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Société et style de vie

« Mon violeur est le père de ma fille... »

15 septembre 2021, Obs.
« Mon violeur est le père de ma fille... »

« De temps à autre, je me réveillais, mais je ne tenais que quelques minutes avant de replonger dans un profond sommeil... »

Elle porte encore sur son visage raide, voilé par un foulard, les stigmates de cette terrible journée qu'elle a vécue comme la dernière de sa vie. De sa voix fluette, Awa Faye* revient sur cette sombre épreuve qui a bouleversé son destin à jamais. Tout commence par une matinée ensoleillée et se termine par une soirée ténébreuse.

Alors qu'elle se rendait à son lieu de travail, elle a été victime d'un enlèvement digne d'un polar avant d'être séquestrée dans une minuscule pièce avec comme seul meuble une natte et une tige en métal avec laquelle elle sera solidement ligotée. Droguée, elle subira à plusieurs reprises les assauts d'un gros gaillard. Ses ravisseurs l'ont par la suite jetée dans une ruelle obscure, sans se douter que leurs actes auraient une lourde conséquence sur le reste de sa vie. Une grossesse qu'elle va porter à terme.


« Je m'appelle Awa Faye. J'habite Thiaroye, Tally Carreaux, au quartier de Sam-Sam. J'ai 28 ans et je suis infirmière. Je suis mariée à un policier et mère d'une fillette de 5 ans. Il y a six ans, un mardi du mois de mai 2005, j'ai vécu un drame inoubliable. Je travaillais à l'époque dans un salon de coiffure près de chez moi. Après avoir fait les courses pour le repas de midi, je suis allée sur la route pour prendre un taxi clando et me rendre à mon lieu de travail.

Lorsque je suis montée dans le véhicule, j'ai vu deux hommes à l'arrière et une petite fille d'environ 10 ans entre eux. Il ne restait plus qu'une place, celle qui était près du chauffeur et je m'y suis installée. La voiture a donc démarré. Arrivée près de la mosquée du quartier, la fillette qui apparemment revenait de l'école a demandé à descendre, mais le chauffeur a fait semblant de ne pas l'entendre. Il a tout bonnement continué son chemin et l'enfant continuait à demander de descendre. Devant son insistance, le conducteur l'a insultée. Avant que je ne puisse intervenir, le passager qui était derrière moi a plaqué un mouchoir imbibé d'une substance nocive sur mon nez. Je me suis aussitôt évanouie...

Lorsque je me suis réveillée, je me suis retrouvée dans une pièce minuscule avec comme meuble une barre de fer où j'étais attachée et une natte. Il était 16 heures environ. J'ai entendu des bruits de pas et des voix à l'extérieur. J'avais l'impression que c'était des gens qui montaient la garde. Dans une autre pièce voisine, j'entendais la fillette qui hurlait. Mon sang n'a fait qu'un tour. Je me suis dit que c'était mon dernier jour sur terre, puisque je croyais que j'avais affaire à ceux qui mutilaient les personnes pour récupérer leur tête. J'avais très peur et je me suis rendu compte que j'avais toujours mon sac à main sur moi.

J'avais de l'argent et mon portable à l'intérieur. J'ai donc essayé d'appeler avec mon téléphone, mais malheureusement, je n'avais pas de crédit. Quelques minutes après, il s'est mis à sonner et je l'ai mis sous vibreur. C'était un ami professeur qui était au bout du fil. Je lui ai tout de suite fait part de la situation avant de lui donner le numéro de ma famille afin qu'il les prévienne. C'est ainsi qu'ils ont alerté la gendarmerie de Thiaroye qui correspondait avec moi sur mon téléphone. Les gendarmes m'ont demandé si je pouvais me situer, mais je n'avais aucune idée de là où j'étais.

En parlant avec l'un d'eux, il s'est rendu compte qu'il y avait des bruits de vagues et m'a dit que j'étais probablement près de la mer. Ensuite, j'ai entendu des bruits de pas qui venaient en ma direction et j'ai éteint le téléphone avant de la cacher. Un homme corpulent, de la trempe des lutteurs, est entré dans la pièce. Il était tout de noir vêtu et avait un foulard noir sur son visage. Au même moment, il a avalé des comprimés et s'est jeté sur moi, en arrachant mes habits. J'avais mis un pagne et un haut blanc et le voile que je portais ne l'a pas dissuadé pour autant (elle porte le voile). Je me suis débattue du mieux que j'ai pu et j'ai réussi à détacher un bras.

Malgré mes gémissements, il m'a violée. Après sa sale besogne, il s'est levé et s'est assis un moment. Par la suite, il est revenu à la charge, après avoir encore pris des cachets. Cette fois-ci, il a éjaculé sur moi. Après s’être rhabillé, il a versé un liquide dans un petit verre et m'a ordonné de le boire. J'ai obtempéré et je me suis encore évanouie. De temps à autre, je me réveillais, mais je ne tenais que quelques minutes avant de replonger dans un profond sommeil...

