impuni revient. Fatima cite «les propriétaires qui refusent de louer aux Blacks et qui mettent des affichettes en ce sens dans les halls d’immeubles » ; «et lorsqu’ils le font c’est au prix fort et avec des cautions importantes» souligne-t-elle.

Mis à jour le 21 octobre 2020, Medias24
Maroc, entre racisme ordinaire contre les Noirs et cynisme officiel

Après la mort d’un Camerounais, notre reporter est allé à la rencontre des Subsahariens de Tanger. Ils dénoncent le racisme ordinaire et témoignent de leur volonté de sortir du piège dans lequel ils se trouvent pour gagner au plus vite l’Europe.

La mort mercredi 3 décembre en fin de journée du Camerounais Cédric Bété suite à une chute d'un immeuble de la cité tangéroise Al Irfane 2 révèle les tensions et provoque une montée de racisme. Ce décès est intervenu au moment où les forces de l'ordre menaient une opération de ratissage.

C’est le troisième fait de ce genre à Tanger cette année en plus du présumé viol d’une ressortissante ivoirienne.

Al Irfane 2 est un ensemble de logements économiques du groupe Addoha qui a accueilli ses premiers habitants en 2009. Il est situé à l’extrême périphérie de la ville proche des pistes de l’aéroport Ibn Battouta.

Des Subsahariens résignés et en colère

Quelques heures après la chute de Cédric et son décès, les habitants Subsahariens du quartier d’Al Irfane 2 à la périphérie de Tanger ont refusé de laisser la Protection civile emmener le corps à la morgue communale.

Camerounais, Ivoiriens, Sénégalais, Maliens et Burkinabés ont confectionné un linceul, voulant eux-mêmes se rendre à la morgue après un détour par le siège de la préfecture de police afin «de réclamer des éclaircissements sur sa mort».

Des organisations des droits de l’homme ont demandé l’ouverture d’une enquête indépendante sur la mort de Cédric.

Mercredi soir après la mort de Cédric Bété, ses compatriotes et plusieurs dizaines de Subsahariens résidents du quartier avaient finalement réussi à parcourir près de 6 km en portant la dépouille de Cédric d’Al Irfane 2 pour remonter l’avenue Moulay Rachid jusqu'au rond-point de Mesnana vers le centre-ville.

C’est la médiation de militants de droits de l’homme entre les Subsahariens et les autorités qui permettra finalement de stopper le cortège à quelques centaines de mètres de la faculté de droit de la ville et à moins de 2 km de l’avenue Habib Bourguiba et de la mosquée Mohamed V.

Mais les choses n’allaient pas en rester là

Sur Facebook dès mercredi dernier au soir, l’élu communal Hassan Belkhadir remarque que la tension est vive dans la zone et que «si les Subsahariens peuvent manifester et défier les autorités sur la voie publique, on n'ose imaginer ce que la population locale pourra faire elle aussi demain».

Dans la foulée, Hassan Belkhadir critiquera sur sa page FB le promoteur immobilier Addoha qui construit des dizaines immeubles à Al Irfane 2 en oubliant les équipements de quartier.

Selon Belkhadir, "il suffit de consulter les cahiers des charges d’Addoha pour voir qu’ils ne sont respectés".

Œuvre du promoteur Addoha, Al Irfane 2 ne dispose d’aucun équipement public et le macadam de la voierie est déjà à refaire 4 ans après l’arrivée des premiers habitants.

Le collège est en construction, un éventuel centre de santé inexistant, un appartement en rez-de-chaussée sert de crèche privée, la mosquée est en chantier «depuis 4 ans» indique un habitant du quartier à Médias 24, et si une école primaire, Al Boughaz, est ouverte depuis cette rentrée, le chantier est loin d’être achevé.

Son directeur M. Bernoussi, indique qu’"elle n’y a pas encore d’eau courante ni de cour de récréation pour les enfants».

Enfin, le commissariat le plus proche, 5 bureaux sur moins de 100 m², se trouve à 7 km au quartier populaire de Mesnana près de Marjane Médina. Mais à 2 kilomètres d’Al Irfane on trouve le bureau du caïd et un poste des Forces auxiliaires avec plusieurs fourgonnettes.

« Nous ne sommes pas des racistes »

Les choses n'allaient pas en rester là et dimanche 7 novembre avant 10H du matin, une centaine d’habitants, dont beaucoup d’enfants, a manifesté dans le quartier demandant "ordre et sécurité" et s’interrogeant sur "l'absence du mazhken". En marge de la manifestation avec banderoles en arabe et en français, discussions et commentaires étaient nombreux et animés.

Certains manifestants réclament que « les Subsahariens s’en aillent ».

D’autres reprochaient aux Subsahariens trafics de drogue et réseaux de prostitution, port d’armes et agressions, et "un style de vie différent", «ils ne vivent pas comme nous» pouvait-on entendre. Les jeunes Subsahariens s'entassant souvent à 8 ou 10 dans des appartements conçus pour 4 à 6 personnes et loués entre 2.000 et 2.500 DH par mois, près du double du marché, ou …squattés.

