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Société et style de vie

Que pouvez-vous faire face à la mort d’un parent ou d’un proche ?

24 octobre 2021, Karima D.
Que pouvez-vous faire face à la mort d’un parent ou d’un proche ?

La mort est difficilement exprimable car elle demeure irreprésentable pour notre psychisme. Nous sommes inconsciemment persuadés de notre immortalité.

La mort d'un proche, d'un parent reste vraisemblablement l'une des expériences les plus marquantes de l'existence. Que l'on soit adulte ou enfant, elle nous laisse orphelins face à une absence irréversible. Si la mort d'un parent est potentiellement traumatique pour l'adulte, elle l'est davantage pour le jeune enfant qui se retrouve privé soudainement d'une relation essentielle à son équilibre psychoaffectif. Son paysage psychologique s'en trouve bouleversé, toutes ses croyances, ses repères sont mis à mal.

Malgré toutes ces perturbations le deuil n'est pas insurmontable pour l'enfant. La qualité du travail de deuil est fonction de son âge et de la façon dont la famille va traverser cette épreuve.

La situation de deuil est inhérente à notre existence. Les enfants le savent bien. Tout ce qui vit, meurt un jour. Ils jouent spontanément à la mort même si cela reste « pour de faux ». La représentation de la mort s'élabore progressivement et fait partie intégrante du développement de l'enfant. Les notions d''universalité et d'irréversibilité de la mort s'acquièrent petit à petit entre 6 et 10 ans. Avant 5 ans elle est souvent perçue comme temporaire, comme « un long sommeil ».

La compréhension de la mort chez l'enfant n'est donc pas la même que celle de l'adulte. Il n'a ni la maturité affective, ni les capacités cognitives des plus grands. Il va souvent percevoir les choses sans être capable de mettre des mots dessus.

Le monde de l'enfance reste dominé jusqu'à un certain âge par la toute-puissance de la pensée magique. Les enfants pensent que leurs pensées influent sur le monde extérieur. Si le décès d'un parent survient peu de temps après qu'il ait ressenti de la colère à son égard, l'enfant peut inconsciemment s'attribuer la cause de cette disparition. D'où l'importance d'expliquer le contexte de survenue du décès pour éviter que l'enfant ne se sente coupable en imaginant être lié à cet évènement.

Même si la mort peut survenir à n'importe quel moment, nous ne sommes pas tous face au même degré de danger dans notre quotidien. Certains domaines professionnels exposent davantage à des facteurs de risque tels que les secteurs militaire, humanitaire...

Faire le deuil d'un parent qui meurt au service de la nation par exemple, demande un travail particulier. L'enfant peut être soumis à une alternance de sentiments contradictoires. Chagrin, colère d'un côté, admiration et fierté de l'autre. Il est déroutant pour le jeune enfant de concilier l'action héroïque de son parent et l'absence qu'elle occasionne. Ces sentiments peuvent induire une culpabilité qui empêche l'expression de ce ressenti. En particulier si l'entourage, soucieux de minimiser la douleur de l'enfant, lui signifie que son père est mort « comme un héros ». Il s'ensuit un processus de deuil compliqué dans lequel la peine, le respect pour l'héroïsme, la culpabilité s'entremêlent et plongent l'enfant dans un brouillard émotionnel.

Pour faciliter le deuil de l'enfant, il faut éviter de lui présenter son parent comme un héros, une figure intouchable. Il est préférable de parler du défunt avant tout comme ce qu'il était pour l'enfant, un père ou une mère. Pour que l'enfant puisse s'autoriser à exprimer l'ensemble de ses sentiments. Le statut professionnel, le grade ne doivent pas supplanter à son identité de parent.

Comment aider l'enfant à surmonter cette épreuve ?

Accompagner un enfant dans sa douleur est chose éprouvante: les adultes adoptent souvent une attitude d'évitement. Ils peuvent considérer qu'il est trop petit, trop jeune pour comprendre. Ils ne savent pas comment présenter les choses, ont peur de ne pas avoir les mots justes et de le blesser. Mais paradoxalement en tentant de les préserver des répercussions de la mort, ces attitudes les fragilisent, les excluent de l'espace familial. Toutes ces peurs sont compréhensibles, l'entourage est confronté au chagrin de l'enfant et à sa propre impuissance face à cette perte. Quelles explications lui donner face à un événement qui leur échappe?

Le désarroi des adultes traduit leur effroi face à la mort, cette impensable frayeur qui incite à se taire pour ne pas être débordé soi-même par la douleur. La mort est difficilement exprimable car elle demeure irreprésentable pour notre psychisme. Nous sommes inconsciemment persuadés de notre immortalité.

Pour surmonter au mieux cette épreuve, les enfants endeuillés ont besoin d'un espace de parole, d'écoute, où on leur donne l'occasion de dire les choses avec leurs mots, sans les corriger. Quel que soit son âge, l'enfant doit pouvoir comprendre ce qui se passe autour de lui. Même si rien ne lui est dit, il ressentira ces bouleversements dans les attitudes de son entourage.