« Mon violeur est le père de ma fille, le fruit de mes entrailles »

Je me suis encore réveillée à bord d'un véhicule en compagnie de plusieurs gaillards. Je les entendais qui insultaient, je ne comprenais pas ce qui se passait. L'un d'eux m'a poussée avec son pied et je me suis retrouvée par terre, dans une ruelle sombre, à Nord Foire. Je m'y suis assoupie un moment, avant qu'un Sud-Africain ne m'aperçoive sur les lieux. Il est venu vers moi pour s'enquérir de la situation et je lui ai donné mon téléphone qui était éteint. Il l'a alors rallumé et a composé le dernier numéro qui était celui de mon grand-frère.

Il leur a dit qu'il m'avait trouvée errante à Nord Foire et les membres de ma famille sont venus aussitôt me chercher. J'ai alors été conduite à la gendarmerie de Thiaroye puis dans une clinique à Grand-Yoff. La sage-femme qui m'a auscultée en premier a hurlé lorsqu'elle a vu mon état. Une autre est venue et a pris le relais. Il en fut ainsi pendant trois jours. Ne pouvant plus supporter les va-et-vient à l'hôpital, j'ai décidé de ne plus y aller.

Il faut dire que je n'avais plus de forces. J'étais épuisée émotionnellement. Les jours qui ont suivi, mes pieds ont commencé à enfler et je ne pouvais plus marcher.

Un liquide à commencer à couler de mon vagin et on m'a prescrit des médicaments contre les douleurs. Par la suite, j'ai eu des problèmes psychiques. Je ne pouvais plus supporter mon tourment. J'ai failli devenir folle. J'ai été évacuée à Thiès au près de ma tante qui m'a élevée. Là-bas, j'ai suivi un traitement et j'ai réussi a faire face à cette épreuve....

J'ai donc décidé de rentré à Dakar pour reprendre le cours de ma vie et c'est là que j'ai commencé à me sentir lourde. Je suis allée en consultation. Après une écographie, j'ai découvert que j'étais enceinte.

J'ai alors compris que l'auteur de ma grossesse n'était autre que le bourreau qui m'avait violée, quelques mois auparavant. Ma mère et certains membres de ma famille m'ont persuadée d'avorter puisqu'il n'était pas trop tard. Je me suis opposée à leur volonté et je ne savais même pas ce qui me motivait à prendre une telle décision. Je ne savais pas si ce serait mon seul et unique enfant, ce qu'il deviendra plus tard. On dirait que j'étais guidée dans mon choix par une voix divine. Dieu a fait que l'enfant est née, prématurée, à sept mois. Actuellement, elle a 5 ans, elle en aura six en janvier prochain. J'ai remarqué qu'elle avait des dons que je préfère ne pas évoquer. Mais une chose est sûre, c'est le bon Dieu qui l’a voulu ainsi. Elle est le fruit de mes entrailles, mais elle est aussi la fille de mon violeur.

Lorsque je la regarde, parfois, cet épisode douloureux de ma vie revient à la surface. N'empêche, je l'aime chaque jour un peu plus et elle me le rend bien car elle est très attachée à moi. Après sa naissance, je me suis mariée, mais cela n'a duré qu'un an. Mon mari m'a répudiée car je n'arrivais pas à accepter qu'il me touche, j'avais un réflexe d'auto-défense à chaque fois qu'il m'approchait. Je me suis résignée à le laisser partir, car je savais que c'était de ma faute. Quelques temps après, je me suis remariée avec un policier. Grâce à Dieu, cela se passe bien entre nous. J'ai réussi à surmonter l'épreuve que j'ai endurée, même si ce n'est pas entièrement. Maintenant, je vis avec le spectre de cet homme qui m'a violé.

Ce qui m'a le plus touchée, c'est la triste fin de la fillette qui avait été enlevée en même temps que moi. Elle a été jetée dans la rue comme moi et a été retrouvée derrière l'aéroport, deux jours après les faits. Malheureusement, elle n'a pas eu la même chance que moi. Elle est décédée quelques jours plus tard. D'après ce que j'ai entendu dire, elle s'était mise à enfler tout comme moi, mais elle n'a pas pu supporter le supplice qu'on lui avait fait subir. J'ai aussi entendu dire que mes ravisseurs avaient enlevé d'autres jeune filles et que certaines d'entre elles avaient été retrouvées dans leur repaire qui se trouvait derrière le palais. Mais je n'ai jamais été convoquée à la police ou au tribunal sur mon cas. C'est resté sans suite...»
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