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Mysticisme : Quels sont les secrets de la Casamance ?

Société et style de vie

Ce jour la, en début d’après midi, il fait très chaud. En revenant de Ziguinchor, avec deux de mes employés, nous nous arrêtons dans une ferme aux crocodiles pour essayer de voir les idées qu’on peut y trouver afin de faire vivre nos petits bébés crocodil

Mis à jour le 04 décembre 2020, Seytoo
Mysticisme : Quels sont les secrets de la Casamance ?

Il y a quelques semaines, des gamins m’ont vendu des bébés crocodiles. Ils ont trouvé ces bébés dans une mare pas loin de chez eux et ont pensé qu’ils pourraient les monnayer auprès du blanc qui est venu s’installer dans leur village, il y a quelques mois.

Ce jour la, en début d’après midi, il fait très chaud. En revenant de Ziguinchor, avec deux de mes employés, nous nous arrêtons dans une ferme aux crocodiles pour essayer de voir les idées qu’on peut y trouver afin de faire vivre nos petits bébés crocodiles dans d’excellentes conditions. La visite se fait dans la rigolade mais soudain, je sens une chaleur m’envahir intérieurement à une vitesse surprenante. J’ai compris, je me souviens du début de mes précédentes crises, c’est une crise de paludisme. Mais celle- ci s’annonce beaucoup plus forte que les précédentes.

Je dis à Augustin et Mass que j’ai une crise de palu qui arrive, ça les fait rire. Je suis le seul de nous trois à savoir conduire, il me faut rentrer au plus tôt avant que la fièvre m’empêche de nous ramener en sécurité jusqu’à Elinkine. C’est vraiment curieux la sensation de cette chaleur interne qui te gagne progressivement et rapidement. Je me sens soudainement très fatigué. En passant à Oussouye, je m’arrête à la pharmacie et à l’énoncé des symptômes, j’achète du Quaterne, un médicament curatif. Un passage au poste de santé d’Elinkine qui me confirme la crise de palu et nous rentrons au campement. Cela fait à peine deux heures que la fièvre a commencé à m’envahir et déjà, je me sens chancelant. Je salue rapidement les clients et je vais m’allonger sur un matelas à même le sol dans le bureau qui avoisine la salle de restaurant. La suite ? Je ne sais plus… Je me souviens que je grelotais tout en transpirant. Des tremblements importants que je ne pouvais maitrisé me secouent le corps. Je dors ou plutôt je somnole. Enfin je crois somnoler. J’entends les gens qui viennent me parler, je les entends distinctement mais je n’arrive plus à analyser ce qu’ils me disent et suis incapable de leur répondre. Le temps passe sans que je sache sa durée. Sommes- nous le jour ou la nuit ? Je ne sais pas. Parfois, j’entends des voix dans le restaurant, ce doit être la clientèle, je tente de me lever pour aller les saluer et faire mon devoir d’hôte mais impossible même de m’asseoir sur le bord du matelas. Le temps passe sans que je n’en sois conscient.

Cela semble être la nuit quand une personne entre dans ma pièce. Déguenne, une jeune fille que je viens de sortir de ma vie, est là. Palu ou pas palu, la colère de notre rupture refait surface. Je réussis à lui demander ce qu’elle fait là et elle me dit qu’elle vient récupérer ses affaires. « Ok, prends tes affaires et dégage ! ».

- Qu’as- tu ?
- Rien, prends tes affaires et vas- y !
- Qu’est que tu as ???
- Palu, tu le vois bien !
- Tu t’es soigné ?
- Oui, oui, c’est bon, laisse- moi maintenant.

Je ne sais pas si la discussion a continué longtemps mais elle est partie rapidement, il me semble. Je retombe dans mon sommeil, dans ma fièvre, mon corps est périodiquement secoué par des tremblements et ruissèle de transpiration. Lors de mes reprises de conscience, je n’entends plus aucun bruit dehors, ce doit être la nuit. Mon téléphone sonne.

- Viens à la maison.
- Déguenne, fous moi la paix !

Je raccroche.

Ce type d’appel s’est renouvelle plusieurs fois dans la soirée, la nuit ou le matin, je ne sais pas trop. Au bout d’un moment, je ne répondais même plus. La lassitude, la fièvre, la fatigue, je devais entendre la sonnerie sans l’écouter.

J’entame mon deuxième jour de crise de palu dans un état presque comateux. Je suis malade, très malade. J’avais déjà eu un ou deux très grosses grippes mais là, je pense que je suis passé au stade supérieur. Cela fait à peine dix huit mois que je vis ici en Casamance et déjà trois crises et les crises vont crescendo. Je ne sais pas comment je vais supporter cela dans le temps.

Augustin vient me voir, on doit être le matin.

- Tu devrais aller voir Déguenne.
- Non, c’est bon.
- Elle m’a appelé.
- Je ne suis pas en état d’aller jusqu’à chez elle, ni de conduire.

Après un temps d’hésitation, Augustin me propose de me porter jusqu’à chez elle. Je ne sais pas si j’ai eu la force d’éclater de rire mais j’imagine le spectacle d’Augustin me portant sur son dos, traversant le village, sur plus d’un kilomètre.

- Je vais t’emmener avec ta voiture.
- Tu ne sais pas conduire.
- Tu vas me montrer.
- Ce n’est pas possible.

Après un petit échange, à bout de forces, je manque d’argument face à la détermination d’Augustin à m’emmener chez Déguenne et il me porte dans la voiture.

Il met le moteur en route et je lui dis qu’il faut appuyer sur la pédale de gauche à fond. J’enclenche la première et je lui explique qu’il faut lâcher la pédale de gauche tout en appuyant doucement sur celle de droite. La voiture fait un bond en avant et cale. Nous renouvelons l’opération plusieurs fois. Tantôt nous calons de suite, tantôt nous avançons par brusques bonds en avant de caler. Je suis à bout de force et je ne sais pas par quel miracle, nous commençons à avancer par à- coups brusques et c’est une voiture secouée de sursauts qui traverse le village en première. Je ne sais pas comment Augustin a fait, je ne sais pas comment il a fait demi- tour, je ne sais pas comment il m’a porté mais je me retrouve, complètement exténué, somnolant sur un lit chez Déguenne à un kilomètre environ du campement.

Je ne sais pas depuis combien de temps je dors mais en ouvrant les yeux, Déguenne est là, devant moi, comme si elle me veillait. Quand elle me voit éveillé, elle me demande si je peux m’asseoir. Je le fais et elle attrape derrière une malle, une bouteille de verre, entourée de vieux chiffons. Elle en remplit un verre, cela semble être de l’eau.

- Bois !
- Qu’est ce que c’est ?
- C’est de l’eau d’un marabout de Touba.
- Tu veux me marabouter ? (je faisais allusion à notre rupture)
- Pourquoi crois- tu que je n’ai jamais de crise de palu ?

Un temps d’hésitation… et après tout, qu’est ce que je risque ? J’ai bu trois verres puis elle m’a fait tendre les mains et m’a mis de l’eau en me demandant de me la verser sur la tête, à trois reprises.

J’ai du encore dormir, puis Augustin est venu me chercher… en voiture.

Depuis ce jour, je n’ai plus jamais eu de crise de palu.

Mysticisme ? Anticorps qui se développent ? Chance ? Je ne le saurai jamais réellement mais j’ai ma petite idée.
___

Un Toubab en Casamance


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