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« Retour dans l’œil du cyclone », vous devez absolument relire James Baldwin !

Société et vie personnelle

Ce qui faisait affirmer à James Baldwin, en 1963 déjà, qu’il y avait en Amérique «d’immenses réserves d’amertume qui n’ont jamais réussi à trouver d’exutoire ».

Mis à jour le 25 octobre 2020, Vieux Savané, Sud Quotidien
« Retour dans l’œil du cyclone », vous devez absolument relire James Baldwin !

C’était en août 1960, James Baldwin raconte son « voyage dans le chaos de Tallahasse (Floride). Il était le seul noir parmi les passagers de cette « journée ensoleillée, oppressante ». A l’arrivée, l’autre noir aperçu, était un chauffeur, tenant en laisse un petit chien, à la rencontre de sa patronne blanche. Une femme assez âgée, manifestement « enchantée de revoir les deux êtres qui rendent sa vie agréable ». En la servant avec toute la docilité que l’on peut imaginer. Et Baldwin de dire qu’elle se dirigeait vers son chauffeur, le visage illuminé par un sourire rayonnant comme lorsqu’on va à la rencontre de bras amis. Et Baldwin tout à ses pensées de se dire : « si un tel sourire m’était adressé, je lui serrerais la main ».

Toutefois, la lucidité en bandoulière, il n’a pu s’empêcher d’anticiper la probable réaction de la dame. « A peine aurai-je tendu la main », dit-il que « la panique, la confusion et l’horreur envahiraient ce visage, l’atmosphère deviendrait sombre, et le danger, voire la menace de mort, aussitôt planerait dans l’air ». La scène se passait dans le sud des Etats Unis. Et c’était cela le Sud. Esclavagiste, ségrégationniste et raciste, il reposait, dans ces années-là, sur « de tels petits signes et symboles ». Et les transgresser faisait courir un risque de déstabilisation de l’ordre coutumier. Provenant du Nord, Baldwin découvrait dans cette partie du pays une spécificité qui s’était sédimentée autour d’un « mode de vie entièrement fondé sur le mythe de l’infériorité noire ». Ce qui faisait affirmer à James Baldwin, en 1963 déjà, qu’il y avait en Amérique «d’immenses réserves d’amertume qui n’ont jamais réussi à trouver d’exutoire ».

Ajoutant, comme une inéluctabilité enserrée dans un espace qui ne leur laissait aucun choix, qu’elles « le pourraient bientôt». Il se trouve justement que ces réserves d’amertume ont été, par petites couches, accumulées par le biais de l’éducation. Et dans l’Amérique esclavagiste, ségrégationniste de l’époque, il s’agissait de faire en sorte que, noirs et blancs, « chacun reste à sa place ». Une place construite méthodiquement par l’éducation dont l’objectif, faisait observer Baldwin, est de « donner les moyens à un individu de savoir regarder le monde par lui-même, de prendre ses décisions ». Ce qui implique une capacité d’autonomie, de liberté qui se démarque de toute emprise, de tout contrôle possible. Parce qu’il en devinait toute la charge déstabilisatrice, Baldwin de préciser aussitôt qu’ « aucune société n’a très envie de ce genre d’individus en son sein ». Idéalement, faisait-il remarquer, les sociétés veulent « des citoyens qui, simplement obéissent aux règles de la société ».

Ainsi raconte-t-il un de ses séjours à Montgomery, au moment où un décret fédéral avait déclaré illégale la ségrégation dans les bus, une scène qui en dit long sur le façonnage des gens. Il était monté dans un bus pour y observer des scènes de vie. Les passagers noirs s’asseyaient comme ils voulaient, « jamais tout au fond ». Et voilà qu’une femme noire, robuste, chargée de paquets vient s’installer devant, juste derrière le conducteur. Baldwin de raconter : « les Blancs, sous leur froideur hostile, étaient déconcertés et profondément blessés. Ils se sentaient trahis par les Noirs, parce que ceux-ci avaient refusé non seulement de rester à leur « place », mais également de demeurer fidèles à l’image que la ville avait d’eux ». Ce n’était pas sans conséquence en effet, disséquant avec finesse la psychologie qui les habitait, il voyait bien que « les Blancs, brutalement, se retrouvaient complétement perdus ». Et qui plus est « les fondations mêmes de leurs univers privé et public s’effondraient ». C’était comme si le ciel leur tombait sur la tête. Comment s’en étonner si l’on sait, comme le souligne Baldwin que dans le but « de justifier le fait que l’on traitait des hommes comme des animaux, la République blanche s’est lavé le cerveau afin de des persuader qu’ils étaient effectivement des animaux et méritaient d’être traités comme tels ». Que les pièces bougent alors, « dès lors qu’il se croit un homme, il commence à mettre à mal l’ensemble de la structure du pouvoir ». C’est pour cette raison, soulignait avec force Baldwin que « l’Amérique a passé tant de temps à maintenir l’homme noir à sa place ».

Nouvelle identité

Il y a quelque chose de terrible qui consiste à voir comme un système qui se construit sur une division raciale qui cantonne les uns dans la sphère de l’infériorité et les autres dans celle de la supériorité. Et surtout, qui travaille par le biais de ses schèmes éducationnels, à formater les esprits des uns et des autres dans l’acception, ou plus encore, dans l’intériorisation de modes d’être et de faire façonnés par les « maitres » et proposés comme une évidence. Ce faisant, dans l’esprit du «Pauvre Blanc », homme ou femme il y avait au moins la consolation, aussi difficile que puisse être son existence, aussi terrible le malheur qui s’abat sur lui, de savoir qu’il n’est pas noir. Parlant de la police, Baldwin la cernait comme un « ennemi employé par le gouvernement ». A ses yeux, « révélation céleste », son « unique fonction », c’est d’être « là pour maintenir le Noir à sa place et protéger les intérêts commerciaux des Blancs » « Révélation céleste ». Et c’est tout cela que Baldwin tente de déconstruire. Il était effaré de constater que « ce qui passe pour identité en Amérique est une série de mythes au sujet de nos ancêtres héroïques », avec tant de gens à croire qu’elle avait été « fondée par une bande de héros qui voulaient être libres ».

Toute autre est la vérité : « un certain nombre de personnes ont quitté l’Europe parce qu’elles ne pouvaient plus y rester et étaient obligées d’aller ailleurs pour survivre. C’est tout. C’était des crève-la-faim, des pauvres, des repris de justice. Les Anglais jouissant d’une certaine prospérité par exemple, ne sont pas montés à bord du May flower. C’est bien ainsi que le pays a été peuplé. Pas par Gary Cooper ». Aussi avait-il averti : « Tant que nous , Américains , n’aurons pas accepté le fait que mes ancêtres soient à la fois noirs et blancs, que sur ce continent nous tentions de construire une nouvelle identité, que nous ayons besoin les uns des autres, que je ne sois pas un pupille de l’Amérique ni un objet de charité missionnaire, mais une des personnes qui ont construit ce pays-tant que ce moment ne sera pas arrivé, le rêve américain a peu d’espoir de se concrétiser». Et c’est ce qui dit tout le drame qui se joue en ce moment à travers ces grands mouvements protestataires qui enflamment les Etats unis. Baldwin avait bien perçu que le défi est d’arriver à construire une société post raciale, celle d’identités plurielles et en mouvement.


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