Les jeunes Subsahariens ont également pour habitude de se réunir le soir à l’extérieur des immeubles.

Des accusations souvent fantaisistes

Plusieurs visites de Médias 24 sur place, des rencontres et des entretiens avec des habitants du quartier et des représentants de l’autorité au cours de ces derniers jours permettent d’affirmer que les accusations portées à l’encontre de la communauté subsaharienne sont le plus souvent fantaisistes.

Selon une source de la police judiciaire de Tanger avec laquelle Médias 24 a pu s’entretenir, "aussi loin que je me souvienne, affirme-t-elle, nous n’avons arrêté un Subsaharien qui portait un canif sur lui".
« En revanche, le trafic de drogue n’est pas exclu ».
Quant à la prostitution, que ce soit à Al Irfane 2 ou du côté du Petit Socco ou de Dar al Baroud dans la médina, le policier est encore plus formel: "Il n'y a pas de prostitution organisée au sein de la communauté subsaharienne pour la simple raison que la prostitution est partout ailleurs en ville". On peut en dire autant des petits trafics de drogue.

Quant à savoir si les Subsahariens sont des délinquants comme l'affirmaient des organisateurs de la marche du dimanche 7 novembre, ni un responsable policier à Mesnana, ni à la préfecture de police, ni les services préfectoraux ne semblent disposer d'éléments en ce sens. Sauf en matière de séjour en situation irrégulière.

Quelques heures plus tôt, un agent expliquait comment «les appartements où vivent les Blacks sont si mal tenus que l’herbe y pousse jusque dans la cuisine! On est rentré, j’ai vu, souligne-t-il. Si j’étais Marocain, je ne louerai qu’à des Marocains. Ces gens-là s’entassent dans les appartements et les dégradent. On en arrête 40, 50 tous les jours, mais il y en a toujours autant, on ne sait pas d’où ils sortent». La routine.

Le désarroi et le piège

Rencontrés à Al Irfane 2 dimanche soir quelques heures après la marche des " Nous ne sommes pas racistes", Nabil et Fatima, sont deux Camerounais qui squattent un appartement dans le quartier. Se présentant comme frère et sœur, ils ont quitté leur pays en espérant traverser le Détroit pour l'Espagne parce ce qu'"au Cameroun le salaire mensuel minimum est de moins de 300 DH et seule une petite minorité profite des richesses du pays". Cameroun, Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée, Burkina Faso, République démocratique du Congo, …

Pays vaste de 475.000 km² et peuplé de 20 millions d’habitants, le Cameroun est dirigé par Paul Biya depuis… 1982, soit depuis plus de 30 ans. Le revenu par tête, arithmétique, est proche de $2.750 par habitant.

Pour Nabil, Fatima et leur ami ivoirien David venu se joindre à notre conversation, «les Marocains sont devenus racistes et on ne comprend pas pourquoi; on se tient tranquilles, on se débrouille pour vivre et ce que l’on veut c’est partir d’ici au plus vite». «Les Marocains sont bien accueillis à Dakar et à Abidjan» fait remarquer David.

Ceux de Paris, Barcelone, Bologne, Montréal, Dubai, Genève,Bruxelles et Amsterdam aussi peut-on ajouter.

Dans le cours de la conversation, le sujet du racisme impuni revient. Fatima cite «les propriétaires qui refusent de louer aux Blacks et qui mettent des affichettes en ce sens dans les halls d’immeubles » ; «et lorsqu’ils le font c’est au prix fort et avec des cautions importantes» souligne-t-elle.

Interrogée sur cette tendance raciste au sein de certains secteurs de la société marocaine, l'écrivain et journaliste Zakya Daoud indique à Médias 24 qu’«avec la crise et le développement de banlieues déstructurées, les Marocains réagissent comme tous les autres peuples du monde».

Un constat confirmé par Yasmina Filali qui dirige la Fondation Orient-Occident dont l'action est centrée sur l'accueil et l'orientation des Subsahariens sans papiers à Rabat et à Oujda.

Interrogés pour savoir si les diplomates camerounais ou ivoiriens étaient venus à Tanger s'enquérir de la situation de leurs compatriotes, Nabil, Fatima et David sont surpris par … «l'incongruité» de la question avant de répondre par ... « Non ».

Les autorités camerounaises n’avaient pas réagi en ce début de semaine au décès de leur ressortissant Cédric Bété, un fait que des organisations des droits de l’homme africaines ont relevé.

Tanger, porte de l'eldorado européen depuis 20 ans pour des dizaines de milliers d'Africains, se transforme petit à petit en un piège et une impasse.

De plus en plus rejetés par les Marocains, même si «ces derniers restent généreux aux feux rouges» comme me le rappelait un agent des forces de l’ordre, les Subsahariens guettent les estafettes des forces auxiliaires qui patrouillent à Al Irfane 2 et non loin de là. Ils attendent un salut dont on ne sait aujourd'hui d'où il pourrait venir.

Mardi 10 octobre au matin, la radio rapporte que plus de 70 Subsahariens ont été arrêtés près de Fnideq et de Sebta par les forces de l’ordre. La routine. C’est ainsi depuis plus de 20 ans.


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