Accompagner un enfant en deuil c'est accueillir avec réassurance son chagrin et ses pleurs, ses interrogations et ses angoisses, sans jugement. Il doit avoir la possibilité de parler du parent décédé s'il le souhaite. Continuer à l'évoquer dans des souvenirs positifs lui permet d'apprivoiser son chagrin et l'aide à vivre avec cette absence au quotidien. L'enfant peut également assister aux funérailles. Participer aux rituels de deuil permet d'affronter la réalité tout en profitant du soutien du groupe familial. Il poursuivra plus facilement son travail de deuil en voyant que son parent est entouré et qu'on ne l'oublie pas.

Comment annoncer le décès d'un parent ?

L'annonce est un temps qui se fige dans la mémoire. Longtemps après, le contexte, les mots des personnes restent ancrés dans l'esprit des personnes endeuillées.

Il n'y a pas de méthode toute prête pour parler de la mort à l’enfant. Il est important de prendre son temps pour choisir un vocabulaire simple et adapté à l'enfant. Le mot « mort » peut-être prononcé simplement, sans chercher à masquer ses émotions pour que l'enfant se sente à son tour libre de les exprimer. Il faut essayer tant que possible de choisir la personne qui fait l'annonce, le lieu, calme de préférence et loin du quotidien (éviter de faire l'annonce dans sa chambre...). Car tous ces éléments resteront attachés à cet événement tragique.

Il est préférable que l'annonce se fasse par une personne moins impliquée affectivement. Mais si un parent souhaite faire l'annonce lui-même, il sera bénéfique de médiatiser cette annonce.

Si la fratrie est composée de plusieurs enfants, on peut dans un premier temps faire l'annonce en famille avant de prendre un moment avec chacun des enfants. L'entourage peut tout à fait utiliser la littérature enfantine comme support. Lire ensemble sur ce thème peut être l'occasion pour certains enfants introvertis de poser leurs questions, de se confier.

Quelles sont les réactions possibles des enfants face à la mort ?

Dans un premier temps, il est possible que l'enfant ne montre aucun signe de souffrances psychiques, il peut manifester un réel détachement et continuer à jouer comme si de rien n'était. Puis extérioriser sa peine de manière différée dans le temps, plusieurs jours ou mois après le décès.

L'enfant peut développer une dépendance anxieuse qui se manifeste par un attachement excessif à l'autre, un agrippement affectif. Il se peut que certains moments habituels de séparation comme aller à l'école, rester seul dans sa chambre deviennent insupportables à l'enfant. Il craint en fait que le parent vivant ne disparaisse à son tour ou ne l'abandonne. Il se montrera hyper-vigilant pour s'assurer que ses proches ne risquent pas de disparaître à leur tour. Pour limiter ces difficultés, il est important que les adultes puissent supporter ces phases de dépendances anxieuses sans le reprocher à l'enfant et le rassurer sur le fait qu'il n'est pas seul.

L'enfant peut présenter des conduites régressives : adopter inconsciemment le comportement d'un stade antérieur de son développement où sa sécurité est assurée.

Il peut aussi stagner dans son évolution et ne pas réaliser les acquisitions qu'il devrait faire à son âge. Différentes manifestations sont repérables : recommencer à sucer son pouce, renforcer les rituels du coucher, énurésie…

Souvent les enfants qui n'expriment pas leur chagrin par des pleurs ou qui n'arrivent pas à le verbaliser manifestent des troubles du comportement. Le comportement de l'enfant peut ainsi changer brutalement ou de façon lancinante avec des conduites hyperactives qui alternent avec des phases de retrait. Le mal-être peut aussi prendre la forme de plaintes somatiques : maux de ventre, vomissement.

Toutes ces manifestations sont à considérer comme des symptômes de son mal-être. L'enfant exprime ainsi son besoin de réassurance, de maternage par l'entourage. Il faut rester attentif à ce que l'enfant exprime verbalement ou par son comportement.

Pour retrouver un équilibre l'enfant doit pouvoir disposer de stabilité et de sécurité autour de lui. Lorsqu'il bénéficie d'un cadre de vie sécurisant, les différents troubles évoqués s'estompent peu à peu. Si le mal-être venait à se prolonger, si l'humeur de l'enfant se cristallise autour de son chagrin, il est précieux de solliciter le soutien d'un professionnel.

L'amour, la bienveillance, l'attention de l'entourage familial, du parent vivant sont des besoins indispensables au bon déroulement du processus de deuil de l'enfant. Ceci pour lui permettre d'intégrer sereinement et peu à peu cette réalité incontournable de la vie et continuer d'être un enfant sans avoir peur de l'avenir, ni de grandir.
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